Jeudi, Décembre 13, 2018

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Hier, un peu plus de 32 millions de Congolais ont été appelés à élire leur président de la République parmi les 11 candidats en lice et 500 députés sur les 18.855 candidats à la députation.

A cet effet, 63.865 bureaux de vote ont été déployés sur un territoire aussi vaste qu’un continent. Côté résultat de la présidentielle: si l’un des 10 candidats opposés à Kabila venait à être proclamé vainqueur le 5 décembre 2011 par la CENI, il faudra crier à l’avènement d’un monde nouveau, non seulement pour les Congolais mais pour toute l’Afrique.

Conformément à un honteux scénario qui a cours depuis une vingtaine d’années environ sur le continent et qui prend complètement le contre-pied des principes démocratiques et du bon sens, dès qu’on est président sortant, la victoire est acquis d’avance. Face à un tel rituel d’un autre âge, ceux qui se prétendent de la Communauté internationale ne réagissent que lorsque la situation les met en difficulté, lorsque leurs intérêts sont sérieusement menacés comme ce fut le cas en Côte d’Ivoire. Qu’il pleuve ou qu’il neige, il s’agit d’un président sortant qui ne sort jamais et «des présidents entrants» qui n’entrent jamais. C’est le schéma dans des pays dits en démocratie malheureusement.

Si le contraire se produisait au pays de Joseph Kabila à la suite des élections du 28 novembre, nous jurons de jeter notre plume pour aller au champ. Un tel défi résume le statu quo dans lequel la Communauté internationale confine cyniquement et à volonté plusieurs millions d’Africains qui en ont marre des dirigeants qui ne font aucun effort pour la promotion de leur peuple et qui trouvent leur compte avec une armée nationale nourrie, habillée, soignée et «armée» aux frais du contribuable et qu’ils gavent de prébendes rien que pour s’assurer une longévité de fait au pouvoir. Et dire qu’un pays comme celui de Kabila s’appelle impudiquement République Démocratique du Congo avec tout le spectacle qu’il a offert au monde ces dernières années et surtout pendant cette période électorale! Où se trouve donc la démocratie?

Côté réaction: alors que la campagne qui, d’une manière générale dans bien de pays n’occasionne pas de morts et qui souvent laisse préfigurer à peu près ce que serait l’après résultat, trois militants de l’opposition au moins ont été sacrifiés gratuitement par le pouvoir en place avant le rendez-vous avec les urnes. Comme si cela ne suffisait pas, sous prétexte de maintenir la sécurité, le pouvoir a interdit à l’UDPS et à son président de battre campagne à Kinshasa. Une frustration qui aurait pu donner lieu à de fortes résistances et à de sérieux affrontements, si l’opposition avait su unir ses forces face au candidat sortant. C’est là aussi les conséquences fâcheuses découlant du fait d’affronter le pouvoir en rangs dispersés et sans stratégie commune.

Eu égard à l’ambiance électrique dans laquelle s’est déroulée la campagne, il faut s’attendre à une proclamation de résultats devant déboucher sur des violences avec son cortège de blessés et pourquoi pas de morts gratuits une fois de plus. On ne peut qu’être choqué de ce que, à quelques heures du vote, le Secrétaire Général des Nations Unies se contente uniquement de lancer un appel au respect du verdict des urnes, quand bien même il est censé savoir qui sera infailliblement proclamé dans 8 jours vainqueur pour des raisons qui n’échappent plus à personne par une CENI qualifiée par abus de langage d’indépendante. Cela veut dire que l’opposition est appelée à accepter sans mot dire, la victoire qui sera attribuée à Kabila, alors que l’ONU, contrairement à la Côte d’Ivoire où elle avait été plus qu’active en certifiant les résultats, n’a rien fait en amont pour assurer la transparence des élections législatives et présidentielles.

Ban Ki-Moon a par ailleurs lancé un appel à la retenue et demandé au pouvoir d’assumer son rôle sécuritaire. Des messages qui ne veulent rien dire par rapport à l’enjeu de ce double scrutin et eu égard au rôle joué dans un passé tout récent en Côte d’Ivoire contre Laurent Gbagbo. Les Africains n’oublient pas qu’il a été promis par la communauté internationale et surtout par la France, que désormais il ne sera plus possible que les votes du peuple soient détournés. Comment pourrait-on y faire barrage, si à la base, un travail sérieux n’avait pu être fait dans ce sens avec la contribution et l’implication active de l’ONU comme ce fut le cas en Côte d’Ivoire, en vue de minimiser les risques de fraudes.

Il n’est pas superflu de signaler que c’est, tirant les leçons, selon les propres termes du gouvernement congolais, il y a quelques mois, que le code électoral a été modifié dans ce pays. On est passé d’une présidentielle à deux tours qui avait toujours prévalu, à une élection à un tour unique. Une démarche unilatérale du pouvoir qui n’a naturellement pas eu l’assentiment de l’opposition. On apprend que plusieurs électeurs n’ont pas pu voter hier, parce qu’ils ont cherché leurs noms en vain dans les bureaux de vote et sont rentrés chez eux. Généralement c’est dans les fiefs de l’opposition que cette pratique se fait.

Cela participe à la stratégie du pouvoir en place en matière de fraudes. Au Togo par exemple le régime RPT s’en est plus d’une fois servi. Les candidats de l’opposition congolaise n’ont pas hésité à dénoncer dès le début des préparatifs la création de bureaux fictifs dans le pays. Pour être crédibles, les élections en Afrique méritent le même accompagnement par l’ONU comme ce fut le cas en Côte d’Ivoire avec la certification des résultats à l’arrivée. Pour rendre la démocratie vivace, l’exigence de deux tours d’élection est indispensable. Dans l’ensemble, plusieurs dysfonctionnements ont été relevés dans l’organisation de l’élection supervisée par 150 observateurs de l’UE.

Alain SIMOUBA

 

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