Lundi, Septembre 24, 2018

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«Papa Eyadéma vient nous sauver, ton fils Faure va nous tuer»; «Faure Agban Agbodji»  «Faure Ashawo»; «Faure Dégage»; «Libérez Kpatcha»«Faure à la poubelle», «Eyadema tu nous manques»; tels étaient les slogans choisis par les étudiants de Kara rejoints par les élèves et les populations pour conspuer le pouvoir de Faure Gnassingbé.

La récurrente crise estudiantine a été l’étincelle qui a mis le feu aux poudres dans une ville où les récriminations et la colère des populations contre le régime couvaient depuis des années.

 

La ville de Kara considérée à tort ou à raison comme le fief du pouvoir où Faure Gnassingbé obtient généralement des scores à la soviétique lors des joutes électorales, a décidé de rejoindre la contestation. Qui l’aurait cru ? Et pourtant les signes étaient prévisibles. En plus de 46 ans d’exercice du pouvoir, des milliardaires ont émergé dans la localité, mais le régime n’a rien fait pour les populations.

Plus de 70% des habitants de la ville vivent en dessous du seuil de la pauvreté, ce qui contraint la majorité d’entre eux à immigrer vers les régions du Sud à la recherche des terres cultivables. A Kara, les jeunes sont abandonnés à eux-mêmes, le chômage a atteint des records. L’étalage insolent de richesses des nouveaux crésus du pouvoir qui érigent des résidences luxueuses à côté des cases en banco et des cabanes dans la ville est perçu par les populations comme une provocation. Les tee-shirts et autres 1000F  CFA distribués pendant les fêtes  des évala arrosées des parties de jambes en l’air avec les filles de la localité  ne constituent plus la panacée pour des populations qui croupissent dans une misère corrosive. De plus, la disparition le 05 février du général Eyadéma a rendu les populations de la région orphelines.

Le fils du père qui a capté le pouvoir sur un tas de cadavres est trop dandy  pour se mêler des «bouseux» de Kara. En 6 ans de règne, l’économiste ou l’expert financier, tellement sa gestion est approximative et hasardeuse au point qu’on ne sait plus en quoi il est vraiment spécialiste, diplômé des Universités Paris-Dauphine et  Georges Washington (référence site de la présidence de la République Togolaise) a fait construire à travers tout le territoire une demi-douzaine de Palais luxueux à raison de  2 milliards au minimum par Palais. Sa vie de luxe et ses prodigalités ont fini par l’éloigner des siens. Ses allers et retours à Pya se font désormais dans la discrètion totale.

A Kara, il se dit que lorsqu’il est dans la région, c’est dans les montagnes de  Défalé, dans la résidence luxueuse à lui construite par le ministre à la rigueur sélective Adji Otèth Ayassor qu’il prend ses quartiers, loin de la misère et de la galère  de ses oncles, tantes, cousins et cousines à Pya. Pendant que le Prince roule carrosse, dépêche l’avion présidentiel à Paris pour acheter uniquement du cognac ou laver ses costumes, ses frères de village comprimés et  avachis par tant d’années de misère, de brimades et de toutes sortes d’injustices  peinent à s’offrir un repas par jour.  Le seul qui était proche des populations, qui tentait de comprendre leurs problèmes en apportant parfois des solutions circonstancielles à travers des dons, le payement de la scolarité des élèves,  a été arrêté et jeté en prison pour une scabreuse histoire de coup d’Etat.

La ténébreuse affaire Agba Bertin qui pue une odeur de règlements de comptes n’est pas du reste. Tous ces éléments ont servi de terreau à la violente révolte qui a secoué la semaine dernière la ville de Kara pour la première fois dans l’histoire du Togo. Faure Gnassingbé a-t-il vraiment saisi ou décrypté le sens du message des populations de sa ville natale et celles de Sokodé, Sotouboua, et même de Pya? La nomination de son aide de camp préfet de la Kozah, le convoyage de Lomé à Kara  par avion présidentiel des gendarmes pour prendre possession de tous les coins de la ville et enfin l’envoi des barons de la localité pour rencontrer, chacun, les étudiants de son canton ne constituent pas une solution. Plus qu’un problème de pauvreté, ces manifestations sont l’expression d’une soif de liberté. «La liberté est le pain que les peuples doivent gagner à la sueur de leur front», disait Félicité Robert de Lamennais, écrivain et penseur français dans Paroles d’un croyant. Et les peuples de cette région longtemps comprimés, isolés, instrumentalisés, réduits à un bétail électoral sont décidés à briser les chaînes pour retrouver leur liberté.

