Dimanche, Juin 24, 2018

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Dans le cadre du troisième anniversaire de son parti, l’Obuts (Organisation pour bâtir dans l’union un Togo solidaire), Messan Agbéyomé Kodjo jette un regard panoramique sur l’actualité togolaise de ces dernières semaines. A cette occasion, il réitère sa croyance aux vertus d’une union sacrée au sein de l’Opposition locale, tout en livrant sa part de vérités dans plusieurs dossiers sensibles du moment.

AfriSCOOP: Ce 02 août 2011, votre parti a célébré le 3ème anniversaire de sa naissance. 36 mois après votre entrée dans le marigot politique togolais, quels sont, grosso modo, les principaux «buts» que vous avez marqués?

Agbéyomé Kodjo: Vous le dites si bien que l’OBUTS a fêté ses 3 ans. L’âge jeune du parti dans le marigot politique togolais ne lui donne pas à se prévaloir de grands résultats par rapport à l’immensité de l’attente du Peuple togolais. Même si on ne peut pas jouer et s’apprécier à la fois, nous avons certainement marqué en si peu de temps des buts, quand on se rappelle de tous les Goliath que nous avons vaincus sur notre parcours, ne serait-ce que pour continuer d’exister sur la scène politique. Nous sommes loin d’atteindre notre objectif prioritaire de «refondation démocratique du Togo, de justice sociale et de prospérité partagée», même si aujourd’hui nous constituons avec le CVU (Collectif pour la vérité des urnes que nous avons fait émerger au cœur de la Résistance citoyenne que nous avons lancée dans la nuit du 04 mars 2010), une force de proposition pour une véritable relance socio-économique et politique de notre pays.

Nous continuons la lutte résolument aux côtés du Peuple togolais, convaincus que l’OBUTS marquera le but de la délivrance pour une véritable «Libération Nationale» et la prospérité partagée sur la «Terre de nos Aïeux».

AfriSCOOP: Trois ans, c’est peu dans la vie d’une formation politique. Mais c’est en même temps beaucoup pour un parti qui a pris part à une présidentielle. Au moment où tout semble figé sur la scène politique locale, quels but(s) comptez-vous marquer pour vous singulariser?

Agbéyomé Kodjo: La gravité du moment requiert un jeu collectif plus stratégique, et c’est en cela que nous insistons que nos retrouvailles au sein de l’Opposition doivent l’emporter sur nos déchirements. C’est dans cette logique qu’à l’instar du CVU, nous ne cessons d’exhorter toute l’Opposition, la société civile et la diaspora à se rassembler dans un large front citoyen dénommé FID (Front des Indignés et de la Démocratie). Nous sommes convaincus d’une chose, que l’Union est le seul levier par lequel nous bougerons les lignes de l’immobilisme politique et de l’incurie incarnés par Faure Gnassingbé et ses affidés, pour inscrire le Togo dans la dynamique des pays qui progressent et offrent la prospérité partagée à leur peuple. C’est l’une des priorités de l’OBUTS qui vient de faire lors de son adresse du 12 août 2011 à la Nation, à l’occasion de la Journée internationale de la jeunesse et dans le cadre de la célébration du 3ème anniversaire du parti, une série de propositions pertinentes pour une sortie de crise heureuse et pacifique dans notre pays ; préalable fondamental à une véritable relance socio-économique et politique du Togo.

Deux importantes échéances attendent les partis politiques togolais dans les prochains mois. De quelle manière l’OBUTS compte-t-il les aborder?

L’OBUTS part du principe que sans la mise en œuvre consensuelle des pertinentes recommandations des partis politiques d’Opposition et de la société civile togolaise, de même que celles de la Mission d’observation de l’Union Européenne sur les législatives d’octobre 2007 et la présidentielle de mars 2010, les risques élevés du sacre de la contrevérité des urnes conduiraient le Togo dans une nouvelle confusion de plus. C’est pour cela que fort du précédent de la crise postélectorale ivoirienne, l’OBUTS a formulé depuis janvier, à la fin du congrès de la renaissance du parti, des propositions de réformes indispensables à la mise en place d’un cadre politique fiable devant garantir la transparence électorale, le respect des suffrages exprimés en consacrant la vérité des urnes au Togo. C’est cela notre objectif prioritaire. Quant à la conquête de l’électorat, nous sommes sur le terrain, et nous estimons de par notre offre et ligne politiques, avoir l’adhésion de la majorité du peuple pour matérialiser au cœur du quotidien des Togolais la justice sociale et la prospérité partagée.

