Mardi, Mai 22, 2018

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«Autrui détient un secret : le secret de ce que je suis. Il me fait être et par là-même me possède». Dans L’Etre et le Néant, Jean-Paul SARTRE nous montre l’illusion que nous avons de  nous-mêmes et  la fragilité de nos prétentions lorsque nous tombons sous le regard d’autrui.

Comme de vulgaires feuilles de papier, s’envolent nos chimères et nos cachotteries en ce que leur platitude  est traitée avec mépris, surtout lorsque nous croyons nous jouer des autres. L’image réelle de nous-mêmes, dans les faits et gestes, se cristallise. Sous le regard des autres, nous devenons de simples objets de connaissance. Comme « être, c’est être perçu », autrui finit par nous connaître et nous posséder. Par nos actes, nous nous révélons au monde consciemment ou inconsciemment. C’est pourquoi autrui me perçoit de telle sorte que je ne puis jamais me faire passer pour ce que je ne suis pas sans qu’il ne me découvre  mieux que je ne puis l’imaginer.

C’est pourquoi dans la fonction du regard, le prêtre qui prêche dans une église le devoir de fidélité dans le couple invite les fidèles à apprécier ce que lui-même fait de son vœu de chasteté et de sa vocation. C’est son histoire personnelle qui s’investit dans son message malgré lui-même.

Ce n’est pas tant ce qui sort de la bouche d’un homme politique qui a une valeur, mais la personnalité du politique, son itinéraire, ses choix, ses résultats, l’éthique qui le gouverne. D’où la question de références politiques dans la durée des chaînons  de mérite et d’autorité que tous les regards apprivoisent. C’est elle qui confère au politique les considérations de son rang. L’homme politique ne saurait surgir du néant. Il a une histoire ou plutôt il est une histoire. C’est dans cette histoire que réside tout l’enjeu de ses prises de position.

Toute la surprise des parlementaires ACP-UE vient d’un débarquement  de Faure GNASSINGBE  d’une soucoupe volante pour atterrir dans un nouveau monde avec une vocation de pasteur pour prêcher moralité et expertise alors que tout le monde, dans des détails précis connaît proprement son histoire personnelle aux séquences aussi dégoûtantes les unes que les autres. Dans ses songes et rêveries solitaires, il est apparu dans le style d’une marionnette d’une «Françafricaille» qui installe la racaille. Pour sa leçon sur la souveraineté et sa défense, le monde en rit. C’est lui-même qui s’était mis dans un orphelinat où ceux qui font l’adoption plénière l’ont dépouillé de tout soupçon d’autonomie et de souveraineté. Au perchoir de l’Assemblée paritaire des parlementaires ACP-UE, la sortie de Faure faisait ronchonner beaucoup de députés qui se moquaient de son réveil.

Dans ses prouesses inimitables et subites, tout le monde a compris ce qui le hante; les chants, les imprécations de tant d’âmes innocentes et sans défense immolées pour son fauteuil ont déchu l’homme et l’ont affecté négativement. C’est pourquoi l’étonnement suscité par  le panafricanisme d’un syndicaliste du crime et de l’impunité ne répond nullement aux exigences de Roger CAILLOS, pour qui, dans L’Art poétique, «il est bon d’étonner mais, il faut étonner justement».

Quelles leçons politiques, sociales, humaines, juridiques, économiques Faure peut-il prétendre donner à un monde qui connaît mieux son histoire personnelle qu’il ne  peut l’imaginer?

Le rôle d’un doux rêveur affiché dans des réclamations d’une CPA (Cour Pénale  Africaine) et de conseiller  économique d’une crise financière en Europe n’est-il pas d’une telle fragilité en éthique et en compétence  à vite oublier?

