Mardi, Septembre 18, 2018

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«Malheur à ceux qui se contentent de peu», nous avertit Henri MICHAUX dans son œuvre Educator. La vision du pouvoir au Togo est engluée dans une contemplation narcissique de l’insignifiant, du petit pas si bien qu’il s’agite autour des vétilles et confond l’ordinaire avec des prouesses. L’autosatisfaction couvée est une rumination admirative qui confine à l’immobilisme. L’auto-consolation maladive est une bride à l’action et une renonciation à soi, c’est-à-dire à exister en ce que l’existence est une enquête permanente du mieux-être.

Le pouvoir togolais a une exigence absolument nécessaire de sortir du cocon avilissant et détestable d’une politique de cantonnement au sentier périphérique du progrès. Le cramponnement au petit pas est une stratégique des partisans du moindre effort. Ce pouvoir ne peut plus nous servir les avaries d’une fausse sagesse togolaise qui s’énoncent en ces termes: «vivi duto muku nawoo», «manon tonyé via dji». On ne peut moissonner la vie qu’avec de grandes ambitions dans un combat âpre qui développe en nous nos propres capacités. Le progrès est un devoir assumé avec engagement et responsabilité qui stimulent l’imagination.

L’ivresse du peu est une strangulation du combat existentiel, une castration de l’énergie vitale qui construit l’avenir, la République et l’Humanité. Le régime togolais, dans ses fragments d’efforts sans fécondité, sollicite abusivement des applaudissements publics  pour subordonner le peuple à une exhibition lugubre, sans un rayon de soleil, dans une promotion du peu et du médiocre. L’exhibitionnisme est un état maladif et ne saurait constituer la ligne directrice d’un pouvoir. Tous les peuples du monde savent apprécier le beau, le bien, le juste, le vrai quand ils intègrent leur vie, leur vécu de tous les  jours et savent être reconnaissants quand  ils sont protégés et à l’abri de la misère, du manque chronique.

La reconnaissance de la force publique ou d’un pouvoir a ses exigences. L’esprit retors des gouvernants, l’excellence à rebours lisible dans les abus de biens sociaux, dans la corruption produisent des fractures profondes entre le sommet et la base. La poudre aux yeux des petits pas célébrés en exploits dans un vacarme continu et assourdissant ne restitue aucune confiance entre le peuple et le pouvoir. La thèse de progrès est ailleurs ; le peuple le sait. Elle est dans la direction morale du régime, dans l’assainissement des finances, dans la clarté des comptes, dans l’investissement intelligent, dans les recettes propres, dans la politique sociale, dans les valeurs de la République…

Le bruit autour du peu pour faire sensation et se donner bonne conscience dans le clan du profit, de la brutalité et de la délinquance n’invite personne à être admiratif des pacotilles et frissons du progrès.

Ce que les Togolais réclament avec intransigeance aujourd’hui comme exploits n’est-ce pas la qualité morale des acteurs politiques, leur sens d’humanité, d’imagination, de créativité pour assurer leur protection et le développement?

1) Le passé au présent

Le régime d’EYADEMA comme celui de Faure s’entoure de troubadours et de griots constitués en groupes d’animation ou de soutien pour éructer des slogans dans le but d’abêtir les esprits faibles et de les assujettir à un endoctrinement qui les transforme en des machines à applaudir, à célébrer n’importe quoi, à encenser toutes les bêtises du monde. Cette minorité visible et tapageuse que constituent les groupes de soutien se place dans un aveuglement commercial. Ce qui l’intéresse au premier  chef, ce sont les dividendes de leurs gesticulations et les honoraires de la profession dans un pays ruiné où l’emploi est rare. GNASSINGBE père et fils ont le mérite de soigner le mal de vivre de ceux qui n’ont peut-être  pas appris à se battre âprement et dignement dans des contextes arides pour mériter leur pain.

L’art de vanter les actions du pouvoir quelles qu’elles soient, de provoquer artificiellement le merveilleux pour travestir l’esprit d’un peuple est une méthode connue que dénonce Jean-Paul MARAT, dans Les chaînes de l’esclavage lorsqu’il écrit: «Pour enchaîner les peuples, on commence  par les endormir». Mais ce que les «négriers des temps modernes» et leurs valets oublient, c’est que les conditions matérielles de l’existence des peuples les éveillent mieux que les slogans mortellement ennuyeux. Toute conscience qui se disperse dans l’excitation, l’enthousiasme, la routine ou l’indolence réapparaît promptement en face du danger.

L’éveil des Togolais est robuste parce que leurs souffrances sont énormes tant sous le règne du père que sous celui du fils, et peut-être avec des proportions qui nous éloignent de toute compétition régionale. Au cimetière du progrès, nos échecs économiques, politiques, sociaux, éthiques, humains donnent à notre pays l’air d’un musée. Nous avons dansé, chanté et vociféré des slogans dans une foire aux cancres qui amusait terriblement nos voisins occupés à réinventer leurs pays dans la douleur et par-delà les tâtonnements.  Nous voudrions leur offrir des fleurs à brasée pleine pour les féliciter, les encourager.