Au regard de plusieurs postes de grande responsabilité que vous avez occupés au Togo et des relations que vous avez su tisser au sein du RPT, beaucoup s’attendaient à vous voir jouer un rôle de jonction entre Opposition et parti au pouvoir. Il n’en a rien été depuis 2008…

C’est ce rôle que j’essaie de jouer depuis le 27 juin 2002, date de ma rupture politique officielle avec le RPT scellée par mon testament politique d’alors, «Il est temps d’espérer»; bien avant la création le 2 août 2008 de l’OBUTS. Les résultats tardent à se manifester certes, mais la bonne semence a été faite et le processus de germination est bien en cours pour une moisson glorieuse, par la grâce de Dieu qui ne cesse de féconder l’œuvre de notre foi que constitue la lutte pour la Libération Nationale de la Terre de nos Aïeux.

Le Togo ne s’est jamais senti aussi mal sur plusieurs plans, de l’avis de plusieurs observateurs de l’Opposition. M. le Premier ministre, qu’est-ce qui fonde l’incurie des actuels gouvernants, alors même que le RPT n’a plus d’Eyadèma Gnassingbé?

J’ai le sentiment que Faure Gnassingbé et ses affidés n’ont hélas pas conscience de ce que c’est qu’une Nation, encore moins de l’histoire du Togo, de ses armoiries, de sa devise et de son rôle par rapport au monde et plus particulièrement l’Afrique. C’est ce qui me semble pouvoir expliquer leur grave incurie et leur mépris de l’avenir de notre pays. Ils en ont plutôt fait un fonds de commerce, et souhaitent satisfaire leur appétit avant de s’effacer. Mais comme la Nature reprend toujours son droit, qu’ils aient en mémoire l’image du Raïs et de ses enfants, hier tout puissants et richissimes, sur une civière devant les tribunaux! Comment comprendre que dans un pays aussi béni de la Nature comme le Togo avec toutes ses richesses, à l’heure du bilan de l’année internationale de la Jeunesse sous Faure Gnassingbé se réclamant pourtant d’un leadership juvénile, la jeunesse soit livrée à son triste sort avec un chômage endémique et chronique, un taux de pauvreté à plus de 70%, la malnutrition; vu que s’offrir un repas s’apparente à du luxe pour la grande majorité de la population, l’inaccessibilité aux soins de santé de base, une éducation au rabais avec pour toute réponse aux étudiants du MEET la violence d’Etat, la dépravation des mœurs sur fond de déficit criard d’éthique politique; pour ne citer que cela?

M. Kodjo, au-delà de la perspective d’alternance politique à laquelle s’oppose ingénieusement depuis plusieurs décennies le RPT, n’est-il pas envisageable pour l’Opposition d’accompagner en bonne et due forme le RPT pour commencer à aménager le sous-développement du Togo et le sortir de la dictature?

La devise de la dictature néocolonialiste au pouvoir est simple, «si tu veux manger et avoir de la tranquillité, rejoins les rangs du RPT, et mets toutes tes ambitions privées et publiques au vestiaire, et abstiens-toi à formuler des critiques sur les dérives du système». Ceux de l’opposition qui adhèrent à ces principes ont rejoint les rangs du régime en place. Cette logique est loin de la philosophie politique de notre formation axée sur l’éthique au cœur de l’action politique. Pour l’OBUTS, il n’y a de développement véritable sans capitalisation des ressources d’un pays. Mais cela ne se peut que dans un cadre républicain bien défini où la vertu et la vérité fondent la gouvernance qui implique avant tout le service du peuple. Ce qui suppose une vision prospective efficiente du développement sous-tendue par un cadre politique où le débat public est de grande qualité, la liberté d’esprit et d’expression magnifiées, avec une bonne capacité chez les dirigeants à oser et à assumer véritablement l’adversité politique, afin de relever ensemble les défis auxquels est confrontée la Nation. Le Togo a tous les moyens de s’inscrire dans cette dynamique, et c’est bien le combat de l’OBUTS pour que la «Terre de nos Aïeux» soit dans le concert des nations démocratiques, qui avancent et innovent pour le bien de l’Humanité.

Ces dernières semaines, vous avez farouchement soutenu Eugène Koffi Adoboli, après la condamnation dont il a écopé de la justice togolaise. M. Kodjo, quelle est votre part de vérité dans ce dossier?