 Hantise et fausses assurances

Le pouvoir togolais, depuis EYADEMA, s’identifie à la brutalité et sa longévité dans une succession heurtée n’a de justification qu’à l’impunité. L’homme du Far-West a montré à la face du monde entier qu’il est le continuateur attitré de cette brutalité. Le caractère particulier des massacres d’avril 2005, ne l’oublions jamais, avec un chiffre record de 811 Togolais tués selon la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme, en est la confirmation. La gravité de ce crime contre l’Humanité est reconnue par le Système des Nations-Unies à la suite des conclusions de ses propos enquêtes. Aujourd’hui, c’est l’ANR (Agence Nationale de Renseignements) sous l’autorité directe de Faure GNASSINGBE qui s’illustre dans des pratiques de torture. Rien ne pourra désormais s’opposer, à la longue, à une interpellation des hautes instances pénales internationales de Faure et ses hommes de main. C’est pourquoi le faux concept de « justice transitionnelle » réduit spécialement au Togo à un monologue de régime n’intéresse nullement les Togolais. Les dossiers en instance contre le pouvoir en matière de crime contre l’Humanité sont sous le sceau de la patience. Il ne peut en être autrement, un jour Faure perdra le pouvoir. Il faut que le  peuple togolais ne fléchisse jamais dans son combat pour l’aider à s’en aller le plus tôt possible. Faure lui-même n’est pas dans l’incapacité de comprendre cette évidence inscrite dans la dynamique du mouvement de l’histoire. Les Togolais savent que son entêtement à garder à tout prix le pouvoir est un motif supplémentaire qui déculpe leur exaspération et leur énergie pour s’inscrire dans la conjoncture mondiale du triomphe des peuples.

Albert CAMUS, dans son œuvre, Lettre à un ami allemand, nous donne plus d’excitation à croire à un vrai changement susceptible d’enterrer ce régime criminel au Togo lorsqu’il écrit: «Qu’est-ce que l’homme? Il est cette force qui finit toujours par balancer les tyrans et les dieux». Les espérances collectives sont toujours verdoyantes quelles que soient les douleurs qu’elles éprouvent. Elles demeurent invincibles. Ainsi nous pouvons le proclamer ici et maintenant : le départ de Faure du pouvoir est une certitude. C’est d’ailleurs ce qui le livre déjà à l’émotion de devoir répondre de ses forfaits. Ce coq à l’âne servi aux parlementaires ACP-UE, dans une spontanéité d’un malaise, traduit la pesanteur de ce que le célèbre juriste italien BECCARIA nomme « crimes et châtiments ». Faure, dans une panique à peine tue, s’adosse maladroitement à un  argument fétiche des tortionnaires, subitement nationalistes ou panafricanistes pour reconnaître à l’Afrique une Souveraineté.

Mais, la question fondamentale est : de quoi se nourrit une souveraineté ? Les arguments qui alimentent la souveraineté et la force sont les compétences, la justice, le respect des Droits Humains, l’éthique, l’épargne et l’investissement. Nous nous apercevons que Faure GNASSINGBE passe dramatiquement à travers la fourchette des données qui fondent la souveraineté. La justice communautaire de la CEDEAO vient encore de souligner dans son arrêt en faveur des députés ANC (Alliance Nationale pour le changement) que l’organe suprême de régulation de la justice et du droit «méconnaît la loi au Togo». C’est cette réalité qui accouche tous les mort-nés de la modernité sous Faure. Les fausses élections au Togo creusent souverainement un sépulcre à l’éthique et toutes les répressions sauvages qui en résultent ne sont ni une expression du respect des Droits Humains et des peuples ni une éthique dans la gestion de l’opinion plurielle inscrite dans notre Constitution. En matière d’épargne, vingt-neuf milliards jetés par la fenêtre en des systèmes multiples de corruption, d’achat de consciences pour une seule campagne électorale nous apportent la certitude sur les causes des souffrances quotidiennes de nos populations réduites à l’indigence la plus crasse.

