Mercredi, Décembre 19, 2018

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Début semaine dernière, après l’annonce de l’ouverture du fameux procès, longtemps attendu, tout le Togo retient son souffle. Enfin, le peuple comprendra les tenants et les aboutissants (en tout cas, c’est ce que tout le monde espère) de cette rocambolesque affaire de coup d’Etat. Une dizaine de jours après, des zones d’ombres subsistent, mais des déballages ont été aussi faits. Retour sur les grands moments de ce procès historique pour la famille Gnassingbé et pour le Togo tout entier.

Tout a commencé le jeudi 1er septembre. Le box des accusés du Palais de justice de Lomé accueille des hôtes spéciaux. Un général d’armée, des officiers supérieurs, des éléments des services spéciaux des Forces Armées Togolaises (FAT), des membres de la famille «présidentielle» et surtout l’un des fils les plus imposants du «Père de la Nation» et député de son état, artisan de la montée au pouvoir de l’actuel Chef d’Etat, principal accusé dans cette affaire… Kpatcha Gnassingbé.

A leur entrée, ils arrachent des applaudissements au public qui a fait le déplacement. Aussitôt ouvert, aussitôt renvoyé à quelques jours plus tard, sur demande de la défense. Elle évoque le court délai à eux donné pour préparer leur défense, notamment la situation de leurs confrères français qui n’ont pas pu faire le déplacement. Requête acceptée. Le procès est suspendu et renvoyé au mardi 6 septembre. Par ailleurs, les avocats de la défense obtiennent également le transfèrement de leurs clients, du sanctuaire de la torture, l’ANR, à la prison civile de Lomé.

Mardi 6 septembre.

Les discussions reprennent. La défense demande un second report. C’est rejeté. Dès les premières minutes, un scandale éclate. Les avocats relèvent des «exceptions» dans la procédure et avancent que la Cour Suprême n’est pas compétente pour connaître de l’affaire en question. Ils relèvent aussi la situation du principal accusé, député de la Kozah dont l’immunité n’a pas été levée jusqu’à ce jour. Le traitement réservé à ces différents points n’est pas du goût de la défense. Elle se retire de la salle. Néanmoins, la cour continue. Elle appelle à la barre les premiers prévenus.

Essolizam Gnassingbé d’abord. Même s’il nie les accusations de «tentative d’atteinte à la sûreté de l’Etat», il a fait quelques déclarations embarrassantes pour son frère Kpatcha et pour un certain nombre de ses coaccusés, comme Sassou Efoé auxquels il attribue des intentions subversives. Il dit, par exemple, de Kpatcha que ce dernier n’a jamais fini de digérer qu’on l’ait sorti du gouvernement en 2007. Il affirme l’avoir une fois entendu pester en ces termes: «Si Faure ne veut pas du pouvoir, il faut qu’il le dise pour qu’on le dégage de là-bas». Ses propos provoquent quelques murmures au sein des familles des détenus dans la salle. Sur les visages se lit la méfiance.

Towbeli Kouma est le second à être appelé à la barre. «Je tiens à vous déclarer que sans la présence de mon avocat, je ne ferai aucune déclaration», averti celui-ci. On lui lit quand même ses premières déclarations faites au juge d’instruction et au juge enquêteur. On apprend de cette lecture que le premier officier à s’être rendu chez le député après la fusillade du 12 avril 2009, est bien le Cdt Amana Kodjo, qui plus tard, se rangera du côté adverse. Il était d’ailleurs lui-même dans la salle toute la semaine dernière.

Suivra Casimir Dontema; ce capitaine de la Gendarmerie, dont le passage devant la cour a beaucoup marqué l’assistance. Il commence ses propos avec une citation biblique: «La nuit est avancée, le jour approche, détournons-nous des œuvres de ténèbres et revêtons-nous des flammes de la lumière, déclare le Saint-Esprit». Plus loin, il va ouvrir le bal des réquisitions contre l’Agence Nationale de Renseignement (ANR). «Je viens d’un enfer terrestre, j’ai rencontré le démon. J’ai refusé de lui serrer la main, il a un visage, son nom c’est YotrofeïMassina», a-t-il craché, sèchement. Entre-temps il envoie une pique à l’avocat général représentant l’Etat togolais qui, selon lui, tentait de faire dans ses observations «une peinture sulfureuse de sa personne» et le qualifie d’avoir «une imagination fertile». Pour le reste, lui aussi se refuse à tout commentaire, sans ses avocats qui, rappelons-le, avaient déjà déserté la salle un peu plus tôt.

