Dimanche, Octobre 21, 2018

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150 morts et une centaine de blessés, c’est le lourd bilan des attaques perpétrées vendredi 4 novembre 2011 par la secte islamique Boko Haram à Damaturu, capitale de l’Etat de Yobe au Nigeria. Ces agressions violentes ont essentiellement ciblé des postes de police et des églises.

Ce même jour, ces musulmans radicaux ont aussi mené des actions kamikazes à Maidougouri dans le Borno. Si ces «fous d’Allah» version nigériane nous avaient habitué à la barbarie et aux attaques violentes, c’est bien la première fois qu’ils font autant de victimes et de dégâts en l’espace d’une seule journée.

Ce carnage est intervenu à l’avant-veille de la Tabaski et a du coup terni la célébration et le faste de cette fête du sacrifice d’Abraham. Du coup, le côté sécuritaire à pris le dessus sur l’événement religieux avec le déploiement des forces de l’ordre dans les rues et les points de rassemblement (mosquées et églises) tout au long de l’Aïd-el-Kebir ; un déploiement préventif dans un pays où l’intolérance ethnique et religieuse a pignon sur rue et où les chrétiens ont appris à rendre coup pour coup, à ne pas tendre la joue gauche lorsqu’on les gifle sur la joue droite. Alors la question que beaucoup se posent, ce n’est pas de savoir si les chrétiens vont riposter, mais quand est-ce qu’ils vont le faire.

Franchement, on ne sait plus que dire de ce pays. On avait parlé de «poudrière identitaire» en Côte d’Ivoire au début des années 2000 après les massacres intercommunautaires au temps où le concept d’ivoirité faisait rage, mais il faut reconnaître que cette poudrière est une réalité au Nigeria depuis bien longtemps et elle se manifeste de façon sporadique par des violences entre les communautés et religions.

Sans doute qu’à l’échelle du Nigeria, un grand pays de plus de 160 millions d’âmes, la mort de 150 personnes peut paraître comme une goutte d’eau, mais il n’en demeure pas moins que trop, c’est trop. Et il va falloir que ceux qui sèment la mort et la désolation se ressaisissent. A considérer la longue liste des tueries et des enlèvements, on a franchement l’impression que ce peuple est en train de creuser de façon méthodique sa propre tombe. A ce rythme-là, on se demande véritablement où est-ce que l’hécatombe va s’arrêter, surtout que l’Etat fédéral ne parvient pas vraiment à endiguer, encore moins enrayer cet engrenage funeste.

Cette situation est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles le Nigeria ne parvient pas à être cette locomotive qu’il aurait dû être qui tire toute l’Afrique de l’Ouest. Au lieu de cela, le pays est devenu le théâtre d’une grande anarchie propice à tous les coups tordus aux antipodes du développement.

Pourtant, justement à cause de son gigantisme, beaucoup d’analystes politiques avaient pensé que le fédéralisme était la pierre philosophale de ce pays écartelé entre chrétiens et musulmans mais aussi entre une multitude d’ethnies à la rivalité séculaire. Cependant, aujourd’hui avec la situation qui y prévaut, on se demande bien si ce modèle politique n’est pas justement une partie du mal nigérian, eu égard à l’impuissance notoire de l’Etat fédéral à gérer et à juguler les conflits locaux qui poussent comme des champignons après la pluie.

A l’évidence, le Nigeria, à l’instar de la plupart des Etats africains, n’est pas encore une nation ; parce qu’une nation, c’est d’abord des gens qui reconnaissent leurs différences mais décident de vivre ensemble ; or là, on a des gens qui partagent le même territoire mais chacun aurait certainement souhaité avoir quelque part son petit lopin de terre pour le gérer comme il l’entend, monter son minaret ou son clocher à la hauteur qu’il veut.

San Evariste Barro

L’Observateur Paalga

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