Le régime de Faure, dans ses prestations honteuses, est aux antipodes des données de l’Humanité. Il croit se dissimuler derrière l’écran d’une souveraineté pour enjamber les dossiers et les plaintes qui l’accablent durablement. C’est dans les pays africains que s’organisent le grand bazar politique des fraudes électorales et son cortège de tueries, de massacres et d’impunité. C’est pour cela que la CPI (Cour Pénale Internationale) a abondamment de la matière première en Afrique pour son fonctionnement. Pourquoi  les pays latino-américains ne se proposent-ils pas d’instaurer une CPLA (Cour Pénale Latino-Américaine) ? Ils se sont largement affranchis des tyrans pour construire de vraies démocraties. Au Proche-Orient comme en Asie en général, la lutte pour la libération des tyrannies nationales connaît de mieux en mieux une voie d’achèvement. Ces pays non plus n’envisagent la création d’une Cour commune pour régler les violations massives des droits humains.

Le caractère véreux de nos institutions est la vraie justification d’une justice supranationale et supra-africaine. Nos dirigeants ont une mauvaise conscience du droit parce qu’ils savent actionner leurs propres réseaux de corruption, d’étouffement de la vérité, de la justice et du droit dans un syndicat du crime. Le cas HABRE et sa protection par des subterfuges depuis vingt ans est suffisamment l’illustration de la mauvaise foi des tyrans africains. Paul Yao N’DRE du Conseil constitutionnel de Cote d’Ivoire et Aboudou ASSOUMA de la Cour constitutionnelle du Togo bornent l’intervalle du fonctionnement de la justice dans nos pays. D’où la question centrale : faut –il préférer l’impunité au nom de la souveraineté aux décomptes macabres à une justice supra-africaine pour que les peuples se remettent de leurs traumatismes ? Si les responsables africains ont autant une fierté à faire valoir, elle ne peut consister que dans le respect scrupuleux de leurs propres peuples. La CPI apparaît comme un mal nécessaire, un pis-aller qui sert de substitut à la justice des syndicalistes du crime.

Les fanfaronnades de l’homme de la forfaiture

Faure GNASSINGBE imbu d’un songe de son bilan économique a l’air de se prendre pour un initiateur de pensées innovantes à s’inscrire dans le livre GUINNESS des records. Tous les économistes, même les plus dilettantes, nous disent que le progrès n’est possible que sur la base d’un support en statistiques et en pourcentages sur les réalisations en comparaison avec des données globales. Ce ne sont nullement les dénombrements vagues, les chiffres sans aucune comparaison en rapport avec les données initiales qui font apparaître l’indice de progrès. Un responsable politique qui est parfaitement incapable de donner le taux de chômage dans son pays, de déperdition scolaire, de malnutrition est un magicien du progrès. Il n’a aucun mérite à se vanter, à intoxiquer la lucidité de son auditoire pour parler de vingt mille emplois, de trente mille embauches…C’est triste quand il ne peut pas quantifier la baisse du pouvoir d’achat de son peuple. L’école de la récréation, des jouissances coupables, de la tricherie n’a aucun modèle à faire valoir.

Ceux qui courent pour aller chercher des bribes d’instructions économiques dans les institutions internationales pour les appliquer à la lettre, sans dignité ni discernement, au mépris des intérêts de leurs peuples sont bien ridicules dans leur étendard de souveraineté. Les prouesses invisibles et inaudibles d’un Prince perdu dans des calamités morales, dans la corruption, dans les violations des droits humains sont loin de féconder un renouveau économique de nos peuples et ne peuvent servir de conseils à une Europe en crise financière.