L’audience sera suspendue après le capitaine pour être reprise après une heure et demie. Il sonnait 15h00.

Un autre prévenu Gnassingbé se présente devant la Cour. Il s’appelle Essozimna Gnassingbé (plus connu sous le nom de Esso Gnassingbé). Lui, est le seul qui devant les juges, aurait avoué les faits. Mais il ajoute devant la Cour: «M. Le président, sous l’effet de la torture, j’ai dû dire des contre-vérités», avant de conclure: «Je m’expliquerai en présence de mon Conseil».

A sa suite, est appelé le sieur Sassou Efoé Sassouvi, fonctionnaire de l’Ambassade des Etats-Unis d’Amérique, officier de gendarmerie reformé en 1996 pour dit-on «abus d’autorité». Lui non plus ne reconnaît rien et n’est pas tendre à l’endroit de l’ANR et de son  gourou. «Je ne reconnais aucun fait; ce que je reconnais, c’est que j’ai été torturé à l’ANR. M. Massina a dit: vous allez sentir mon sadisme, et on l’a senti, mais ça changera car il est écrit: Il y a un temps où l’homme dominera sur l’homme pour le rendre malheureux, c’est ce qui est arrivé. J’ai vu le capitaine Dontema s’écrouler devant moi avec un cri de douleur après 5 jours sans avoir mangé; pour manger du gari, il fallait une ordonnance», a-t-il déclaré.

A la question pourquoi ils n’ont pas évoqué tout cela aux juges d’instruction et enquêteur, M. Sassou répond: «Le CICR était une fois passé; après nos déclarations, ils ont serré les vis, par exemple, j’ai été privé de brosses à dents pendant un mois». A l’avocat général qui essayait de balayer d’un revers de la main les allégations de torture, il lui jeta, très en colère: «vous êtes ridicule», avant d’ajouter: «Malheur au juge inique!».

C’est ensuite le tour de M. Kassiki Esso. Il est le seul à avoir été arrêté en dehors du Territoire. Il raconte: «Je suis tombé des nues lorsqu’on m’a annoncé les charges. Je ne reconnais rien de tout ce que vous avez dit. Ce que je sais,  c’est que j’ai été enlevé chez moi à Abidjan, sans mes documents de voyage. Après, les documents qu’on me présente ne portaient pas mon nom, mais autre chose». Il explique qu’il a été «enlevé» par la police ivoirienne qui l’a remis à une mission togolaise composée du Col AtchaTitikpina, du Cdt Kilo et du Commissaire Kombaté. Arrivé sur le sol togolais, il sera confié par le Col Titikpina au Cdt Kilo pour être conduit à l’ANR où il subira, comme tous les autres, les pires formes de traitements dégradants, en passant presque une semaine sans manger ni se doucher. Comme ses prédécesseurs, il dit avoir besoin de son avocat pour répondre à d’éventuelles questions.

Bagoubadi Gnassingbé, Capitaine des FAT, en service à la FIR (Force d’Intervention Rapide), cousin de Faure et Kpatcha, à la barre. Celui-ci était en détachement au Centre d’Entraînement et d’Instruction (CENI) de KARA en avril 2009 avant d’être arrêté avec tous les éléments des FAT auxquels il aurait passé des coups de fil la nuit de l’attaque du domicile du député. Il fait lui aussi son lot de déballages. «Lors de notre détention, le juge Kouyou est passé plusieurs fois à l’ANR pour me dissuader de constituer un avocat, alors que pendant tous les deux ans, j’ai cherché à avoir des avocats».  Par conséquent, il est ferme: «Je suis l’une des grandes victimes de l’ANR. Je n’avancerai pas sans avoir mes avocats».

La journée prend fin à 17h16

Le lendemain, 07 septembre, la donne n’est plus vraiment la même. Les avocats reviennent au prétoire. Cette journée aussi commence avec son scandale. Un capitaine de gendarmerie qui, visiblement, est du commandement de l’imposant dispositif sécuritaire qui entoure le procès empêche Me Zeus de s’approcher de son client. Ce qui a provoqué le courroux des avocats de la défense, particulièrement Me Zeus et son confrère DjoviGally qui n’ont pas fait dans la dentelle pour ramener l’officier zélé à la raison. Ils ont dû purement et simplement hausser le ton pour faire cesser la violation de la franchise de leur prétoire. Le capitaine qui n’est d’ailleurs pas de la Police de séance, a dû se mettre de côté. Il faut rappeler que les magistrats ne sont pas encore installés dans la salle. Incident rapidement clos, laissant la place à la Cour et à la reprise du procès.

