Dimanche, Mai 27, 2018

AddThis Social Bookmark Button

La junte au pouvoir au Mali, qui avait suspendu la Constitution après son coup d'Etat du 22 mars, a annoncé mardi soir avoir adopté un nouvel "acte fondamental", par lequel elle s'engage à ce que ses membres ne se présentent pas aux prochaines présidentielle et législatives.

Le Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l'Etat (CNRDRE, junte) "a adopté l'acte fondamental" composé de quelque soixante-dix articles qui, durant la période de transition, "sera exécuté comme Constitution de l'Etat", indique le texte lu par un militaire sur la télevision publique. Le préambule stipule que le peuple malien "affirme solennellement sa détermination de perpétuer un Etat de droit et de démocratie pluraliste dans lequel les droits fondamentaux de l'homme (...) sont garantis". "L'Etat du Mali est une république indépendante et souveraine démocratique, laïque et sociale". "La République du Mali est une et indivisible", ajoute ce texte.

La junte a renversé, le 22 mars, le président Amadou Toumani Touré à quelques semaines de la présidentielle du 29 avril, s'attirant une réprobation internationale unanime et la condamnation de la quasi-totalité de la classe politique malienne. "Toute personne ayant été membre" du CNRDRE "et du gouvernement ne peut être candidate aux élections" législatives et présidentielle que le nouveau pouvoir prévoit d'organiser, indique cette Constitution, qui ne précise pas la date de ces scrutins. Pendant la transition, d'une durée indéterminée, la junte et son chef, le capitaine Amadou Sanogo, auront la haute main sur les affaires de l'Etat, même si la formation d'un gouvernement est prévue.

Le CNRDRE est "l'organe suprême de la transition", composé de "vingt-six membres issus des Forces armées et de sécurité" et de "quinze membres issus des forces vives de la nation", précise le document, sans plus de détail. Le chef de la junte "assume les fonctions de chef de l'Etat" et nomme le gouvernement. Le front formé contre la junte, regroupant de nombreux partis et associations, a annoncé mardi vouloir "engager sans délai le dialogue" avec les putschistes pour "faire échec au coup d'Etat" et obtenir le retour des militaires dans les casernes.

L'annonce de cette Constitution montre que le nouveau pouvoir n'entend pas céder la place malgré les appels en ce sens lancés à l'intérieur et à l'extérieur. Un sommet extraordinaire des chefs d'Etat ouest-africains a décidé mardi de l'envoi, dans les quarante-huit heures, d'une délégation de plusieurs présidents pour "permettre un retour rapide à l'ordre constitutionnel" au Mali.

Par ailleurs, deux candidats à la présidentielle qui était prévue le 29 avril, dont l'ex-premier ministre Modibo Sidibé, ont été libérés mardi soir par la junte, qui les avait arrêtés après son coup d'Etat du 22 mars. L'homme d'affaires Jamil Bittar a également été "libéré", a indiqué un membre de sa famille. Une source proche de la junte a confirmé ces deux libérations.

Les deux hommes faisaient partie des 14 personnalités, dont plusieurs ministres du régime déchu du président Amadou Toumani Touré, détenues depuis le coup d'Etat au camp de Kati, près de Bamako.

Ce camp sert de quartier général aux putschistes conduits par le capitaine Amadou Sanogo. Leur entourage avait indiqué dimanche que les 14 détenus avaient entamé une grève de la faim pour protester contre leur détention "arbitraire". Mais des responsables religieux qui leur ont rendu visite mardi ont déclaré sur la télévision publique, contrôlée par les mutins, qu'ils se portaient bien.

lemonde.fr

Copyright ©2005 www.etiame.com tous droits réservés.
Toute reproduction partielle ou intégrale doit faire l'objet d'une demande préalable.