Dimanche, Mai 20, 2018

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«Les causes justes finissent toujours par triompher lorsqu’elles sont rigoureusement défendues». C’est la conviction de Eric Dupuy, le secrétaire national à la Communication de l’Alliance nationale pour le changement (ANC).

Ce parti de l’opposition qui, sous la houlette de son président Jean Pierre Fabre et avec le soutien d’autres formations et mouvements manifeste dans les rues du Togo tous les samedis depuis mars 2010 pour protester contre la mal gouvernance des dirigeants, la pauvreté des populations, toutes les violences, les arrestations arbitraires, les violations des droits humains…

A travers les échanges que nous avons eus avec lui, le lundi 10 septembre dernier à son domicile du quartier Nukafu à Lomé, pour M. Dupuis, «rien ne va au Togo». Morceaux choisis.

Démission

Aujourd’hui, nous disons que Faure Gnassingbé (le chef de l’Etat togolais, ndlr) doit partir. Depuis qu’il est au pouvoir, il ne s’est jamais prononcé, ni dans les médias, ni devant le Parlement, sur la crise que traverse le pays. Et nous ne voulons plus instaurer un dialogue avec le pouvoir, tant que celui-ci n’invitera pas autour de la table, les vrais acteurs de la vie nationale, en l’occurrence les véritables partis d’opposition, le Collectif Sauvons le Togo, le Collectif Arc-en-ciel. Il faut que les préalables posés par l’ANC, le Frac (Front républicain pour l’alternance et le changement, ndlr) soient rapidement satisfaits. Ces gens d’en face ne font preuve d’aucune bonne foi. Et si le régime n’est pas en mesure de régler la crise très rapidement, il doit démissionner pour permettre à d’autres de bien gouverner le pays.

Jean Pierre Fabre, président

Je suis persuadé que Jean Pierre Fabre peut devenir président du Togo. Il a une formation solide de professeur d’université. Il est membre fondateur de la ligue togolaise des droits de l’homme. C’est l’un des fondateurs de l’UFC (Union des forces de changement, qui a longtemps été présidé par le mythique opposant Gilchrist Olympio avant d’être maintenant au gouvernement, ndlr). Il est persécuté au quotidien par le régime en place dont il est devenu la bête noire. Il est d’une grande écoute. Il est fondamentalement démocrate et est constamment préoccupée par le développement du Togo. Il est très fidèle en amitié et en politique qui dirige ‘ANC, qui, selon un diplomate étranger, est «un parti de gouvernement».

Pascal Bodjona n’est pas notre ami

Pascal Bodjona (ancien ministre togolais en charge de l’Administration territoriale et actuellement impliqué dans une affaire d’escroquerie d’une vingtaine de milliards de francs CFA au détriment d’un Emirati, ndlr) n’est pas proche de l’opposition. Il a été de ceux qui ont organisé le coup de force institutionnel, constitutionnel et militaire de 2005, qui a permis au régime de marcher sur des cadavres de milliers de Togolais pour installer pour maintenir Faure Gnassingbé au pouvoir, après le décès de son père. Il est l’instigateur de la fraude électorale de 2010. Il entretient les milices. Il n’est pas notre ami, mais nous condamnons les conditions de son arrestation et de sa détention à la gendarmerie. Nous condamnons également la transformation de la gendarmerie en tribunal. On ne peut pas continuer à utiliser les institutions de la nation pour régler des problèmes familiaux et personnels.

Les miliciens frappent nos militants, bourrent et volent les urnes Les miliciens ont été créés par le régime RPT (Rassemblement du peuple togolais, ancien parti unique au pouvoir, devenu Unir (Union pour la République), ndlr), sous le règne de Eyadéma Gnassingbé. Depuis toujours, de connivence avec les forces de l’ordre, ils infiltrent nos manifestations les faisant dégénérer. Ils bastonnent nos militants, cassent, lapident. De l’aveu de l’un d’eux, ils existent toujours, frappent nos militants, bourrent et volent les urnes pour faire gagner les élections au parti au pouvoir. Ils sont payés en retour, à 2 ou 5 000 francs CFA. Un seul milicien peut voter plus de 15 fois.

Grâce aux marches…

Les retombées des marches organisées par le Frac depuis mars 2010 sont énormes, malgré les représailles qui s’abattent au quotidien sur nos militants. Grâces à ces marches, aujourd’hui, on peut manifester au Togo. Grâce à ces marches, les étudiants, les scolaires et les syndicats peuvent dire non à l’arbitraire des gouvernants. Grâce à ces marches soutenues par une population importante, des collectifs comme Sauvons le Togo et Arc-en-ciel sont nés, pour la défense des droits des Togolais. Grâce à ces marches, le peuple togolais a pris conscience que le règne des Gnassingbé n’est pas une fatalité. Ces marches ont servi à exorciser la peur qui liait les Togolais et à mettre à nu la duplicité et les incongruités du pouvoir qui veut tromper l’opinion internationale. Nous devons continuer avec ces manifestations qui sont une trouvaille de Jean Pierre Fabre.

Un Etat totalitaire

Nous sommes dans un Etat totalitaire où les dirigeants n’ont pas encore intégré l’idée de l’alternance. Ils sont persuadés qu’ils sont là ad vitam aeternam. C’est le règne de l’impunité sur tous les plans. Gaz lacrymogène, balles réelles, matraques, etc., soutiennent l’argument de la force. Comment donc aller au dialogue avec des gens qui n’épousent pas la même démarche intellectuelle que vous ? De nos jours, toutes les institutions sont instrumentalisées par le pouvoir et la Constitution est constamment violée. Le fichier électoral qui a servi aux présidentielles de 2005 et 2010 et aux législatives de 2007 est totalement corrompu. Il comporte près de 390 000 électeurs fictifs sur un électorat d’environ 3 millions de personnes. Contrairement à ce qu’avance l’UFC, aller aux élections dans ces conditions, c’est conforter la fraude électorale.

APG, UE, déclaration de Praïa? Rien n’a été fait!

L’Accord politique global signé sous l’égide du président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, les recommandations des missions de l’Union Européennes suite aux dernières élections, les dispositions de la Déclaration de Praïa, etc., tout est resté lettre morte. C’est un refus total de l’alternance, alors tous les problèmes du Togo seraient résolus, si les dirigeants appliquaient, ne serait-ce que ces documents. Ce pays, du fait de ceux qui nous gouvernent, ne veut pas avancer.

Morin Yamongbè

Fasozine

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