Pendant une heure et demie, les débats ont porté sur les allégations de torture des accusés. La défense, de retour dans le procès, a tenu à ouvrir ce débat pour demander à la Cour de convoquer les officiers tortionnaires dont les noms sont cités à se présenter «immédiatement» pour répondre de leurs actes, visant des dispositions légales des textes nationaux et internationaux. Lors des débats, après que Me Ndjéllé a déclaré que «les tortures dont on parle, je ne les ai pas vues dans le dossier», c’est le Béninois  Archange Dossou qui dit être aussi «militant de droits de l’Homme» (sic) qui aura l’indécence de déclarer: «Dans aucun pays, même ceux qui pensent être les démocraties les plus avancées, les droits de l’Homme ne sont respectés à 100% ». Venant de quelqu’un qui se présente comme défenseur  des droits de l’Homme, cette déclaration inique ne peut que choquer l’assistance qui n’a pas manqué de réagir énergiquement aux propos du Béninois qui ne sait pas se taire quand il le faut. Le public lui a donc imposé un silence dont il s’est contenté jusqu’à la fin de la semaine.

Quant à la citation du Col Massina, du Cdt Kilo, du Capitaine Kadanga, du Cdt Pali et du Lieutenant Gnassingbé, la Cour dit avoir pris acte et qu’elle répondra au moment venu.

Le premier appelé à la barre ce mercredi est le Cdt Olivier Amah. Sans grande surprise il «rejette catégoriquement» les accusations. «Moi, Officier Supérieur de Gendarmerie j’ai été détenu par la garde présidentielle pendant 17 mois 20 jours. Si on ne fait pas une enquête sur ce que j’ai subi, je n’avance pas un seul mot», a-t-il laissé entendre, expliquant que le rapport du médecin psychiatre «était tendancieux». Il raconte un peu quand même sa mésaventure au Camp Général Gnassingbé Eyadèma (anciennement RIT), le camp des bérets verts.

«Je devrais être à Abidjan le 03 avril 2009 (ndlr: dans le cade de l’ONUCI). Mon dossier a été retardé et je ne sais pas pourquoi, vous comprenez qu’on m’a retardé pour m’arrêter… J’ai consommé une nourriture exécrable pendant 17 mois, on voulait me tuer, j’ai fait un malaise et le médecin a demandé une consultation urgente d’un cardiologue, mais ce dernier n’est venu que deux mois après. Et j’ai compris qu’on voulait me tuer. Je cite le nom du Lt Gnassingbé, c’est lui qui nous  a rendu la vie difficile et disait qu’il recevait des ordres… Le jour de mon inculpation, j’ai demandé que mon avocat soit là, le juge Kouyou m’en a dissuadé, que c’est une affaire de famille et que ça va aller. Une seconde fois, en l’absence de l’avocat, il me dit de profiter de son absence pour le rejeter immédiatement; mais connaissant ce pays et ayant travaillé avec la Justice, je sais le rôle qu’on lui a confié et j’ai eu à dire aux autres que s’ils écoutent Kouyou, on va assister à une parodie de justice». Sur les allégations de torture il affirme que «le juge Kouyou et N’dakéna étaient au courant de ce qui se passait». C’est ici que le Président de la Cour Suprême fera une intervention aussi grave que celle de l’avocat béninois en ces termes: «Si vous dites que nous ne sommes pas impuissants devants les Bérets verts, est-ce que nous avons les armes? Nous sommes aussi impuissants!». Venant du Président de l’une des plus hautes juridictions de la République, c’est scandaleux de dire que la Justice est impuissante vis-à-vis d’un simple corps de l’armée.

Autrement dit, cette justice ne peut jamais arrêter dans leurs dérives les éléments de ce corps s’ils en viennent à violer les lois de la République ou si un citoyen est brusqué par ces Bérets verts, comme c’est le cas avec certains détenus. Le Troisième pouvoir ne peut donc rendre justice à ce citoyen.

Le Cdt Djigbérékou passera à la suite de son collègue. «En juin 2007, le Col Titikpina m’avait convoqué au Camp Général Eyadema et demandé d’espionner mon chef, de suivre ses mouvements et ceux de certains officiers. Le 16 mars 2009, j’ai été reçu par le Chef de l’Etat et je lui ai expliqué le problème que j’ai avec le Col (devenu Gal) Titikpina», a raconté celui qui était adjoint de Rock Gnassingbé au RBRA, qui justifiait son inculpation par le refus qu’il a opposé à Titikpina d’espionner le frère aîné du Chef de l’Etat. D’ailleurs, beaucoup d’inculpés évoqueront chacun des problèmes personnels avec l’actuel Chef d’Etat Major Titikpina.

