Mardi, Septembre 18, 2018

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Ils étaient six à être exécutés la nuit du 12 au 13 avril 2009. Le sergent Kifaleng Tchaa était celui qui le premier a reconnu le chef des agresseurs à la devanture du domicile. Quelques minutes, ensemble avec cinq autres agents, il sera désarmé, ligoté avec les ceinturons qui portent leurs armes. Comment peut-on expliquer que quelqu’un qu’on prétend s’être suicidé avec une balle dans la tête et une autre dans le thorax puisse être retrouvé ligoté.

En réalité, ce monsieur, membre de la grande famille Gnassingbé fils de Feu Kifalang Michel Toyi, oncle vénéré de Feu Eyadema, a été exécuté avec ses cinq camarades d’infortune alors qu’ils étaient détachés pour la sécurité du député.

Alors que le Procureur de la République d’alors Robert Bakaï n’a pas délivré un permis d’inhumer pour le corps qui est sujet à caution, notamment les enquêtes balistiques, ils ont forcé la famille à l’inhumer quand même. A Pya Akeï, la famille a refusé de s’associer aux obsèques et le corps a été enterré à la va-vite sans qu’aucune cérémonie n’ait été organisée. Pourquoi jusqu’à ce jour, officiellement rien n’a été dit à propos de ces corps, et, qui a été autorisé leur inhumation précipitée? Pour quelle raison les éléments ont-ils pris le contrôle de la radio et de la télévision en désarmant les éléments du Régiment Blindé de Reconnaissance et d’Appui (RBRA) dirigés par Rock Gnassingbé en ce temps-là.

La justice togolaise, si elle est vraiment indépendante, devrait mettre tous ces éléments au cœur du dossier et écouter tous les officiers impliqués dans l’attaque du domicile de Kpatcha Gnassingbé.

De révélations en révélations

Il y a beaucoup de non-dits dans la fameuse affaire d’atteinte à la sûreté de l’Etat. De sources dignes de foi, dans la nuit de l’attaque du domicile de Kpatcha Gnassingbé, des éléments de la FIR auraient pris le contrôle de la Radio et de la Télévision nationales en désarmant les éléments du Régiment blindé de reconnaissance et d’appui (RBRA). Pourquoi une telle mesure quand on a déjà lancé derrière les supposés comploteurs, un groupe de militaires? Une énigme.

Il nous revient que l’ancien chef d’Etat Major de l’Armée de Terre, le général Gnakoudè Béréna, aujourd’hui commandant de la force militaire onusienne en Côte d’Ivoire, a, après les fusillades au domicile du député, mis aux arrêts le colonel Kadanga. Une audace qui lui a coûté son poste. Mais compte tenu des loyaux services rendus au clan, il a réussi à avoir une place au soleil avec sa nomination à la tête du contingent onusien qui a joué un rôle important dans la chute du président Gbagbo. Il sied donc qu’il soit aussi écouté dans ce procès, au nom de la manifestation de la vérité.

Par ailleurs, tout aurait été planifié pour en finir ce jour-là avec Kpatcha Gnassingbé. Un communiqué aurait été rédigé pour justifier la disparition du plus gros des enfants Gnassingbé. Pendant ce temps, un colonel de la garde présidentielle à bord d’un corbillard rodait dans les environs de la maison du député, attendant l’heure fatale pour venir embarquer son corps, direction le caveau familial à Pya. Le coup n’ayant pas réussi, il a été prié de rebrousser chemin. Grâce à ce mauvais rôle, il a été promu et est aujourd’hui l’un des chefs d’Etats major d’un corps des FAT.

Rappel historique

On parle de tout dans cette affaire. Sauf de ceux qui ont perdu leur vie lors de l’attaque du domicile du député de la Kozah dans la nuit du 12 avril 2009 par un commando lourdement armé et conduit par le Colonel Félix Kadanga. Oui, il y a eu des morts, mais le nombre nous restera inconnu. Les chiffres tournent autour de deux soldats tués. Ne dit-on pas qu’il faut connaître les vraies circonstances de la mort de quelqu’un afin de faire efficacement son deuil? Les familles sont toujours dans l’attente de la vérité des faits. Le cas du soldat Kossi Tchaa Kifalang, neveu du tout-puissant ex-Maire de la ville de Kara, feu Michel Balakinèbawi Toyi Kifalang qui est un oncle à Etienne Eyadéma Gnassingbé.

