Mercredi, Décembre 19, 2018

AddThis Social Bookmark Button

Le procès Kpatcha Gnassingbé et coaccusés reprend ce matin au Palais de Justice de Lomé sur une nouvelle demande de report de l’avocat français Me Charrière-Bournazel. Une demande qui sera difficilement acceptable, à en croire certaines sources. Les choses sérieuses vont reprendre donc ce matin, avec certainement au menu le transfèrement des détenus de la gendarmerie et de l’ANR vers la prison civile de Lomé.

Alors que les familles,  les détenus  et leurs avocats ont accueilli cette décision avec joie et soulagement, certains estiment que la prison civile de Lomé n’est pas un lieu pour garder ces prévenus. Il se dit d’ailleurs que ces derniers souhaitent retourner au «Guantanamo» (Ndlr: au siège de l’Agence nationale de renseignements) et que l’un d’entre eux refuserait de s’alimenter. A en croire les avocats de la défense qui ont rendu visite à leur clients à la prison, ces informations à la limite de l’intoxication relèvent de la pure imagination de ceux qui les colportent et a pour objectif de semer la zizanie entre les prévenus et leurs avocats. «Nous avons rendu visite à tous les détenus. Kpatcha a été surpris d’entendre qu’il faisait la grève de la faim. Quant à Tidjani il était plus relaxe», a déclaré un avocat de la défense qui a précisé par ailleurs que tout le monde a vu Mimi Gnassingbé apporter à manger à son mari. Pour Mes Gally, Sokpoh, Jil-Bénoit Afangbedji, Ajavon et Kpandé-Adzaré qui étaient à la prison civile, leurs clients se sentent à l’aise dans leurs nouveaux locaux de détention. «Lorsqu’on sait que le tout-puissant DG de l’ANR se bat comme un beau diable pour ramener les détenus dans ses locaux, on est bien tenté de se demander pour qui profitent ces fausses informations», a déclaré un autre avocat de la défense.

L’ANR viole les franchises de la prison civile

A la demande des avocats de Kpatcha Gnassingbé et coaccusés, le président de la Cour suprême Abalo Pétchélébia a décidé le transfèrement de tous les détenus de leurs lieux de détention illégale, c’est-à-dire la Gendarmerie et l’ANR vers la prison civile de Lomé. Cette décision basée sur le droit constitue un aveu pour le DG de l’ANR qui a maintenu des citoyens dans son «royaume» depuis plus de deux ans dans des conditions difficiles. Mais cette décision du juge n’est pas pour plaire au DG de l’ANR qui, visiblement, se met au-dessus de toutes les institutions de la République. C’est donc la mort dans l’âme qu’il s’est résolu à transférer de son lugubre royaume vers la prison civile les prévenus dans la soirée du jeudi 1er septembre. Logiquement une fois à la prison civile, les détenus passent sous le contrôle de l’administration pénitentiaire, ce que le chef du Guantanamo togolais n’est pas prêt d’accepter. C’est ainsi que son désir de prendre le contrôle de la prison à défaut de ramener les détenus dans son royaume a rencontré une vive opposition d’un certain Frédéric Abass Kaboua Président du MRC  (Mouvement des Républicains Centristes), fervent défenseur de Kpatcha Gnassingbé mais aussi fonctionnaire de l’administration pénitentiaire dont il est le Chef Division des études.

Selon les témoins, les deux hommes se sont proprement rentrés dedans, pour reprendre les termes d’un officier,  et le chef du Guantanamo n’a pas manqué de proférer des menaces de mort à l’endroit du Président du MRC. Un haut responsable du HCDH qui était aussi sur les lieux n’a pas échappé à la colère du DG de l’ANR qui, ne supportait pas que le regard onusien puisse vivre en live ses dérives. «J’ai amené les chiens à la prison civile», disait le tout puissant et redoutable colonel au téléphone à une dame que certains ont vite identifiée comme la toute-puissante Directrice des Impôts. En clair, c’est elle qui donnerait donc les ordres.

Depuis l’irruption intempestive et inopinée  des agents de l’ANR  à la prison civile de Lomé, l’endroit est devenu un enfer pour les riverains et les passants. «La prison est devenue  un enfer où les agents de l’ANR sans avoir aucun droit viennent faire la pluie et le beau temps en corsant même les conditions de visite», a déploré une dame venue dimanche dernier rendre visite à un de ses proches. Toutefois, on apprend que le dispositif a été allégé depuis lundi matin  et ce sont les éléments de l’USIG (Unité Spéciale d’intervention de la gendarmerie) qui surveillent discrètement les lieux. Selon certaines sources, la prison civile de Tsévié où est incarcéré Sow Agba Bertin est aussi passée depuis deux mois sous le contrôle de l’ANR.

Décidément l’ANR est en passe de tout faire dans ce pays. Certains croient savoir que Faure Gnassingbé lui-même est régulièrement mis sur écoute. Le monstre est-il en train d’échapper à son géniteur, comme on l’a connu dans le «Jurrassic Park»?

Tout porte à le croire. En prenant le contrôle de certaines prisons au mépris flagrant de la loi et en lieu et place de l’administration pénitentiaire, le Colonel Massina et ses hommes prouvent à suffisance que la fameuse ANR dont ils ont la responsabilité se moque éperdument des Institutions de la République. A l’allure où vont les choses, il y a des risques qu’avant la fin de ce procès, certains en viennent aux mains. C’est dans cette ambiance de tension qu’on apprend qu’un agent de l’ANR en mission pour une fouille  a été proprement passé à tabac hier à la prison civile de Lomé par les détenus. Il a été identifié comme étant l’un des tortionnaires du lugubre royaume.  Le Togo est devenu un pays atypique où ceux qui gouvernement le pays n’ont que faire de la loi. De telles dérives ne peuvent avoir droit de cité que dans un Etat voyou. Mais l’image d’un général Tidjani menotté avec un chapelet en main doit  rappeler à tous ces zélés que l’humiliation des collaborateurs en disgrâce  est une constance du pouvoir des Gnassingbé de père en fils. Ceux qui font preuve aujourd’hui d’un zèle inouï si tant qu’ils ont encore une conscience, doivent méditer sur ces images et se rappeler les cas de Laclé, Djoua et bien d’autres. Qui vivra, verra.

Mensak

This content has been locked. You can no longer post any comment.

Copyright ©2005 www.etiame.com tous droits réservés.
Toute reproduction partielle ou intégrale doit faire l'objet d'une demande préalable.