Le Cdt Djigbérékou dit avoir les échos des propos tenus par l’ancien ministre de la Sécurité qui lui reprochait de s’entendre avec l’Adjudant-Chef Seydou et le Cdt Atti pour l’embêter et qu’il va leur «montrer». Les trois ont de commun ceci qu’ils seraient tous de Tchamba.

Le Cdt Djigbérékou avance une preuve de ses allégations. «Le 13 mai 2009 (ndlr: un mois environ après l’arrestation de Kpatcha), les éléments de l’ANR sont venus me chercher pour m’amener à l’ANR, et là-bas, c’est le Col Titikpina que je vois et qui commence par m’interroger. Il me dit que moi j’ai choisi de suivre Seydou et qu’il va me montrer». Le fameux Adjudant-Chef, militaire retraité, dira plus tard que son tort est d’avoir soutenu un autre candidat aux dernières législatives contre celui de son «petit- frère» Titi. Les trois payeront cher leur «insoumission».

L’adjudant-chef Seydou en question, naturalisé Suédois,  passera après son «frère de village». Visiblement plus âgé (peut-être après Tidjani) du groupe, il commence son intervention en se déshabillant à la barre pour montrer les séquelles de la torture subie à l’ANR. Il dit faire partie de ceux qui étaient nuitamment suspendus en l’air sur des barres avec des menottes. Selon lui, il ne croyait plus sortir vivant des geôles, vu les sévices qu’il subissait. Il parle aussi de comment sa femme est venue 8 fois de la Suède avant de pouvoir le rencontrer une seule fois et comment l’ambassadeur de la Suède basé au Nigéria est venu plusieurs fois avant de le voir une seule fois. Parce qu’on lui reproche de se faire aider par le principal accusé, il fait une révélation: «Je ne sais pas qui Kpatcha n’a pas aidé dans l’armée. Tous les généraux, tous les colonels passent chez lui. Le seul général que je n’ai jamais croisé c’est le Général Nabédé».

M. Adjinon Lambert, lui, a plongé toute la salle dans une profonde méditation par ses narrations des tortures subies. Son histoire a fait verser des larmes à plus d’un. Il est le seul qui, pendant plus d’une heure, a parlé sans que personne ne l’interrompe, à décrire comment on lui en voulait depuis et qu’on tente de le mêler à chaque «coup d’Etat». Un des dix capitaines d’aviation que compte le Togo, selon ses propres termes, il a la «malchance d’être le seul du Sud».  Il dit même avoir été averti par Eyadèma que sa présence au sein de ce corps pouvait lui coûter la vie. Il a donc échappé in extrémis à la mort à chaque occasion. Il avait été mêlé au pseudo coup d’Etat dont on a accusé le Col Biténéwé en 2003 et gardé en prison à Kara avec d’autres coaccusés qu’il a vus mourir l’un après l’autre. «Je suis un rescapé de l’enfer», a-t-il lâché. Il raconte sa dernière mésaventure: «J’ai été kidnappé dans la circulation alors que je me rendais à la messe et conduit à l’ancienne Assemblée nationale. Le Cdt Kadanga a donné l’ordre de me menotter pieds et mains liés, au sol, et il dit: frappez-le, giflez-le. De 11h à 17 heures on me frappait avec des coups de pied, des planches et avant qu’on ne m’amène à l’Anr, j’étais à demi-mort, le sang sortait de mes oreilles et là aussi j’ai été menotté au lit pendant 5 jours sans manger… Je veux que le peuple le sache, Massina est un monstre, un psychopathe, un fou dangereux, un nazi qui a la perfidie du serpent».

Il dit que s’il a été particulièrement torturé, c’est parce qu’il détenait la preuve de «la préméditation de l’assassinat du ministre Kpatcha».  Il dit avoir reçu ce matin du 12 avril (jour de l’attaque du domicile de Kpatcha) un sms du Col Kadanga qui disait: «Ton ami l’éléphant veut être président, toi tu iras en prison». Quelques jours plus tôt, le même Colonel accusait devant lui l’ANR d’exécutions extrajudicaires qu’elle venait déposer dans son rayon de compétence. «L’armée togolaise est victime de certains officiers qui manipulent tout le monde», conclue-t-il.

