Dimanche, Mai 27, 2018

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Par son comportement «impérial», sa diplomatie «agressive» et sa volonté de puissance supposée, la nation arc-en-ciel agace plus d’un pays africain. Simple expression de la jalousie? Craintes justifiées? L’accession récente d’une Sud-africaine à la tête de l’exécutif continental ne devrait pas arranger les choses.

L’élection mouvementée de Nkosazana Dlamini-Zuma à la tête de la Commission de l’Union Africaine (UA) le 15 juillet en atteste: l’Afrique du Sud fait peur. Les uns lui reprochent son «arrogance» quand ils ne l’assimilent pas à un «ogre» dont l’appétit n’a d’égal que la volonté de s’imposer comme l’unique superpuissance sur un continent à la recherche de ses marques. D’autres l’accusent de se comporter parfois comme les anciennes puissances coloniales européennes, oubliant son passé récent et l’aide déterminante fournie par les autres pays africains dans le combat contre l’apartheid.

Pour éviter d’avoir à se retrouver sous les fourches caudines d’un Pretoria conquérant, nombre d’Etats subsahariens essaient depuis quelques années de faire front commun afin de limiter, à défaut de contenir, ce qu’ils considèrent, ni plus ni moins, comme des velléités hégémoniques. Peine perdue.

L’Afrique du Sud n’occupe certes que 4% de la surface du continent, mais elle en est l’unique puissance industrielle et financière. Les chiffres se passent de commentaires. Elle représente, à elle seule, un tiers du Produit intérieur brut (PIB) de toute l’Afrique subsaharienne. Elle a plus de combinés téléphoniques, plus de véhicules et plus de distributeurs de billets de banque que l’ensemble du reste de l’Afrique. Elle possède les infrastructures les plus solides, les universités les plus réputées, la flore et la faune les plus complètes, la compagnie aérienne la mieux équipée et la plus moderne, la société civile la plus dynamique, la presse la plus professionnelle, les institutions les plus démocratiques. Autant d’arguments qui plaident en faveur d’un pays appelé à devenir la locomotive du continent.

Nkosazana Dlamini-Zuma peut donc légitimement s’enorgueillir du poids de son pays sur la scène africaine et internationale. Outre le fait d’être l’un des plus gros bailleurs de fonds de l’UA, l’Afrique du Sud est membre du G20, du Groupe des Etats émergents, connu sous l’acronyme BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). Elle est aussi candidate, avec le Nigeria, l’Egypte et quelques autres, à un poste de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, en cas de réforme de l’institution universelle. Avec la présidence de la Commission de l’UA, elle réalise le grand chelem, ce qui ne manque pas de susciter sarcasmes et jalousies.

 L’UA, qui a pris le relais de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) en 2002, regroupe l’ensemble des pays du continent, à l’exception notable du Maroc qui a suspendu sa participation après l’admission de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) en 1984. L’Organisation «gère» plus d’un milliard d’habitants pour une superficie globale de 30,3 millions de km2. Elle «pèse» aujourd’hui 35% des voix aux Nations unies, ce qui est appréciable. Pour diriger cet ensemble vaste et hétéroclite qui va d’Alger au Cap, de Dakar à Djibouti, les Etats ont créé une Commission de dix membres (cinq femmes et cinq hommes) élus pour un mandat de quatre ans, renouvelable une fois, qu’on peut qualifier, en forçant un peu le trait, de «gouvernement» panafricain. Lequel est donc désormais dirigé par l’ex-épouse du président Jacob Zuma, première femme, première anglophone aussi, à avoir accédé à ce poste prestigieux. Cette dernière met un terme au long règne des francophones Amara Essy (Côte d’Ivoire), Alpha Oumar Konaré (Mali) et Jean Ping (Gabon).

Epaulée par son pays, Nkosazana Dlamini-Zuma vient donc de se hisser aux plus hautes charges de l’Afrique. Outre le poids politique et diplomatique qu’il confère à son titulaire, le poste de Président de la Commission va avec quelques avantages : des émoluments appréciables, revus à la hausse depuis l’avènement de Jean Ping, en 2008. Il va aussi avec des avantages en nature : une luxueuse résidence de fonction en marbre vert et doré, l’Africa House, située dans le quartier huppé d’Old Airport, à Addis Abeba, cinq personnes (dont un gardien) à son service payées par l’organisation, une «voiture de représentation» avec un chauffeur, un «véhicule officiel», avec un autre chauffeur. Le Président de la Commission bénéficie par ailleurs de la gratuité de l’eau, de l’électricité et du téléphone aussi bien au bureau qu’à la maison. Il voyage en première classe, perçoit, comme tous les autres fonctionnaires de l’Union africaine, des allocations familiales ainsi que des indemnités pour frais d’études pour au moins quatre de ses enfants à charge, pour peu que ceux-ci aient moins de 25 ans.

Si l’on écarte les crises récurrentes sur le continent, les quatre prochaines années devraient donc être, sur un plan personnel, douces, très douces, pour Nkosazana Dlamini-Zuma.

Par Francis Kpatindé

 

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