Dimanche, Mai 27, 2018

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Officiellement, les dirigeants africains ont passé sous silence la condamnation de leur ex-homologue, Charles Taylor, reconnu comme le bourreau de nombreux Sierra-leonais, tués durant la longue et atroce guerre civile. Aucun d’eux n’a pipé mot, à l’exception de Boni Yayi du Benin qui a lâché cette formule laconique très connue en Afrique: «la justice a fait son travail, je n’ai rien à redire…». Ce silence est, on ne peut plus lourd de sens.

Car, on peut bien se demander ce qu’ils auraient à redire sur le verdict de ce procès sans se faire écharper, quand on sait qu’à travers Taylor, beaucoup se reconnaissent. On n’a d’ailleurs pas besoin de les entendre pour savoir leur position sur la condamnation de Taylor par la justice internationale.

Leur attitude envers la CPI a été clairement affichée quand celle-ci avait lancé un mandat d’arrêt contre cet autre bourreau africain, Omar El Béchir. On les entendait alors, à travers leur instance corporative appelée Union africaine, proférer des imprécations contre une CPI qui se présente pourtant comme une alternative aux institutions judiciaires africaines acquises aux ordres des princes. Une posture qui permet au Néron du Soudan de parader devant ses victimes qui vivent visiblement le long supplice de Tantale. Certainement, et même si officiellement on observe une omerta totale sur cette condamnation de Taylor de la part des dirigeants africains, il n’en demeure pas moins que des commentaires vont bon train dans les palais présidentiels du continent noir.

Espérons seulement que cette condamnation ne leur offre pas à nouveau l’occasion de se lancer dans de longues diatribes truffées de flèches caustiques contre la CPI qu’ils qualifient, à dessein, de justice sélective, érigée en un instrument des Blancs contre les Noirs. Ce procès aura-t-il un effet dissuasif sur ces dirigeants africains qui peinent encore à tourner définitivement le dos à Machiavel ? Ces derniers ont en tout cas intérêt à se raviser et à faire leur introspection à temps, au risque de subir, tôt ou tard, les foudres d’une Cour pénale internationale déterminée à faire rendre gorge à tous ceux qui s’érigent en bourreaux contre leur peuple. Et ce sont les nombreux Africains, orphelins de leurs instances judiciaires nationales, qui ont désormais de quoi se féliciter.

Boulkindi COULDIATI (Le Pays)

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