Dimanche, Août 19, 2018

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La transformation du parti au pouvoir, hier unique, aujourd’hui encore hégémonique, illustre-t-elle une vraie rupture ou une manœuvre en trompe l’œil?

En Afrique, les regroupements de partis politiques sont le plus souvent l’œuvre d’opposants. Les partis au pouvoir s’estiment suffisamment forts pour chercher à s’allier à qui que ce soit. Mais il arrive souvent que des partis au pouvoir ratissent large, se sabordent même pour donner naissance à de nouvelles formations politiques.

Un héritage à se réapproprier

C’est le cas du Rassemblement du peuple togolais (RPT) qui tente la même expérience et la même aventure. Ce parti, créé en 1969 et qui gère depuis lors le pouvoir dans l’ex-Suisse d’Afrique, a rendu son dernier souffle le 14 avril dernier lors de son 5e congrès extraordinaire. Il s’est sabordé pour laisser place à une nouvelle formation politique à base élargie: l’Union pour la République (UNIR).

Ses rênes ont été provisoirement confiées au chef de l’Etat et président du parti défunt, Faure Gnassingbé. Après donc 43 ans, le RPT est envoyé au musée. Entre rénover le parti créé par son père et le dissoudre au risque de commettre un parricide politique, le chef de l’Etat a préféré la seconde option à moins que ce ne soit sa façon de retoquer le «quadragénaire».

Toujours est-il que c’est un acte fort de la part de… Faure Gnassingbé dans sa volonté de rupture avec le passé, son père. «Il faut tuer le père pour mieux vivre», semble être le conseil qu’il a décidé de suivre, qui n’en a cure des nostalgiques. Du même coup, il se débarrasse d’un élément de l’héritage de son père.

En succédant à son père en 2005 dans des conditions tumultueuses, le chef de l’Etat n’a pas fait qu’hériter du pouvoir d’Etat. Il a aussi hérité de l’ex-parti unique, de son appareil et de ses méthodes. Un héritage lourd à porter, vu que le RPT ne s’est pas forcément bien illustré par le passé.

Rompre avec les vieilles méthodes

Comme tout parti au pouvoir bousculé dans son hégémonie et sa toute-puissance par l’opposition à la faveur de l’ouverture à la démocratie, le RPT a usé de tous les moyens pour ne pas perdre le pouvoir d’Etat. Si fait que son nom est associé aux fraudes électorales, aux tripatouillages constitutionnels, à la violence, etc.

Aujourd’hui, l’héritier Faure Gnassingbé veut rompre avec ce sombre passé pour entamer un nouveau départ. C’est, en tout cas, la conclusion qui peut être tirée de la création du nouveau parti. Maintenant, que faut-il en attendre en termes de plus-value pour la démocratie?

A priori, la démocratie gagne en qualité avec la fusion de partis qui, au Togo comme partout en Afrique, se ressemblent plus qu’ils ne se différencient fondamentalement. Il y a aussi la rupture annoncée avec un passé peu glorieux. Comme Saint Thomas, on attend de voir avant de croire.

Mais d’ores et déjà, on peut penser à une civilisation des mœurs politiques marquées jusque-là par la haine, la rancune, la violence malgré la réconciliation et le rapprochement entre Faure Gnassingbé et l’opposant historique Gilchrist Olympio. Les élections législatives et municipales de cette année pourraient servir de test. On saura si la dissolution du parti au pouvoir n’a pas été un changement en trompe-l’œil. En somme, un changement de sigle pour que les habitudes et les méthodes restent en l’état.

Séni Dabo, slateafrique.com

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