Jeudi, Décembre 13, 2018

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Le président zimbabwéen, Robert Mugabe, est à Singapour pour des soins. Ce n’est pas la première fois que le vieil homme de 88 ans et au pouvoir depuis 1980, se rend dans un autre pays pour les mêmes motifs.

Le fait est donc, a priori, non événementiel. Tout le mal qu’on souhaite d’ailleurs au «vieux Bob» chroniquement malade, c’est qu’il retrouve, vite, toute sa pleine forme. Le cas Mugabé est officiellement le plus récent et le plus emblématique des chefs d’Etat africains qui mènent au quotidien une lutte contre la mort mais qui s’accrochent, mordicus, au pouvoir. Au fait, Dieu seul sait combien sont-ils ces présidents africains qui débarquent, en catimini, dans des hôpitaux étrangers pour se faire soigner.

Au demeurant, l’hôpital de Val-de-Grâce de France est reconnu comme un bréviaire sanitaire pour les têtes couronnées de l’Afrique, surtout au Sud du Sahara. L’on ne voudrait pas, ici, s’appesantir sur un problème très souvent invoqué: le manque d’hôpitaux dignes de ce nom en Afrique au Sud du Sahara à même de prendre en charge certaines pathologies. Toute chose qui traduit une faillite cinglante des politiques sanitaires. Le cas Mugabe fait penser à un autre problème, celui des présidents africains qui se savent moribonds mais qui, comme à une bouée de sauvetage, s’agrippent au pouvoir. En effet, à quelques exceptions près, tous sont du troisième âge avec son cortège de maladies.

Mais la «nabalisation1» du pouvoir d’Etat aidant, ces présidents font feu de tous bois pour paraitre requinqués aux yeux du monde même s’ils présentent des signes tangibles de personnes rongées. Ils font de leur état de santé une véritable omerta jusqu’au jour où la faucheuse leur rappelle leur condition de mortels. Ceux du lot qui résistent aux maladies sont des improductifs qui font diriger leur pays par procuration. Démission ? Connais pas ! Et c’est là que le bât blesse. Car sous les tropiques africains, les présidents qui meurent au pouvoir ont toujours laissé derrière eux des pays en proie à des instabilités chroniques. En la matière, des exemples abondent.

On a la fâcheuse impression que ce n’est pas tant la vie de la nation qui préoccupe ces présidents moribonds que leurs intérêts personnels. Or, rien ne semble justifier ce désir de s’accrocher au pouvoir au crépuscule de sa vie ; pas même les bonnes actions posées, souvent depuis la nuit des temps, et dont on se sert comme alibi pour mieux se cramponner au fauteuil présidentiel. Nelson Mandela n’aurait pas quitté les affaires s’il s’était cru indispensable après sa lutte héroïque contre l’apartheid dans son pays. Très récemment, un ministre de la Grèce, se sentant maladif, a vite rendu son portefeuille à quelqu’un d’autre. Etre héros pour toujours, c’est savoir cultiver le mythe autour de soi. C’est surtout savoir qu’il y a un temps pour bâtir et un temps pour partir.

Boulkindi COULDIATI

Le Pays

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