Mardi, Décembre 18, 2018

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L’émotion est vive et grande. C’est toute l’Afrique qui est frappée par la mort du Président ghanéen John Evans Atta-Mills qui a rendu l’âme dans l’après-midi du mardi 24 juillet dernier. En bon exemple de démocratie en Afrique et ayant des institutions fortes et non des hommes forts, le Ghana a tout simplement appliqué la Constitution.

Le Vice-président John Dramani Mahama a pris le pouvoir, pour assurer l’intérim conformément aux dispositions prévues. Cette succession s’est faite dans un calme remarquable qui montre une fois encore la maturité du peuple ghanéen. A quelques mois de l’élection présidentielle dans ce pays, le Président par intérim a rassuré ses concitoyens d’une bonne préparation du scrutin et s’est engagé à œuvrer dans la continuité pour l’enracinement de la démocratie et la préservation de cette notoriété.

Parmi les personnalités qui ont compati à la douleur du peuple ghanéen et l’ont félicité pour ce bon exemple de démocratie, se trouve Faure Gnassingbé, celui-là même qui a profité de la dévolution dynastique du pouvoir au Togo en 2005, après la mort de son père. Bien que le Togo soit très proche du Ghana sur le plan géographique, il apparaît que les deux pays n’ont aucun trait commun, surtout en matière de gouvernance. Lorsque cette même situation s’était présentée au Togo en 2005, le pouvoir avait préféré contourner la loi pour instaurer la force, détruisant ainsi toutes les chances pour l’émergence de la démocratie. Inutile de revenir ici sur les événements malheureux qui ont suivi ce coup de force et coûté la vie à un millier de Togolais.

Et pourtant, arrivé au pouvoir dans les conditions qu’on sait, Faure Gnassingbé a voulu rassurer le peuple togolais par sa formule magique «lui, c’est lui; moi c’est moi». Il faut dire qu’on l’a presque cru. Mais quelques années plus tard, les Togolais se sont rendu compte qu’il est la réincarnation du père, mieux, qu’il est pire que lui. Selon les analystes politiques, la première des choses que Faure Gnassingbé aurait dû faire, s’il était vraiment sincère dans sa formule magique, c’est de rétablir la Constitution de 1992 que son père avait pris le plaisir de toiletter à sa guise. Et c’est cette hybridation constitutionnelle qui crée tous les problèmes qu’on connaît aujourd’hui dans notre pays. Il est clair que la gestion faite par Faure Gnassingbé du Togo est pire que celle qu’on avait connue sous son père. Il n’y a donc pas de rupture entre l’ancien et le nouveau régime.

Chaque jour, la démocratie prend des coups. Même les quelques acquis obtenus sous Gnassingbé Eyadèma sont malheureusement foulés au pied. La gouvernance au Togo se résume à des pillages des richesses du pays, des répressions systématiques de tout mouvement de contestation du pouvoir et sa conservation à tout prix.

Dans une démocratie, lorsque le chef de l’Etat reconnaît que la richesse du pays se retrouve seulement entre les mains d’une minorité, il fait tout pour corriger l’anomalie. Mais dans le cas d’espèce, Faure Gnassingbé préfère laisser perdurer cette injustice criarde. Certains pourraient lui donner raison, puisqu’il a été toujours contesté par cette majorité qui ne se reconnaît pas en son pouvoir. Il pourra constater l’injustice, mais refuser de réagir, parce que n’ayant pas de compte à rendre au peuple lors des prochaines échéances électorales. La machine à fraude électorale du système est donc là pour faire le reste du travail. La majorité des Togolais peut végéter dans une misère indescriptible, Faure Gnassingbé n’en a que faire.

La répression, voilà l’arme dont dispose le régime de l’ «esprit nouveau» pour se maintenir au pouvoir. Et ce n’est pas étonnant que ses sbires puissent déclarer publiquement que « la répression est un facteur de la démocratie ». Pour le Prince, le pouvoir est un droit divin, et donc, il ne faut en aucun cas le perdre. Tous les moyens, aussi vils soient-ils, sont bons pour le conserver. Et pourtant, les discours lénifiants décrivant le Togo comme un Etat de droit ne cessent de retentir dans les oreilles des populations chaque jour que Dieu fait. En témoignent les propos contenus dans la lettre de condoléance envoyée par Faure Gnassingbé au peuple ghanéen mardi dernier.

Démocratiquement, le Togo est loin du Ghana, bien qu’ils soient des pays limitrophes. Si Faure Gnassingbé et son régime pouvaient suivre l’exemple ghanéen et intégrer la notion de l’alternance et de la démocratie dans leur mentalité, le Togo commencerait par être cité parmi les nations les plus respectées au monde, comme le Ghana.

K. I.

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