Mercredi, Décembre 19, 2018

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Le grand défi auquel se trouve confronté le clan Gnassingbé au pouvoir depuis bientôt un demi-siècle est de faire des Forces armées togolaises, une institution républicaine.

Malgré les nombreuses recommandations faites par des missions d’observation électorale, surtout de l’Union européenne et des rapports d’enquêtes d’autres organisations nationales et internationales sur la question, cette armée reste toujours inféodée au pouvoir qui l’utilise surtout lors des périodes électorales, pour couvrir ses forfaitures. Rien ne semble être fait pour rectifier le tir. A plusieurs reprises d’ailleurs, des officiers de l’armée sont montés au créneau pour réaffirmer leur fidélité au régime, tout en proclamant au même moment, avec hypocrisie, une neutralité et une impartialité que même recherchées à la loupe, on ne trouverait pas.

Heureusement, l’un des maillons du clan Gnassingbé, celui dont on dit être le principal cerveau du coup d’Etat de février 2005 qui a engendré la mort d’un demi-millier de nos compatriotes et qui se retrouve en disgrâce aujourd’hui avec son frère Président, a reconnu cette vérité devant la CVJR il y a quelques jours seulement. «Je reconnais effectivement qu’après la mort du Père de la nation, j’ai demandé aux officiers à l’époque de faire allégeance à mon frère le Président. Ça, je le reconnais et je le redis parce que je connais à peu près cette armée. Je sais qu’il y avait de petits groupes, de petits groupes ethniques. Pour moi, il fallait éviter le pire. Si j’ai mal fait, je présente mes excuses. Mais je crois qu’il fallait vite aller pour éviter le chaos. C’est cette raison qui m’a poussé à demander aux officiers supérieurs de faire allégeance à mon frère le Président Faure», a déclaré Kpatcha Gnassingbé. Cette confession est plus qu’un aveu. Le demi-frère de Faure Gnassingbé reconnaît implicitement que l’armée togolaise n’est pas républicaine. En témoignent les nombreuses exactions commises sur les populations dans le but de maintenir le clan Gnassingbé au pouvoir. Kpatcha Gnassingbé, en demandant aux officiers de faire allégeance à son frère, a plutôt provoqué le pire. Les Togolais connaissent les «petits groupes ethniques» dont il parle dans l’armée. Ils savent aussi à qui ils obéissent au moindre claquement de doigt. Ce n’est un secret pour personne.

On a toujours reproché à ceux qui dénoncent ce caractère clanique et ethnique de l’armée togolaise de vouloir l’opposer au pouvoir. Mais aujourd’hui, c’est un élément venu de ce clan qui confirme ce que tous les Togolais savent déjà. Certes, Kpatcha Gnassingbé a déçu les Togolais, surtout ceux qui ont été victimes des violences de 2005, en préférant se taire sur de nombreux événements. Et les membres de la CVJR l’y ont beaucoup aidé. Cependant, cette partie de sa déclaration a montré clairement ce que son frère Président et nombre de ses collaborateurs ont toujours nié devant les partenaires du Togo et toute la communauté internationale. L’armée togolaise est une armée à relents ethniques et claniques. Elle n’est pas encore républicaine.

Il ne suffit pas d’organiser une journée portes ouvertes sur les forces armées pour parler de sa neutralité ou de son impartialité. Une vraie armée républicaine ne se mêle pas des problèmes politiques en prenant des positions. Son seul rôle reste la défense de l’intégrité territoriale et la protection des citoyens. Une armée républicaine ne tire pas sur sa propre population au nom du service qu’on veut rendre pour un clan au pouvoir.

K. I.

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