Mercredi, Décembre 19, 2018

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Les conditions de la nomination d'Ahoomey-ZUnu à la place de Houngbo montrent clairement à quoi l'opposition démocratique doit s'en tenir. Le problème politique togolais n'est pas celui d'hommes à changer, mais d'un système à abolir. Ce n'est pas par le spontané que le pays atteindra l'objectif. C'est par l'organisé qu'il y parviendra. Mais l'organisé se construit avec patience et méthode. Et dans la clarté, non dans la confusion.

La situation politique évolue vite depuis le départ de M. Houngbo. Les conditions du limogeage du Premier ministre ont donné lieu à de sourdes rumeurs au sein de l'opinion. Du coup,  le régime s'est senti obligé de passer des communiqués pour proclamer que sa "démission" inattendue n'est pas le fait d'une divergence de vue au sein de l'exécutif.

Selon le communiqué, Faure Gnassingbé se serait séparé de son cher Premier ministre, juste pour "insuffler" une "nouvelle dynamique… au dialogue politique". Une dynamique qui serait de nature à "associer à la gestion des affaires publiques l'ensemble des forces vives et des courants représentant la classe politique togolaise". Faure Gnassingbé voudrait ainsi, toujours selon le communiqué, "permettre à ceux qui le souhaitent d'apporter leur contribution à la construction nationale… dans un climat consensuel et apaisé".

Des propos bien entendus peu convaincants. L'absence de transparence dans la gestion de la chose publique est le propre de tout régime qui s'accroche au pouvoir à tout prix. Pour ces raisons, la CDPA-BT demande à ses membres et à ses sympathisants de rester vigilants pour ne pas se faire rouler dans la farine, et courir ainsi le risque de perdre de vue l'essentiel. Le vrai problème politique au Togo est la nécessité pour l'opposition démocratique de mieux s'organiser afin de mettre la population en mesure d'imposer une franche alternance politique.

Dans la logique de ces démentis manipulateurs, Faure Gnassingbé avait commencé les consultations dès le 14 juillet 2012 pour se trouver son nouveau Premier ministre. Il a adressé à cet effet une lettre d'invitation à l'ANC, au CAR, à la CDPA et à la CPP. L'ANC a rejeté l'invitation, en exigeant de Faure Gnassingbé l'acceptation préalable des conditions qu'elle avait posées depuis 2010 ; cela signifie que ce parti est toujours disposé à s'engager dans un nouveau cycle de dialogue stérile, pourvu que le pouvoir lui donne "un signal fort" comme on dit. Le CAR et la CDPA se sont rendus à Lomé II, sur l'invitation; mais c'est pour aller décliner chacun sa participation au nouveau Gouvernement : le premier posant comme condition à cette participation éventuelle l'ouverture préalable d'un dialogue; le second, la prise par Faure Gnassingbé de mesures pour un apaisement préalable du climat politique et social afin, dit ce parti, de rendre possible "un vrai dialogue".

La CPP, quant à elle, a accepté d'emblée et sans condition sa participation au nouveau gouvernement. Cette position n'est guère surprenante. La CPP avait commencé à virer au jaune avant 2004 ; l'UTD et ses partis alliés ayant annoncé la couleur dès avant 1994; la CPP se mettra ensuite à soutenir ouvertement le régime Eyadema à partir d'avril 2004; elle sera dans la délégation du régime pour la signature des 22 engagements à Bruxelles  le 14 avril 2004; elle rentrera dans le Gouvernement de Faure Gnassingbé au lendemain de la sanglante répression de 2005; et depuis, elle s'est incrustée dans les allées du pouvoir, tout en prétendant toujours faire partie de l'opposition au régime!

Tout porte à croire d'ailleurs que Faure Gnassingbe n'a pas cherché plus loin. Il a vite fait de nommer son nouveau Premier ministre dans la CPP. Autrement dit un homme du milieu. Ce choix montre bien que les prétendues consultations ne sont qu'une mauvaise farce destinée à faire croire que la démocratie fonctionne au Togo.

Un courant de la presse locale n'est pas tendre pour Séléagbodzi Ahoomey-Zunu, le nouveau Premier ministre. Il estime que ce monsieur avait tourné le dos à ses amis de la CPP depuis belle lurette, pour rouler plus librement pour lui-même dans la mouvance du régime. C'est probable : peut-on acquérir d'autres réflexes dans des partis où l'on a été pendant longtemps le fan de quelqu'un, ces partis étant d'abord l'UTD, ensuite la CPP?

Il faut avoir activement participé à la lutte pour la démocratie dès les premières heures pour comprendre cette interrogation. Comme ailleurs en Afrique, le chemin parcouru par la lutte du peuple pour la démocratie au Togo est pavé d'opportunistes sans scrupule, qui ont vite fait de transformer le combat populaire en un fonds de commerce personnel pour en tirer le plus grand profit possible pour eux. Ahoomey-Zunu ne sera ni le premier, ni le dernier.

En tout état de cause, dans ce jeu de dupes où beaucoup cherchent à se faire une place, peu importe que le Premier ministre soit Houngbo, ou Ahoomey-Zunu, ou n'importe qui d'autre. La composition du nouveau gouvernement le montre bien. On y reviendra.

Dans tous les cas, le pays baigne de plus en plus dans une confusion politique organisée et entretenue de diverses manières pour détourner l'attention de la grande masse de la population de l'objectif essentielle de la lutte en cours pour la démocratie. Ou pour la pousser au découragement et au dépit. C'est dangereux pour le progrès du pays à tous les points de vue.

En conséquence, la CDPA-BT invite ses membres et ses sympathisants à plus de vigilance et à plus de discernement, pour ne pas se laisser envahir par cette confusion.

Fait à Lomé le 31 Juillet 2012.

Pour la CDPA-BT

Son Premier Secrétaire

Pr. E. GU-KONU

 

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