J’ai horreur de l’injustice et ceux qui me connaissent bien peuvent en témoigner. Eyadèma n’aurait jamais commis une telle imposture à l’encontre d’Adoboli. Tous savent qu’Adoboli a été débarqué dans un environnement dont il a eu beaucoup de mal à s’acclimater, lui qui a fait toute sa carrière dans le système onusien. Il n’y aucune raison à vouloir humilier Adoboli, qui ne connaît pas le fonctionnement du système RPT. J’ai eu accès au dossier de l’OUA, et aucun élément constitutif de cette affaire ne m’échappe. S’il y a prévarication, les coupables sont ailleurs. Adoboli fut le mouton de sacrifice pour tenter d’éteindre le feu de la colère des bailleurs internationaux, exaspérés par la corruption et le détournement sans précédent qui sévissent actuellement au Togo.

En 2005, la justice togolaise a condamné l’Etat à vous dédommager, dans le cadre d’un autre procès pour crimes économiques. Faites-nous le point de ce dédommagement…

Dans une procédure judiciaire, c’est celui qui succombe qui supporte les dépens. L’Etat Togolais, pour des raisons de représailles politiques suite à la publication au printemps 2002 de mon testament politique de rupture avec le RPT, «Il est temps d’espérer», avait engagé une procédure accusatoire contre ma personne sur des faits imaginaires pour plomber mon combat politique.

L’accusation de détournement d’un crédit cumulé de 10.600 millions de fcfa mis en place par la Boad et l’Afd pour la modernisation du Port Autonome de Lomé, était fausse comme le prouve le démenti cinglant apporté au procès par les banques prétendument abusées.

L’arrêt du 10 mai 2005 est formel: «Le délit reproché au Premier ministre Agbéyomé Kodjo relève du domaine de l’impossible, ordonne sa libération immédiate et condamne le Trésor Public à payer les dépens». Il faut rappeler comme le stipule l’alinéa 4 de l’article 19 de la Constitution togolaise: «Les dommages résultants d’une erreur de justice ou ceux consécutifs à un fonctionnement anormal de l’administration de la justice donnent lieu à une indemnisation à la charge de l’Etat, conformément à la loi».

Pour l’heure, les dépens ne sont pas encore liquidés pour parler des dédommagements. Faure Gnassingbé estime que si le Trésor exécutait la décision de justice qui condamne l’Etat, j’allais utiliser ces fonds pour le combattre politiquement ; donc il ne me donnerait pas une arme que je retournerais contre lui. En dehors de cela, Faure Gnassingbé fait obstruction au paiement des fonds que l’Etat me doit et qui sont en lien avec mon passage à la Primature. Jugez-en par vous-même! Mais, j’ai confiance que tôt ou tard, je rentrerai dans mes droits. Si l’Etat est permanent, les régimes politiques eux ne durent guère éternellement !

En tant que président d’un parti politique et simple citoyen, quelles dernières informations avez-vous au sujet de l’enquête ouverte suite à la disparition, dans des conditions tragiques, de votre ancien lieutenant, Gaston Vidada?

Les tragiques conditions de la disparition de Gaston Vidada sont une source de préoccupation pour l’ensemble de la classe politique et l’OBUTS en particulier. Malheureusement, il faut faire remarquer que le Togo n’a cessé d’entretenir une relation tourmentée avec l’élucidation des crimes de sang et les assassinats politiques. Pour preuve, l’enquête sur la disparition du politologue et historien Atsutsè Kokouvi Agbobli n’a toujours pas livré ses conclusions. A la veille du 3ème anniversaire de la disparition de ce dernier, je ne peux que souhaiter de tout cœur que toutes les enquêtes judiciaires encore en cours puissent aboutir et par la même occasion espérer que la police mette la main sur les assassins de Gaston Vidada, afin de permettre à sa famille, à ses compagnons et à ses proches de faire au mieux leur travail de deuil.

Il y va de la crédibilité des Institutions de notre pays actuellement décriées de toutes parts pour leur laxisme face à l’impunité dont le dernier cri de cœur est la marche pacifique du 06 août 2011 des journalistes, de même que de la réussite de la mission de la CVJR censée aider la Nation toute entière pour un travail de mémoire contre l’impunité, de deuil et de réhabilitation de notre histoire commune.

Propos recueillis à Lomé par Jacques Ganyra © AfriSCOOP

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