La crise européenne de l’endettement outrancier par rapport aux capacités des pays à produire de la richesse est une préoccupation mondiale en ce que le système économique mondial est en vases communicants. Les Américains, les Asiatiques ont des frissons légitimes au regard de la gravité de la situation. Il est normal que les responsables africains  aient des réflexions et des prévisions sur cette crise. Mais, que Faure GNASSINGBE se voie dans la peau d’un conseiller économique ou de démarcheur de conseils est à tout le moins surprenant. L’état de notre pays inspire pitié et depuis sept années au pouvoir, l’expertise personnelle de Faure n’a pas suffi pour nous dégager de l’étau de notre chute. La notion du sens au Togo est totalement à l’envers car, pour nous, la charité bien ordonnée commence par autrui. C’est sur la base d’un esprit retors que diffuse insidieusement le régime de Faure que l’anormalité continue de nous creuser la caserne de nos échecs et de nos hontes.

Le spectacle de la déraison, de la démesure et de la démangeaison intellectuelle est si aride qu’il maintient les auteurs dans une solitude définitive. Car, l’accumulation des crimes, de la forfaiture et des comportements répressifs à toujours une ascendance sur le mental des auteurs au point que naissent en eux, durablement, des perturbations psychiques et des écarts de tous genres qui attestent une perte de la notion du sens, un dysfonctionnement mental avec un degré de débilité notoire et perceptible pourvu qu’on se donne le temps d’analyser les énormes contradictions des fous du pouvoir. De Kadhafi à Tandja, d’Obasanjo à Idriss Déby, de Campaoré à Sassou, de Gbagbo à Yahya Jammey, de Kabila junior à Faure, la réalité est invariable.

Le monde nous perçoit tels que nous sommes, tels que nous nous révélons à lui. Ceux qui confondent applaudissement et approbation n’ont encore rien compris d’un monde qui sait déshabiller les niaiseries et les sottises par des ricanements hypocrites ou qui sait enfoncer les imbéciles en leur prêtant caution juste pour les dividendes.

A la tribune de l’Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE, le «One man show» de Faure et ses prétentions ont livré l’homme dans toute sa profondeur d’homme troublé, malade d’un pouvoir dont il a perdu sa famille, ses certitudes et convictions, malade de son avenir. Cette étape de ses confessions publiques d’un pouvoir qui l’a plongé dans l’abime est peut être une catharsis, une cure psychanalytique qui comporte encore trop d’omissions pour produire une guérison véritable.

Que personne ne se laisse prendre par le piège d’une solidarité émotive au nom d’une sensibilité africaine de souveraineté qui servirait à affranchir les criminels des poursuites judiciaires supra-continentales. Il ne s’agit pas pour nous d’agiter un vieux complexe de dénominateur blanc pour en faire un paratonnerre des tyrans africains qui, à leur corps défendant, trouvent que la CPI est un organe de harcèlement des Africains. Au même moment, ces dirigeants ne tiennent jamais à tirer leur légitimité de la volonté du peuple africain. Ils le méprisent, le martyrisent pour négocier la validité des élections frauduleuses auprès des partenaires européens. Soyons sérieux!

Sans l’appui de Chirac, ami du père, la forfaiture, la fraude électorale et les massacres des civils n’auraient jamais permis à Faure GNASSINGBE de devenir chef d’Etat. La souveraineté de Faure est à géométrie variable. Quand Omar KONARE s’était levé contre lui, au nom de l’Afrique, nous avons vu comment la France a actionné sa «diplomatie», son réseau mafieux pour ordonner Omar BONGO de le museler et convaincre Obasanjo à se  résoudre à un soutien à la bêtise. L’argument de souveraineté africaine de Faure est une bizarrerie, celui des conseils pour l’Europe une prétention ridicule. CAMUS a raison d’écrire dans ses Carnets: «Si l’homme échoue à concilier la justice et la liberté, alors il échoue à tout»

Didier Amah DOSSAVI

 

Commentaires

 
0 #1 olympio choisy 21-01-2012 11:12
bravo pour votre article qui nous eclaire .on n'a pas besoin de tous ces insultes meme si le clan gnassingbe nous devient insupportable .dossavi a ete au bout de ses arguments ,encore bravo
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