Les rapports entre les deux familles étaient tels qu’il était difficile de voir un Gnassingbé père ou fils sans un Kifalang. Le vieux Kifalang était le seul haut dignitaire à avoir construit une maison dans l’enceinte du camp de la Garde Présidentielle de Pya. Dès le début du conflit Kpatcha-Faure, plusieurs personnes avaient regretté la mort de Michel, car contrairement aux autres comme le Colonel Assih qui ne sont attirés que par le fric du Prince et la vengeance, lui au moins pouvait dire la vérité aux deux protagonistes.

Et c’est ainsi que le Sergent Chef Kossi Kifalang, militaire de son état, était détaché au service de Kpatcha Gnassingbé comme agent de sécurité. Il était considéré comme son aide de camp. Un homme très dévoué et disponible. D’ après notre source, ce dernier avait été arrêté la nuit de l’attaque du domicile du célèbre prisonnier après qu’ils eurent rendu les armes, car il y avait évidemment des échanges de tirs. Ils étaient au nombre de deux militaires, vivants bien sûr, à être transportés à bord d’un véhicule militaire vers le camp FIR. Mais au finish, les deux sont morts. Une semaine plus tard, le quotidien national Togo-Presse a publié les avis dans sa page nécrologique. Qu’est-ce qui avait fait courir les familles à aller enterrer rapidement leur mort? Et aussi dans la plus totale discrétion? Avaient-elles reçu des injonctions pour s’exécuter? Avait-on pratiqué une autopsie?

A la mort de ces soldats, des sources fidèles au Colonel avaient tenté de jouer à la désinformation. Il se racontait qu’en cours de route vers le camp FIR, l’un  d’entre les prisonniers en la personne du Sergent Zondokpo dit «Z» qui était à quelques jours de sa retraite, se serait saisi d’un pistolet qu’il aurait arraché de la ceinture de leur garde. Il aurait tiré un coup vers le chauffeur et par la suite, se serait tiré une balle dans la tête et c’est cette balle qui aurait fait les autres dégâts.

Mais d’autres sources s’inscrivent en faux contre le scénario de suicide et soutiennent que les soldats constituant la garde rapprochée de Kpatcha Gnassingbé qui ont été arrêtés, étaient bien ligotés depuis le domicile du député de la Kozah avant d’être conduits au camp FIR. Ils y sont arrivés vivants et en parfaite santé. Et c’est à l’arrivée de leur chef corps que tout avait changé. «Tout d’abord, il irait proférer une menace ethnique à l’encontre du cousin de Faure Gnassingbé. Pourtant les deux sont de la Kozah. Seulement l’un est de Tchitchao et l’autre de Pya-Akéï. Alors il aurait ordonné tout simplement de fusiller Kifalang avec une arme de pointe. C’est ainsi que la même balle tirée, aurait traversé deux corps», explique cette source.

«Quelques minutes après ce règlement de compte, la famille a été alertée par un autre frère soldat en service au camp FIR. Elle a continué en disant que dans les heures qui suivaient, la famille avait fait le tour de la morgue et du CHU Campus  à la recherche de leur mort mais en vain. Le corps de Kossi Kifalang ne leur sera restitué que trois jours plus tard. Le hic, c’est que «les morguiers (ceux qui travaillent à la morgue, ndlr) en présence des éléments de l’armée togolaise nous ont rendu le corps de Kossi Kifalang, les mains ligotées vers l’arrière. On a aperçu un trou au niveau de son thorax, la balle est sortie par l’arrière, c’est l’impact d’un 12/7», confie un ami de la famille. Le Togo étant un pays exceptionnel, aucune information judiciaire n’a été ouverte par le Procureur de la République. De même, aucune autopsie n’a été pratiquée.

On s’en souvient, au lendemain de cette attaque, le site officiel de la République togolaise avait écrit que «cet incident n’a fait ni mort ni de blessées». Même l’ex-Procureur de la République Robert Bakaï qui a habillé juridiquement la fusillade, n’a rien dit. Omerta également chez le chef de l’Etat lors de son message à la nation.

Considérant les propos scandaleux du Procureur Général annonçant la libération des dix co-accusés de Faure Gnassingbé et vu les nombreux vices dans la procédure d’interpellation et d’incarcération, il est évident que du jour au lendemain, le tribunal proclame un non-lieu dans cette affaire d’«atteinte à la sûreté de l’Etat». Ce qui donnera lieu à la réhabilitation de tous ceux qui ont connu des injustices dans cette fiction de coup d’Etat. Il est important d’inscrire dans le dossier et pour l’histoire, les personnes ayant perdu leur vie afin que les familles, femmes, enfants et parents soient soulagés.

Kadja K. - R. K. et Mensah K. Mensah K.

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