Lundi, Décembre 17, 2018

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A sa nomination, beaucoup ont poussé un ouf, espérant que, dans ses méthodes, le «pilote chevronné» fera la différence par rapport à son prédécesseur auquel on attribue une certaine brutalité et un certain zèle hautement nuisible. Mais à l’épreuve des faits, Gnama Latta, puisqu’il s’agit de lui, se présente plutôt dans les mêmes termes que certains «tristes sires» que la mémoire collective des Togolais retiendra comme tel.

On l’a encore vu ces derniers jours faire volontiers la défense du diable, dans l’affaire de menaces de l’Agence Nationale de Renseignement (ANR) contre les journalistes, à coup de…mensonges.

Depuis quelques semaines, SOS Journaliste en Danger alerte l’opinion nationale et internationale sur des menaces qui pèsent sur un certain nombre de journalistes jugés critiques à l’égard du pouvoir de Faure Gnassingbé. Après un long mutisme qui trahit le malaise de l’Exécutif togolais dans le dossier ANR, le ministre de la Sécurité a attendu la menace de la marche et la mobilisation des journalistes pour sortir un communiqué qui ressemble plus à une «motion» qu’à autre chose. Pour lui, toutes les menaces dont se plaingnent pas moins de dix journalistes ne sont que des «affabulations», et d’ajouter que la fameuse ANR «s’acquitte scrupuleusement de sa mission dans le cadre de ses attributions». Scandale!

Soit notre «brillant pilote» se caractérise par une méconnaissance des textes régissant cette  «Gestapo» au sein de la Répubique, soit (et c’est ce qui est plus plausible) il est de mauvaise foi, étant bien informé du contenu des textes qui régissent la République du Colonel Yotrofeï Massina mais cherchant juste à faire diversion. Même si dans son communiqué il semble douter sérieusement des allégations, pour lui, officiellement, il souhaite « rassurer » les journalistes. Son communiqué n’en avait aucunement l’air en tout cas, puisque cherchant plutôt à discréditer les journalistes en danger.

Au cas où notre ministre ne connaît pas le texte instituant l’ANR, voici ce qu’il dit en substances: «l’Agence nationale de renseignements a pour mission de veiller à la sûreté intérieure et extérieure de l’État. À ce titre, elle a pour attributions notamment: la recherche, la centralisation, l’interprétation, l’exploitation et la diffusion des renseignements politiques, diplomatiques, stratégiques, économiques, sociaux, culturels, scientifiques et autres intéressant la sûreté intérieure et extérieure de l’État…. la protection de l’environnement politique garantissant l’expression normale des libertés publiques, conformément aux lois et règlements». Nulle part dans ce texte, il n’est écrit que cette agence est un «centre de détention», un site de torture, un dispositif de répression et de persécution des hommes d’affaires, une zone de non-droit dans la cité. Et pourtant, et le Col Dokissime Gnama-Latta le sait bien,  l’ANR aujourd’hui, c’est tout ça à la fois, une redoutable arme dirigée contre le citoyen indésirable.

L’ANR, c’est là que Kpatcha Gnassingbé et co-accusés sont gardés depuis plus de deux ans, au secret, sans visite de leur famille ni de leurs avocats ; c’est aussi là que l’homme d’affaires Bertin Agba a été conduit après son arrestation sans mandat de dépôt légalement délivré par un juge ; c’est aussi là-bas que Eugène Attigan a été conduit après son arrestation, c’est toujours là-bas que des militants de Sursaut-Togo de Kofi Yamgnane ont passé plusieurs semaines dans des conditions effroyables après leur enlèvement à Lomé ; c’est enfin là que les maîtres des lieux nient ouvertement les droits de l’Homme. Inutile de revenir sur les conditions dans lesquelles sont gardés les détenus à l’ANR et dont le comité des droits de l’Homme des Nations-Unies s’est vivement «préoccupé» lors de sa 101ème session tenue en avril dernier aux Etats-Unis. Le ministre de la Sécurité est bien au courant de tout cela.