La Cour suspend la séance et reprend l’après-midi. Le principal accusé Kpatcha Gnassingbé se présente à la barre. Il évoque avec l’appui de ses avocats la question de son immunité parlementaire, raconte les évènements du 12 avril et rejette tout en bloc. Au sujet des échanges de tirs qu’il y a aurait eu à son domicile, il est formel: «C’est faux, c’est un tissu de mensonges, c’est une tentative d’assassinat pur et simple».  Il rappelle quelques propos tenus à son égard par Titikpina à l’ANR: «Titikpina me dit: je n’attends que l’ordre du Président pour t’exécuter. Dommage! C’est le Col Kadanga qui peut échouer à cette mission». Lui aussi avance que Robert Bakaï, Procureur de la République à l’époque, l’avait dissuadé de commettre un avocat. Il cite des noms de personnes qui le poussaient à «passer à l’acte» contre son frère de président, dont le Gal Tidjani et dit en avoir parlé à feu Omar Bongo. Il reconnaît la clé USB sur laquelle se trouverait un «plan d‘attaque» conçu par Tidjani qu’il aurait remise à son frère aîné Rock, qui à son tour l’a remise à Faure, qui ensuite l’a remise à la Justice. Il met en cause un certain Bawa, fonctionnaire à l’Ambassade des Etats-Unis qui l’aurait piégé en complicité avec les officiers Kadanga, Massina et Titikpina. Il estime avoir envoyé Esso dire au sieur Bawa de «tout arrêter» le 10 avril, soit deux jours avant l’attaque de son domicile. Il demande par ailleurs à Pétchélébia de jouer un rôle de «médiateur au sein de la famille Gnassingbé». Il ne reconnaît pas l’entièreté du contenu des PV et déplore par ailleurs que sa signature soit trafiquée en bas dudit PV. Il déclare aussi qu’on l’a souvent interrogé sur ses rapports avec Patrick Lawson, Jean-Pierre Fabre, Agbéyomé Kodjo, Gilchist Olympio.

Un autre grand morceau sera convoqué à la barre, le Cdt Atti. Il rejette tout et dit payer de ses relations avec François Boko. Contrairement aux autres, il dit avoir été bien traité à l’ANR, partageant même des déjeuners avec le bourreau;  il confie qu’avant même son départ de l’Anr, le maître des lieux lui a proposé un deal. «Tu enfonces Kpatcha et ta peine est allégée; dans le cas contraire ta peine sera lourde». C’était même en compagnie de son épouse.

Le plus gradé de tous, le Gal Tidjani aussi est passé le même jour. Même si les déclarations de Kpatcha l’accusent fortement, il réfute tout et se compare au célèbre Capitaine Dreyfus injustement condamné et défendu par Emile Zola dans son ouvrage  J’accuse. Le Général dit que c’est son désormais collègue Titikpina qui lui en veut. Il dit qu’il ne peut pas concevoir un plan d’attaque comme celui qu’on lui attribue.

Celui qu’on présente comme le gestionnaire de Kpatcha, Sondou Tchinguilou se réjouit aussi de revenir du séjour des morts. Il a subi en effet deux opérations chirurgicales lors de sa détention. Il nie tout. Par exemple ses accusateurs  soupçonnaient qu’il aurait été avec Kpatcha en Ukraine pour commander des armes. Il dit ne s’être jamais rendu dans ce pays. Pour lui, «quand on aura savouré de bons foies gras, on a horreur des oies vivantes». Il adresse un message à la Cour: «Une nouvelle page de l’histoire togolaise est en train de s’écrire. Ne le regrettez-pas, que vos enfants ne le regrettent pas non plus un jour».

A la suite de ces gros morceaux, on assistera au passage de plusieurs co-détenus qui ont soit reçu un appel d’un proche de Kpatcha,  émis un appel en direction de certains membres de la famille ou  rendu visite à quelqu’un dans l’entourage de Kpatcha. On compte le Nigérien Moussa Seydou, le fonctionnaire de l’ANR Sizing Essodozoun, Nayo Gnassingbé, Karouè Pyabalo, Athole Nayo, Kamoki Maveidom, Pali, Agnam Mazabalo, Toukessala, Baouna, Toyi Gnassingbé, Laré Bitié, Kpadaro, Tchara Atcholi, Kegbera Kossi, Papali Abalo, Tcheou Jaurès.

La plus grande attraction de la journée de vendredi a été le passage des trois témoins cités, les Colonels Felix Kadanga et Rock Gnassingbé et le Général Atcha Titikpina qui, à l’exception de Rock, ont brandi le «secret défense» pour refuser de répondre aux questions.

Mensah K.

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