Lundi, Décembre 17, 2018

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Le fameux dossier d’atteinte à la sûreté de l’Etat qui fait croupir des citoyens en prison depuis plus de deux ans va-t-il finalement livrer tous ses secrets?  Ou s’achemine-t-on vers une nouvelle diversion du pouvoir de Faure Gnassingbé pour gagner du temps?

Toujours est-il que la pression est de plus en plus forte sur le Prince Gnassingbé afin que toute la lumière soit faite sur cette ténébreuse affaire. L’arrestation et l’inculpation surprise du Général Assani Tidjani  ont donné une tournure internationale à ce dossier.

 

 

C’est d’abord le Quay d’Orsay, par la voix de son porte parole Bernard Valéro,  qui s’est exprimé en ces termes: «La France réitère son appel au respect des droits de la défense et souhaite qu’un procès juste et équitable ait lieu dans un délai raisonnable». De mémoire de Togolais, c’est la première fois que les autorités françaises réagissent par rapport au Dossier Kpatcha Gnassingbé. Il a donc fallu l’arrestation du Général Tidjani pour que les autorités françaises sortent de leur silence. Ce qui fait dire à plusieurs observateurs que l’arrestation de Tidjani n’a rien à voir avec le dossier Kpatcha Gnassingbé.

 

Selon certaines indiscrétions, le général «Adidas» est surpris d’être cité dans cette affaire sans tête ni queue. De quoi conforter ceux qui pensent que l’affaire de tentative d’atteinte à la sûreté de l’Etat est devenue un costume qu’on enfile à tous ceux qu’on cherche à écarter du sérail.

 

Le général Assani Tidjani avec son nouveau rôle de consultant militaire auprès de certains régimes dans la sous-région avec la bénédiction de Paris, n’est plus un homme rassurant pour Faure Gnassingbé. Il fallait donc refroidir ses ardeurs et l’affaire Kpatcha a été l’alibi. Ce n’est quand même pas deux ans après une soi-disant tentative d’atteinte à la sûreté de l’Etat qu’on se rend compte que les déclarations d’un général sont en contradiction avec celles des prévenus.

 

Selon des sources concordantes, le Président du Faso, Blaise Compaoré et son frangin Guillaume Kigbafori Soro auprès de qui Tidjani joue un rôle majeur en ces temps de crise, ne décolèrent pas. Ils multiplient les coups de fil en direction du Togo pour s’enquérir des nouvelles de leur ami balafré. De quoi peut-être refroidir les relations entre le Togo, le Burkina et la Côte d’Ivoire.

 

Quoi qu’il en soit, au lendemain de la sortie du Quay d’Orsay, le Procureur Général N’Dakena Atara a tenu un point de presse annonçant la clôture de l’instruction et invitant les avocats des prévenus à prendre connaissance du dossier. Et pourtant le procureur de la République d’alors, le sulfureux Robert Bakaï avait organisé un spectacle puant dans ce pays pour dire que  le député de la Kozah n’a jamais commis d’avocats. Me Zeus Ajavon, l’un des deux  avocats de Kpatcha Gnassingbé, l’autre ayant effectué son mercato vers le camp de Faure, ne cache pas sa colère. Il se dit étonné de la sortie médiatique du Procureur Général en précisant au passage que ce n’est pas sur les médias qu’on invite les avocats à prendre connaissance du dossier.

 

Togo: une justice aux antipodes de la modernisation

La Justice togolaise malgré le tintamarre de la modernisation ne cesse de se couvrir de ridicule. L’ensemble du système judiciaire continue d’être sous les bottes du pouvoir exécutif pour ne pas dire de Faure Gnassingbé qui tire les ficelles. Il ne peut en être autrement lorsqu’on parachute au poste du Garde des sceaux, ministre de la Justice,  celui qui est connu de tous comme étant l’avocat de l’Etat togolais, et dans une moindre mesure de Faure Gnassingbé. Me Tchitchao Tchalim, l’actuel ministre de la Justice est au cœur de nombreux conflits d’intérêts au sein de l’appareil judiciaire. Comment le justiciable togolais peut-il obtenir une justice indépendante avec des anomalies de ce genre? C’est donc vers une parodie de justice que s’oriente le dossier Kpatcha Gnassingbé.

 

Dans le communiqué rendu public, le Procureur général a laissé entendre qu’un procès peut intervenir dans les jours à venir. Il affirme: «… le juge d’instruction a invité ce jour, 29 juillet 2011, les avocats des parties à prendre connaissance du dossier. Cette formalité peut, le cas échéant, ouvrir la voie à un renvoi de l’affaire devant l’instance de jugement dans les jours à venir.»  Selon des informations données par Mimi Gnassingbé sur une radio de la place il y a de cela quelques semaines, Faure Gnassingbé envisagerait juger, condamner et libérer son demi-frère le même jour. De sources concordantes, l’on s’achemine vers ce scénario ubuesque qui risque de ternir davantage l’image de la Justice togolaise. Mais comment juger Kpatcha Gnassingbé sans avoir au préalable levé son immunité parlementaire? Une question pour plusieurs champions.

 

Depuis l’arrestation du général Tidjani, on apprend que plusieurs officiers cités dans le dossier sont sur leurs gardes.  L’ambiance au sein du sérail est plus que délétère. La pression de la France ajoutée à la colère de Compaoré et Soro, ne sont pas pour arranger les choses à Faure, surtout qu’on apprend que dans la crise qui a secoué la Côte d’Ivoire, le régime togolais tout en servant de base à l’ONUCI, a soutenu discrètement le pouvoir de Laurent Koudou Gbagbo.

 

Procès ou pas procès, Faure Gnassingbé et ses amis qui allument les feux partout doivent dégonfler rapidement l’affaire Kpatcha Gnassingbé. Aux dernières luttes Evala à Kara, les populations du canton de Landa, le village d’origine de la mère de Kpatcha Gnassingbé ont tenté de se soulever contre la détention prolongée de leur neveu, avant de surseoir in extremis à la manifestation suite à des tractations avec des cadres du village qui les ont rassurées que tout va rentrer bientôt dans l’ordre. C’est en tout cas un signe que certains ne sauraient attendre encore longtemps. Faure a-t-il saisi le message ou pète-t-il les câbles? Rien n’est moins sûr.

 

Ferdi-Nando, collaborateur à Lomé

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