Colonel Didier Bakali: de l’aide de camp au petit préfet de la Kozah; les dessous d’une humiliation

Pour les troubadours du pouvoir habitués à faire des réflexions puantes dignes de handicapés intellectuels, la nomination du colonel Didier  Bakali, ancien Directeur général des Douanes, aide de camp de Faure Gnassingbé au poste de petit préfet de la Kozah s’apparente à une promotion. Drôle de promotion pour quelqu’un qu’on descend d’un avion pour pédaler un vélo. Lorsque le 5 février 2005, le Général Eyadéma passa de vie à trépas et que son fils Faure Gnassingbé s’empara du pouvoir dans les conditions connues de tous, ils étaient deux officiers à être les plus riches de l’armée togolaise de par leurs fonctions. Ils ont pour noms les colonels De Souza Galley, le DG d’alors des Impôts et Didier Hèmou Bakali, DG des douanes togolaises. Le colonel De Souza Galley était pendant longtemps l’intendant général des FAT. Un poste qu’il cumulait avec celui de la Direction générale  des Impôts. Avec une fortune colossale et des biens disséminés partout au Togo et à l’étranger, on disait qu’il était un Crésus. Dès sa prise du pouvoir, Faure Gnassingbé s’est empressé de le remplacer en 2006 par Ingrid Awadé, une de ses nombreuses privilégiées. Casé à l’Etat major des FAT, le colonel De Souza Galley après s’être plaint de maux de ventre, décède mystérieusement. Par la suite des instructions ont été données pour évaluer ses biens. A quelle fin?

Le colonel Didier Bakali a fait son parcours à l’ombre du général Eyadema. Il était son dactylographe ou secrétaire particulier pendant des années au camp RIT. De par ses fonctions auprès de feu Eyadéma, il est bien au courant de certains secrets qui intéressent Faure. Envoyé à l’ambassade du Togo à Paris comme attaché militaire, il revient plus tard pour être nommé Directeur adjoint aux Douanes togolaises au temps de Sogoyou Bleza. Victime d’une tentative d’assassinat sur un de ses chantiers dans une affaire purement privée, il s’était éclipsé pour se soigner avant de se voir propulser à la Direction Générale des Douanes dans les années 2000. Il se dit qu’il est aussi à la tête d’une fortune colossale. Un officier aussi riche que lui et connaissant les secrets d’Eyadéma ne pouvait être laissé libre de ses mouvements. Pour mieux le contrôler, l’éminence grise du pouvoir Charles Debbasch suggéra à Faure de le nommer aide de camp. De son poste, il influence parfois des nominations, surtout lorsqu’il s’agit des chefs de garnison.

Certains ont vu sa main derrière les nominations des chefs corps au lendemain de l’affaire Kpatcha Gnassingbé vu que la plupart des officiers promus étaient du même canton que lui. Trimbalé dans les nombreuses et interminables pérégrinations du Prince, il n’a jamais eu le temps de jouir de sa fortune, sa santé déjà fragile prit un coup, et son foyer aussi (sic..).

Depuis deux mois, ses relations avec Faure Gnassingbé n’étaient plus au beau fixe. Ce dernier ne cachait plus sa volonté de se séparer de lui en l’envoyant à une formation à l’école d’Etat major de  Compiègne en France. Seul problème, Bakali est colonel alors qu’à Compiègne on y rentre avec le grade de commandant. On en était là lorsque les choses dégénèrent à Kara et il n’y avait pas meilleure occasion que celle-là pour se débarrasser d’un aide de camp. «Si le PR a pu l’humilier de la sorte en le nommant petit préfet de la Kozah, c’est qu’il s’est passé quelque chose de grave entre les deux»,  a déclaré à notre Rédaction un homme du sérail sous le sceau de l’anonymat. La réalité est que Faure Gnassingbé a commencé par prendre ses distances vis-à-vis d’un certain nombre d’officiers de sa garde rapprochée. Avant le colonel Bakali, c’est le commandant Akpéli, fidèle compagnon du Prince depuis des années qui a été débarqué un matin et envoyé à Atakpamé pour être sous ordres.

Selon des sources concordantes, il lui était reproché de racketter les sociétés d’Etat avec le nom de son patron. Est-ce la véritable raison de cette sanction?  Le mystère reste entier, surtout que quelques mois auparavant, selon des indiscrétions, 5 tireurs d’élite de la garde rapprochée du Président, formés en Israël ont été mis aux arrêts et éparpillés par la suite dans les prisons du pays pour, dit-on, avoir volé de l’argent au domicile du Prince. De toute évidence, à force de gouverner par les règlements de comptes, Faure est aujourd’hui un homme seul qui ne sait plus à qui faire confiance dans son entourage.