Les différentes interventions  du Col. Gnama Latta avant, pendant et après la marche de samedi dernier avaient tout d’un zèle de militant, comme d’ailleurs d’autres en ont fait avant lui. Seulement, l’homme qu’on a toujours présenté comme «intellectuel, brillant, intègre, etc.» ne prouve pas qu’il mérite vraiment ces qualificatifs, surtout lorsqu’il verse dans des mensonges. Notre ministre crie sur tous les toits qu’il n’a jamais été saisi par SOS Joursnaliste en Danger. Mensonge grossier! Soit le courrier à lui adressé ne lui est pas parvenu, ce qui est improbable. Et même si c’est le cas, il n’a qu’à s’en prendre au dysfonctionnement de ses services qui pourtant, ont bien réceptionné le courrier en date du mardi 26 juillet 2011 à son cabinet. Une petite anecdote, entoure la transmission de ce courrier.

Celui qui a été chargé par l’association des journalistes de transmettre ledit courrier au cabinet de M. Latta raconte avoir rencontré l’agent du service courrier qui, en plus de la correspondance, réclamait une copie du récépissé de l’administration territoriale reconnaissant l’association, même si dans l’en-tête de la correspondance était clairement mentionné son numéro d’enregistrement. Cette attitude curieuse trahit l’usage qui a pu se faire de cette correspondance que nous croyons être bien parvenue au locataire du ministère de la Sécurité.

Quel intérêt aurait SOS Journaliste en Danger à refuser d’informer le ministre de la Sécurité alors même que ses membres et plein d’autres confrères sont menacés et qu’il a d’ailleurs informé la Présidence tout comme d’autres institutions?

Sur le plateau de la TVT dimanche dernier, le ministre a tenté de faire croire que tout s’est bien passé samedi lors de la marche avant d’être contredit immédiatement par le journaliste. Pour lui tout s’était bien passé, et qu’il n’y a pas eu de gaz lacrymogènes, alors qu’il y en avait vraiment eu. Selon ses dires, les manifestants ont tenté de jeter des cailloux aux forces de l’ordre et c’est ce qui a nécessité les tirs de grenades. Il fallait y être pour savoir que ce n’est pas forcément exact. Dans son raisonnement, s’il y a eu  très peu de gaz lacymogène, c’est qu’il a «définitivement opté pour la non-violence et l’apaisement». De toute façon, beaucoup de témoins disent avoir entendu des officiers donner l’ordre à leurs agents en ces termes «ils sont pris dans la nasse, matez-les»; mais malheureusement ou heureusement, les forces de repression étaient confrontées à la difficulté de tirer des gaz dans la rue de l’Ambassade de France où se sont retranchés les manifestants. Les jours à venir nous situeront si le ministre a vraiment «définitivement opté pour l’apaisement et la non-violence» ou si ses élements avaient été plutôt contraints samedi à ce qu’il appelle «la non-violence». Encore une manifestation, et on s’en rendra compte. On ne brûle pas la case d’un voleur, on la décoiffe, dit-on.

L’autre grossierté avancée par M. Gnama Latta est l’usage qu’il attribue à la Place de l’Indépendance. Il estime que le site est «reservé aux manifestations officielles à caractère national». Le patron de la Sécurité ignore peut-être l’histoire de cette place et la portée des mots gravés sur le momument: «Peuple Togolais, par ta foi et ton courage la Nation Togolaise est née». C’est bien triste que pour lui, cette place ne doit servir uniquement qu’à Faure et ses ministres pour allumer la flamme de l’indépendance la veille de chaque 27 avril. Le peuple n’a-t-il pas le droit d’accéder à tout moment à ce site hautement symbolique de notre Nation, surtout lorsqu’il sent les bases de cette Nation en danger ?

