Dimanche, Août 19, 2018

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La validation prévisible de la candidature du président sénégalais, Abdoulaye Wade, candidat à sa propre succession à la prochaine présidentielle, n’a pas manqué de plonger le pays à nouveau dans une vague de violences.

Comme il fallait s’y attendre, les militants de l’opposition et des mouvements membres de la société civile sont descendus dans la rue pour exprimer leur désapprobation, voire leur révolte. La violente manifestation des opposants à la candidature de Wade était donc inévitable surtout que le Conseil constitutionnel n’a daigné apporter aucune motivation à ses décisions d’acceptation et de rejet des candidatures. Le bilan des affrontements qui en ont résulté fait déjà état de la mort d’un policier et d’interpellations de personnalités dont l’opposant Alioune Tine.

Les protestations ont été d’autant plus vigoureuses qu’en plus d’avoir accordé son blanc-seing à une troisième candidature du chef de l’Etat, la juridiction suprême a invalidé celle du celèbre musicien Youssou N’Dour. De quoi apporter de l’eau au moulin du Parti démocratique sénégalais (PDS) qui se voit ainsi délesté d’un fardeau non négligeable, le chanteur de renom pouvant se présenter comme un troisième larron et donc une menace à la réélection de son candidat. Certes, un motif a été invoqué, en l’occurrence la non-identification et la non-validation de 8 900 signatures sur les 12 900 ayant appuyé la candidature de l’ambassadeur onusien de bonne volonté.

Toutefois, aucun détail n’a été fourni sur la raison exacte de la probable irrégularité des signatures remises en cause. Et pour mettre toutes les chances de leurs côtés, les défenseurs de la candidature de Gorgui n’ont pas hésité à faire feu de tout bois. C’est ainsi qu’ils ont introduit des recours contre les candidatures validées de Macky Sall, Idrissa Seck et Cheikh Tidiane Gadio, des ténors de l’opposition. Ils reprochent à ces derniers de ne pas être en règle vis-à-vis de l’administration fiscale. Et ce, bien que ceux-ci aient signé une déclaration sur l’honneur. Malgré ses 85 ans et les nombreux obstacles auxquels il fait face, le président sénégalais semble décidé à ne pas lâcher prise.

Il n’hésite même pas, comme son malchanceux ex-homologue nigérien Mamadou Tandja, à se prévaloir du ridicule prétexte des chantiers inachevés pour tenter de justifier et légitimer son acharnement à vouloir se faire réélire. L’ancien dinosaure du Niger en a eu pour son entêtement, les prétoriens ayant exaucé le cher vœu de la très déterminée et très engagée coalition de l’opposition et de la société civile de le voir déchu. Le dictateur en phase de perfection de la Téranga risque-t-il, s’il refusait d’entendre raison, de subir le même sort que ce dernier ? Rien n’est impossible, mais rien non plus n’est évident étant donné les différences de contextes. Car, même s’il existe au Sénégal un regroupement non moins percutant d’opposants et de militants de la société civile, il n’en demeure pas moins que les institutions habilitées trancher sur la légalité des actes de candidature sont encore maîtrisées par le camp du pouvoir.

Il n’empêche que tout peut basculer d’un moment à l’autre, le comportement des hommes qui animent les structures républicaines pouvant changer de couleur selon les situations et les rapports de force, à l’image du caméléon et son milieu environnant. Mais tout en expectant une éventuelle volte-face des institutions comme le Conseil constitutionnel et l’armée, les contempteurs du chef de l’Etat gagneraient en chance et en temps en envisageant, en plus des recours qu’ils ont déjà engagés, une autre stratégie plus opérante. Après avoir raté l’occasion de présenter une candidature unique contre le président sortant, les candidats en lice de l’opposition devraient éviter de leur laisser échapper la moindre opportunité de mutualiser leurs forces.

Si tant est que le véritable problème de la démocratie sénégalaise soit le premier des Sénégalais lui-même, son échec au scrutin, au cas où la validité de sa candidature serait confirmée par le Conseil, doit être leur priorité. S’il y a bien une chose qui devient de plus en plus sans équivoque, c’est bien l’incapacité de Me Wade à faire un sursaut patriotique grandissant que n’ont pas hésité à faire, Léopold Sédar Senghor et Abdou Diouf. Ce dernier avait en effet la latitude de tripatouiller les résultats de l’élection de 2000 qui a propulsé l’actuel président au pouvoir. Mais en bon élève de l’académicien Senghor qui n’avait pas hésité à démissionner pour le bien de son pays, il s’est comporté en bon perdant en reconnaissant la victoire de l’opposition.

Vu la fougue avec laquelle Wade défend sa candidature et prépare sa réélection en achetant la conscience de personnalités coutumières, religieuses et judiciaires, il ne serait point étonnant qu’il tombe encore plus bas. Qui ose garantir qu’il n’a déjà pas mis en place une stratégie de fraude pour éviter d’avoir à affronter une probable victoire de l’opposition ou un éventuel effroyable ballotage?

"Le Pays"

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