Dimanche, Décembre 16, 2018

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A moins d’un troisième candidat pour trancher, le prochain sommet des chefs d’Etat membres de l’Union africaine, verra s’affronter, à Addis Abeba (Ethiopie), deux camps favorables à l’une ou l’autre candidature au poste de président de la Commission.

Aux défenseurs du Gabonais Jean Ping désireux de se succéder à lui-même, se heurteront en effet tous ceux qui sont du côté de la candidate sud-africaine Nkosazana Dlamini. Il s’agit de l’ancienne ministre des Affaires étrangères et ex-épouse de Jacob Zuma, l’actuel président d’Afrique du Sud.

Le moins qu’on puisse dire est que la candidate sud-africaine, dans ses démarches marketing, ne mâche pas ses mots. Selon elle, l’Afrique du Sud a jusque-là prêché par son bon exemple. Pourtant, face à différents conflits, la diplomatie de son pays n’a pas su se montrer à la hauteur des attentes: Madagascar, Côte d’Ivoire, Libye entre autres. La candidate sud-africaine se veut militante et porteuse de valeurs panafricanistes. Mais elle a aussi ses inconvénients.

Jacob Zuma a habitué le continent à ses frasques, tant du point de vue de sa personnalité que de par sa manière de gérer les dossiers. L’homme n’a pas la langue dans sa poche et il est si inconstant! Or, la candidate actuelle a le tort d’avoir été son épouse. Jusqu’à quel niveau donc exerce-t-il encore une certaine influence sur elle? Une emprise sur elle pourrait rejaillir sur la vie de l’organisation. De quoi faire hésiter certains de ceux qui voudraient donner leur préférence à celle qui défie Jean Ping! Si la candidate sud-africaine semble sûre d’elle au point de tenir des propos qui frisent l’arrogance, c’est bien parce que le bilan de Jean Ping, l’actuel président de la commission est mitigé. Diplomate chevronné et au carnet d’adresses bien fourni, on attendait beaucoup de lui.

Certes, il y a eu des tentatives de changement: on est ainsi passé de l’Organisation de l’Unité africaine (OUA) à l’Union africaine (UA). Désormais, existe à la tête de l’organisation panafricaine, un président de la commission. L’un des précurseurs du changement aura été le défunt colonel Mouammar Kadhafi de la Libye. Le Guide, dans ses prérogatives, aura tout tenté. Principal bailleur de fonds de l’UA, il voulait en être le seul et grand inspirateur. Sauf que la plupart des chefs d’Etat africains n’ont aucune ambition pour ce continent. A peine en ont-ils pour leur propre pays ! Empêtrés dans les grands réseaux mafieux qu’ils pensaient pouvoir contrôler comme le patrimoine national personnalisé, ils ont fini par revoir leur copie. La plupart sont aujourd’hui immensément riches et…indifférents à la misère révoltante des peuples qu’ils gouvernent!

Il est reproché à Jean Ping de se montrer trop accommodant avec les chefs d’Etat. Vrai qu’ils l’ont élu; et c’est encore eux qui vont décider prochainement de son sort. Mais alors, pourquoi lutter pour se hisser à un tel niveau de responsabilité pour ensuite baisser les bras? L’homme s’est illustré par son manque de fermeté. Habile diplomate peut-être, il n’en a pas moins fait montre d’hésitation et même de faiblesse dans certaines prises de décisions. Jean Ping semble parfois vouloir satisfaire un peu tout le monde, au point de mettre en péril l’affirmation de son autorité, et la crédibilité de l’institution qu’il dirige. En plus des crises ivoirienne et libyenne, les événements survenus récemment en RD Congo sont une illustration de sa fuite en avant. Les observateurs mandatés par l’UA, n’ont-ils pas choisi de quitter le pays en catimini alors même que l’on attendait de leur part une version qui situe l’opinion?

Appelé à donner une impulsion nouvelle à l’UA, le président de la Commission aura donc été l’ombre de lui-même pendant ce premier mandat. Mais, faut-il pour autant tourner la page Ping? Jean Ping aura tout de même eu le mérite de mettre en place la formule des panels de chefs d’Etat pour assurer la médiation entre belligérants du continent. La méthode n’a pas toujours convaincu. Pas heureux non plus le modèle kényan consistant à faire partager la gestion du pouvoir d’Etat par le président mal élu et son principal opposant. Bien souvent, les deux stratégies se sont heurtées à un mur d’hostilité tant la mauvaise volonté était manifeste.

Les difficultés rencontrées par Jean Ping dans la résolution des crises, surtout au lendemain des élections, sont en rapport avec les méthodes de travail, le modèle de gouvernance dans les pays concernés, et surtout la mentalité qui prévaut chez nos acteurs politiques et économiques. Tout comme ses prédécesseurs, franchement, il n’a pas beaucoup été aidé dans sa tâche. Vu ses intérêts, dans le contexte actuel, l’Afrique, aujourd’hui à la croisée des chemins, a besoin d’un dirigeant à forte personnalité à la tête de la Commission.

La défense des intérêts des peuples d’Afrique exige du président de la commission de l’UA qu’il cesse de jouer les fonctionnaires ! C’est le prix à payer pour qui veut effectivement pousser le continent dans la bonne direction! Il y a trop de défis à relever! Le président de la Commission de l’UA doit savoir se battre pour s’imposer face à l’irresponsabilité et aux dérives autoritaires des chefs d’Etat. Cela, d’autant que ceux-ci sont ouvertement contestés de nos jours par les peuples excédés par les abus et las d’attendre un développement qui tarde à venir. Après moult déceptions, l’Afrique des démocraties nouvelles, pourrait bien tenter l’aventure d’une candidature féminine. Mais il ne faut pas se bercer d’illusions: la misogynie et la phallocratie ont une forte emprise sur les gouvernants africains. A preuve, des femmes ministres ou à la tête des institutions, on en compte si peu sur ce continent! L’inconnu inquiète et inspire peu de gens. Ce serait donc une vraie surprise sinon un miracle, si la candidate sud-africaine parvenait à se faire élire durant ce sommet. Mais, après tant de déconfitures, pourquoi ne pas donner sa chance à une femme? Elle ne ferait certainement pas pire que les hommes.

"Le Pays"

 

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