Faure Gnassingbé a-t-il négocié une protection rapprochée en Ouganda?

Il était en visite de travail en Ouganda du 7 au 10 novembre dernier. Curieuse visite que celle qui a amené le «Leader nouveau» à passer trois jours dans ce pays. Voici d’ailleurs ce que disait le site internet  de la Présidence de la République:

«Au cours de cette visite, les pistes de développement des relations de coopération sud-sud entre Kampala et Lomé ont été explorées et renforcées, spécialement dans les domaines d’intérêts mutuels en  l’occurrence  la gouvernance économique, l’agriculture et le tourisme. Déterminés à positionner le pays sur une échelle respectable, où les populations devront savourer les merveilles d’un mieux-être, les autorités togolaises sont attirées par les meilleurs exemples de développement sur le continent. C’est ce qui explique donc la visite officielle entreprise par le Président de la République en Ouganda. En matière agricole, le Togo et l’Ouganda présentent une similitude impressionnante. Cette visite a permis aux délégations des deux pays   d’échanger sur différentes pratiques de la chaîne agricole, notamment, la valorisation et la commercialisation des produits. L’intérêt des échanges a aussi porté sur l’organisation des producteurs, la transformation des produits agricoles, la recherche des débouchés et l’amélioration des revenus des producteurs. Dans le domaine de la lutte contre la corruption,  les mécanismes mis en œuvre  par l’Ouganda sont multiformes et inhérents au système de passation  des marchés et aux mécanismes de contrôle des finances publiques. Ce qui est similaire aux pratiques actuellement développées au Togo sur la base des directives de l’UEMOA». Il faut avouer que le Togo et l’Ouganda présentent vraiment des similitudes puisque les deux pays viennent d’être classés par Transparancy International comme des plus corrompus au monde.

Avec une note de 2,4 chacun, le Togo et l’Ouganda occupent le 143e rang dans le rapport de l’ONG anti-corruption et font la course en tête des pays les plus corrompus. En Ouganda comme au Togo, la liberté de presse est sous contrôle, les opposants sont souvent réprimés, la corruption  est devenue le mode par excellence de gouvernance et la misère la chose la mieux partagée par les populations. Quelles étaient alors les motivations de ce voyage de 3 jours dans un pays africain? Selon une source autorisée, le déplacement de Faure Gnassingbé à Kampala avait des motivations sécuritaires, comme feu Eyadéma qui n’hésitait pas à faire venir des barbouzes étrangers pour sa garde rapprochée. Selon toujours cette source, «l’entourage civil comme militaire de Faure est aujourd’hui pourri. De plus, le PR  n’a pas minimisé les révélations des détenus faites  lors du procès Kpatcha qui faisaient état de ce que certains officiers voulaient  lui faire la peau. A défaut de les remplacer parce qu’ils sont trop puissants pour le moment, il préfère négocier la sécurité ailleurs».  Reste à savoir si une poignée de barbouzes suffissent à assurer la sécurité à un président contre tout un peuple et une armée truffée d’officiers hypocrites.

Vomi par sa propre famille biologique, conspué par ses frères de région, Faure Gnassingbé qui nourrit l’envie de faire un bail de 10 ans sur le Togo après 2015 est décidément un homme seul face à son destin.  «Si le prince est lui-même vertueux, le peuple remplira ses devoirs sans qu’on le lui commande ; si le prince n’est pas lui-même vertueux, il aura beau donner des ordres, le peuple ne le suivra pas», disait Confucius le plus grand philosophe chinois de tous les temps dans Entretiens. Une réflexion que partage Nelson Mandela dans ses manuscrits autobiographiques, écrits en 1975 à Robben Island et parus dans son œuvre Pensées pour moi-même en ces termes: «Un homme qui s’élève au sommet dans son pays doit être un homme compétent, une forte personnalité, et avoir un comportement d’une rectitude irréprochable dans la vie publique».

En 6 ans de règne  la gouvernance de Faure Gnassingbé a fait le lit de la corruption, du pillage, des détournements, de la torture, des menaces contre les journalistes, des assassinats, des parodies de procès, de l’impunité dans tous les domaines. Il y va de soi que   la morale soit  dans les caniveaux à partir du moment  où la République des maîtresses et autres copines interchangeables a le vent en poupe.  Les dirigeants aussi puissants qu’ils soient ont leur temps, les peuples aussi ont le leur, et le temps du peuple togolais toute ethnie confondue est arrivée. Faure Gnassingbé a-t-il vraiment compris le sens du message qui vient du Togo profond? Rien n’est sûr et c’est là qu’il joue avec le feu.

Ferdi-Nando

  

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