Au Togo, nous autres, nous sommes toujours au stade des habitudes vieillies, stériles des slogans pour masquer la prédation outrancière d’une certaine délinquance qui a mis sens dessus-dessous notre République. Ce «Togo en chantier» est une trouvaille de fainéant qui s’essouffle à porter  un carton vide. Pourquoi crier que Faure a mis des lampadaires ou des ampoules dans nos rues alors que nous payons régulièrement nos taxes d’éclairage public?  Est-il utile de célébrer la réhabilitation douteuse de quelques-unes de nos ruelles si nous savons que sur l’essence, depuis des décennies nous déposons toute une fortune à cet effet? Avons-nous pris le temps d’examiner à la loupe le colmatage de ces rues en pleine capitale, sans trottoir à plusieurs endroits, avec des caniveaux à grandes fenêtres pour importuner de leur pestilence les citoyens et les visiteurs? Savez-vous que sur le boulevard à plusieurs endroits, la promenade est maintenant impossible? Ouvrons les yeux et soyons plus près de ce à quoi nous avons droit, ce pour quoi nous cotisons ou payons des taxes.

Dans ce pays nous avons récité, tels des imbéciles heureux, nos propres biens à la gloire d’EYADEMA. Les groupes d’animation citaient nos hôtels sans savoir ce qu’ils valent et leur durée de vie. Même le petit stade du quartier  administratif apparaissait dans la récitation du génie d’EYADEMA. La journée de l’arbre qui est une institution des Allemands au Togo a été attribuée au Timonier. La CEDEAO, une initiative de Sylvanus  OLYMPIO a changé de paternité. Tous les pouvoirs qui tiennent des slogans pour des marchepieds s’accrochent à une idéologie du mensonge. Ils sont préoccupés par le fantastique et cherchent à n’importe quel prix à en produire au lieu d’évoluer sur le principe d’efficacité et de qualité de l’acte politique. Notre République doit faire une mue véritable dans une sensibilité morale, éthique et s’imprégner de grandes ambitions d’entreprendre, d’innover au lieu de nous servir des stratégies fausses d’une renaissance  de l’Etat. Nos dirigeants ont l’exigence des résultats qui nous sortent des affabulations et des faux honneurs. Nous ne voulons plus des ritournelles oratoires reprises par des griots de la République pour donner caution au vil dans une mythomanie politique aux résultats  improductifs. L’instant de ce nouveau départ est éclairé par Marguerite YOURCENAR dans Mémoires d’Hadrien parce que «Le véritable  lieu de naissance est celui où l’on a porté un coup d’œil intelligent sur soi-même».

2) Qu’est-ce qu’un pays en chantier?

Les conditions  de possibilité d’une mise en chantier d’un pays sont de deux ordres : l’identité morale et la construction des infrastructures avec de grandes offres d’emploi. L’aspect immatériel de cette entreprise est une  conquête de l’éthique pour donner  force à la raison dans des actes de noblesse qui caractérisent la citoyenneté. L’aspect matériel d’un pays en chantier est une  trilogie : croissance, épargne, investissement massif.

Au Togo l’aspect immatériel autant que l’aspect matériel d’un pays en chantier sont inexistants. La sensibilité morale du gouvernement défendant des valeurs pour fédérer l’énergie de la République autour d’un nouveau type de Togolais est dramatiquement absente. Les dirigeants  eux-mêmes ne sont en rien des exemples. Personne ne connaît au «Leader nouveau» une vie de couple. Celui qui est incapable de bâtir une famille peut-il construire une nation? En outre, avec ses propres frères, la guerre est totale. Nous nous garderons de revenir sur les conditions de la prise du pouvoir, sur les multiples répressions et les cabinets noirs des sociétés d’Etat. Qu’y a-t-il de meilleur dans l’éducation d’un peuple si ce n’est la pédagogie par l’exemple? Le déficit moral, conceptuel et éthique des dirigeants du Togo étale un voile noir sur la moralité publique et la conception de la citoyenneté au Togo subit une mutation dangereuse vers le gain facile, le détournement, la prédation et le mensonge. Or, rien ne se construit sur des principes corrompus.

Par ailleurs, la politique des grands travaux qui est l’expression de la mise en chantier d’un pays dans son second aspect a pour soutien une croissance forte, l’épargne et l’investissement véritable dans les secteurs de production, dans les infrastructures et dans le social. La consommation est un facteur essentiel pour maintenir la croissance. Au Togo la valeur marchande du prix de l’énergie à la hausse constante a flambé le coût de la vie. Les prix prohibitifs pour la bourse du peuple imposent aux populations la diète noire et la rétention des dépenses.