Cela n’a échappé à personne, M. Gnama Latta joue le même rôle confié à d’autres personnes avant lui et qui sont aujourd’hui en disgrâce. Des zèlés du RPT, on en a connu dans ce pays, peut-être même plus que l’actuel ministre de la Sécurité. L’histoire de notre pays est riche en anedcotes de ces personnes qui ont fini par être grillées ou broyées par la machine qu’ils ont concouru à ériger alors qu’ils avaient la possibilité de prendre position pour le peuple. Le Rpt est coutumier de cette manière de griller les «compétences» du pays. Dès qu’il constate l’ascension d’un citoyen dans un domaine donné et qu’il voit en lui une parfaite béquille, il ne manque pas l’occasion de s’attacher ses services à coup de promesses et de billets de banque, pour ensuite le…griller. Jusqu’à récemment, M. Gnama Latta pouvait se prévaloir de jouir d’une relative innocence vis-à-vis des pratiques condamnables du système RPT. Mais là, l’homme commence aussi par jouer un mauvais rôle que plusieurs dizaines de personnes ont joué avant lui et qu’elles regrettent aujourd’hui parce que leur ayant porté dangereusement préjudice. Si c’était à refaire, Kpatcha Gnassingbé, le Gal. Tidjani, le Cdt. ATI, le Cne. Casimir Dontema, Sondou Tchinguilou, Eugène Adoboli, Kokou Gozan…Pascal Bodjona (la liste continue de s’allonger) ne referaient probablement pas les mêmes choix de s’opposer aux élans de liberté de tout un peuple. Gnama-Latta, lui, a encore la possibilité de ne jamais figurer sur la liste des victimes du système Rpt qui ont contribué à ériger une machine dont ils ont été in fine victimes eux-mêmes.

Lorsqu’un peuple lutte pour qu’une agence de renseignements ne devienne pas un «camp boiro» ou un camp de concentration où on exécute tout indésirable du «boss», c’est une affaire de tous. Toute tentative ramant à contre-courant n’est que malsaine. L’actulalité nous l’a suffisamment démontré, personne n’est à l’abri de l’épée du Col Massina. Même pas le «Prince fort».

Mensah K.

Communiqué conjoint

SOS Journaliste en Danger et les Organisations de Défense des Droits de l’Homme

(ACAT-TOGO, ATDPDH, CACIT, CTDDH, LTDH, JDHO) tiennent vivement à remercier leurs militants respectifs, les populations de Lomé, ainsi que les leaders des formations politiques qui ont répondu massivement à leur appel à participer à la grande marche pacifique pour la préservation de la liberté de presse, ce samedi, 06 Août 2011 pour leur sang froid, leur dévouement, leur courage et leur sens élevé de civisme et de patriotisme.

SOS Journaliste en Danger ainsi que les Organisations de Défense des Droits de l’Homme se disent satisfaits de cette large mobilisation en faveur de la sécurité des journalistes et de la liberté de presse, mises à rude épreuve depuis un moment au Togo, suite à un projet décidé à Kara par le Gouvernement togolais à son entrée en fonction, en vue de museler la presse.

SOS Journaliste en Danger et les Organisations de Défense des Droits de l’Homme condamnent les manœuvres déployées par le Maire de la ville de Lomé qui a adressé une correspondance aux organisateurs en dehors du délai légal prévu à cet effet, ainsi que l’intervention du Ministre de la Sécurité et de la Protection civile en pleine évolution de la marche pour empêcher la manifestation, puis pour détourner l’itinéraire initial de celle-ci, et alors que cela ne relevait pas de sa compétence, le tout en violation de l’article 14 de la loi N° 2011-010 du 16 mai 2011 fixant les conditions d’exercice de la liberté de réunion et de manifestation pacifiques publiques. 

A défaut d’aller tenir un meeting sur l’esplanade du Palais des Congrès comme annoncé dans la lettre d’information adressée au Maire de la ville de Lomé conformément aux prescriptions de la loi suscitée, les manifestants ont tenu un sit-in devant l’Ambassade de France au Togo, où ils ont adressé un message à la communauté  internationale dont le silence sur les violations massives de droits de l’Homme et les entraves à la liberté de presse, surprend plus d’un.

SOS Journaliste en Danger et les Organisations de Défense des Droits de l’Homme, exhortent les organisations de la société civile, les partis politiques ainsi que toutes les composantes des forces vives, à rester mobilisés pour répondre à leur appel, en cas de refus des autorités de donner une suite favorable dans les délais indiqués, aux exigences qu’elles ont formulées ce samedi, 06 Août 2011. 

Fait à Lomé, le 08 Août 2011 

Pour SOS Journaliste en Danger 

Ferdinand Mensah AYITE

Pour les ODDH

Me Jil-Benoît K. AFANGBEDJI

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