Dans un pays en chantier s’observe notablement un retour volontaire des expatriés à la terre natale. Le flux migratoire est colossal sous EYADEMA, la saignée continue et les manifestations récentes de déboutés du «Loto-Visa» témoignent de la tendance des Togolais à déserter le pays pour échapper à la misère. Aujourd’hui, tout le Togo est devenu une vaste maternité où ne tient pas à grandir un enfant. Ce pays continue d’abîmer la vie de ses enfants dans un déclassement permanent des conditions d’épanouissement de l’homme.

Dans quel pays en chantier au monde l’emploi est-il aussi rare que les beaux jours? La mise en œuvre d’un programme de Volontaires des diplômés togolais pour le progrès a connu plus de vingt mille dépôts de dossiers. Environ trois cent cinquante candidats ont été retenus pour une durée de six mois à cinq ans avec un salaire de quarante à soixante mille francs. Voilà comment nous construisons ce pays avec des slogans. Ce pouvoir est capable de proposer aux diplômés togolais sans emploi le bénévolat à vie parce qu’il se moque de nous, de notre épanouissement. Combien nos dirigeants donnent-ils à leurs enfants comme argent de poche par semaine? Combien coûte à Lomé un studio habitable pour une classe moyenne? Le drame de ces diplômés togolais, Volontaires de progrès malgré eux, est lisible dans ce pays où il est quasi impossible de survivre en ville avec mille francs par jour. Les Volontaires togolais ont-ils droit au soin de santé?

Le «Togo en chantier» est un ennemi de la vie, de la justice sociale, du droit, au respect de la personne humaine. Tant que la direction du Togo sera dépourvue d’une sensibilité morale, nous ne réussirons jamais à creuser les sillons de l’avenir. En Afrique, nous envions tous le Ghana qui a une croissance estimée à 14%. Un comité de réflexion, de réinvestissement et de redistribution de la richesse nationale assure le pilotage du flux financier et rend compte régulièrement au peuple. Ainsi le pouvoir au Ghana est intégré au peuple et non superposé à lui pour l’étouffer dans ses aspirations profondes. Ce nouvel esprit de gestion résulte d’un formidable travail citoyen et patriotique de RAWLINGS.

A une croissance égale à 14%, le régime ne crie pas le «Ghana en chantier». Wole SOYINKA avait tout à fait raison de dire: «Le tigre ne crie pas sa tigritude. Il bondit sur sa proie, la dévore et la mange».

Arrêtons à jamais les slogans qui attestent la faiblesse des régimes corrompus et en mal de popularité. Nous avons le devoir d’être sincères avec nous-mêmes. Faure GNASSINGBE  ne fait pas l’affaire du Togo. C’est une réalité partagée par la grande majorité des citoyens de tous bords. Avec lui, nous sommes davantage dans une résidence de la décadence. Il nous faut autre chose de meilleur poids pour construire l’avenir. Comme l’écrit Charles de GAULLE dans ses Mémoires de Guerre: «Les exigences d’un grand peuple sont à l’échelle de ses malheurs».

Didier Amah DOSSAVI

 

Commentaires

 
0 #4 TONTON GENTILLE 26-09-2011 09:58
Au faite Faure ne fais pas l affaire du togo il est temps qu il parte avec ses femmes et ses nombreuses copines .
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0 #3 Assogbavi de Paris 14-09-2011 17:20
Mais n'est-ce pas qu'une association fantomatique à Paris dénommée DTF se dit posséder des expertises nécessaires à la recontruction du Togo? Mais où est-elle Viana et sa clique qui dansait la danse Bawara pour recevoir Faure à Paris?
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0 #2 Coco 14-09-2011 17:16
Bien dit. Mais au fait pourquoi les Togolais se trompent-ils encore de sauveur et de messie qu'il espère. La seule initiative possible pour sortir la terre de nos aïeux de cette léthargie est de créer une nouvelle dynamique populaire censée booster les synergies et mettre en place une plate-forme alternative et de contrat social avec les Togolais pour les remettre au travail et les inviter au respect de la chose publique. La classe politique actuelle est en parfaite décrépitude et toute action qu'elle mènera, hormis une volonté politique dont je doute, est vouée à l'échec.
togolais, lèves-toi, viens et bâtissons notre cité
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0 #1 Adjame 14-09-2011 17:09
Il est pertinent cet article car si le Togo est dans cette situation déplorable au niveau des infrastructures routières, c'est la faute au clan Gnassingbé et ses affidés qui ont mis à genou le pays en mettant dans leurs comptes bancaires suisse et autres des biens mal acquis. Faure ne peut et ne fera rien pour ce pays. L'initiative PPTE dont on était fier de mettre le Togo pour bénéficier de l'annulation de la dette ne sert que le clan (Beguedou, Ingrid, l'alentour proche donc les nouveaux riches qui roulent en 4*4 et qui ont des villas cossues dans les banlieues de Lomé). Même Faure au pouvoir pendant 40 ans ne servira pas ce Togo.
Une chose, la détermination pour qu'il dégage le plus tôt possible pour que les forces alternatives entament les réformes nécessaires au redressement du pays.
Aux inintelligents d'insulter et de raconter n'importe quoi pour répondre à ce posting
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