Mardi, Décembre 18, 2018

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Le Togo, comme plusieurs autres pays, dispose des ressources minières dont l’apport  de l’exploitation est inestimable pour son développement économique. Les cas particuliers des phosphates à Hahotoé et du fer de Bandjéli sont illustratifs.

Mais au Togo, les sociétés d’exploitation de ces ressources minières, la Société Nouvelle de Phosphate du Togo (SNPT) pour les phosphates et le MM Mining du Bahamas pour le fer du Nord Togo, opèrent sans tenir compte des conséquences liées aux dégradations environnementales ; mieux, elles clochardisent les ouvriers et les maintiennent dans une dèche sans précédent.

Le développement d’un pays est relatif au manque ou à l’abondance des ressources naturelles. Cet état de chose a une énorme incidence sur son progrès économique. Bien que le Togo soit doté des ressources minières considérables, leur exploitation n’assure pas le mieux-être de la population parce que se faisant aux dépens non seulement de l’environnement, mais aussi des ouvriers qui y travaillent. Pourtant les textes qui régissent  cette activité sont clairs.

En effet, la loi N° 96-004/PR du 26 février 1996 portant code minier du Togo dispose en  son article 35 que  «le détenteur d’un titre minier évitera au maximum tout impact préjudiciable à l’environnement, notamment la pollution de la terre, de l’atmosphère, des eaux et le dommage ou la destruction de la flore ou de la faune». Toujours dans le souci de faire respecter les principes liés à la protection de l’environnement, la loi-cadre relative à l’environnement vient conforter celle votée en 1996. Son article 59 est on ne peut plus clair: «Les opérations minières ou de carrières doivent être conduites de manière à assurer l’exploitation rationnelle et durable des ressources naturelles et la protection de l’environnement. Les entreprises doivent mener leurs travaux à l’aide des techniques confirmées de l’industrie minière et prendre les mesures nécessaires à la prévention de la pollution de l’environnement, au traitement des déchets et à la préservation du patrimoine forestier, faunique, halieutique et des ressources en eaux».

En dépit de tous ces textes qui sont censés protéger l’environnement, la SNPT et le MM Mining en observent peu.

Les villages de Hahotoé, d’Akoumapé, de Kpomé… pour les phosphates ou dans le Nord-Togo pour le fer, la faune et la flore en pâtissent. L’environnement immédiat de ces zones d’exploitation est pollué. Les villageois assistent impuissants à la dégradation de  leur relief, de leur cadre de vie et des eaux marines. Dans un rapport commandé par le réseau WANEP et dont les conclusions sont présentées par le Géologue- consultant Yao Agbossoumondé, il est relevé que l’exploitation des phosphates crée « l’insécurité alimentaire, le manque d’emploi, la destruction de l’habitat, l’immigration des jeunes avec pour conséquence le mariage précoce et la prostitution, l’alcoolisme des jeunes hommes et surtout le vol ». Les conséquences négatives de l’inhalation des métaux lourds contenus dans les déchets des phosphates et des fers sont aussi considérables ; la fluorose dentaire, les maladies pulmonaires, les maux d’yeux et les maladies diarrhéiques sont des corollaires de ces exploitations. L’Agence Nationale pour la Gestion de l’Environnement (ANGE) est spectatrice  parce que n’ayant pas les moyens de sa politique.

La clochardisation des ouvriers miniers

«Il n’y a pas de sot métier», dit l’adage. Mais les ouvriers togolais qui ont choisi de travailler dans les mines en font un. Ils  travaillent dans des conditions effroyables. Les travailleurs de la SNPT peuvent se frotter les mains nonobstant les conditions misérables dans lesquelles ils travaillent et vivent. Ils revendiquent de meilleures conditions de travail et seraient en train de se préparer pour une nouvelle grève si leurs doléances ne sont pas satisfaites. Mais ce que subissent leurs camarades qui opèrent dans les mines de Bandjéli est sans commune mesure. Les conditions de travail de ces derniers frisent l’esclavage. «Sur 89 ouvriers de MM Mining qui travaillent dans les mines, aucun n’a un contrat de travail ni  de sécurité sociale», dénonce Norbert Amouzou, Secrétaire général du Syndicat démocratique des mines. Ils travaillent dans les mines poussiéreuses sans cache-nez, n’ont pas de chaussures de sécurité. C’est tout simplement de «l’exploitation de l’homme à des fins économiques», ajoute-t-il. Tous les manœuvres de la carrière de fer de MM Mining sont payés au Smig et reçoivent 100F CFA pour manger lors des pauses, faute de cantine. Se faire soigner en cas de maladie, est un luxe pour eux.

Pour les manœuvres de la société qui travaillent au Port Autonome de Lomé depuis 2009, c’est aussi la croix et la bannière. Ils sont soumis à un licenciement abusif, révèle un Groupe Pluridisciplinaire dont l’Ong française Sherpa, représentant des riverains au cours d’une rencontre avec la presse. « Ils travaillent dans des conditions abominables. Leurs heures supplémentaires ne sont pas payées. Même s’ils sont malades, ils sont obligés de répondre présents, de peur de se faire licencier », déclare-t-il. C’est donc à l’esclavage moderne que sont soumis les travailleurs de la carrière de fer de Bandjéli, ceci sans réelle contrepartie au développement de la localité. Alors qu’une étude environnementale de 2007 mentionne que  lors de l’exploitation des minerais, la végétation naturelle  détruite est importante et estimée à «59% de la surface totale de l’emprise».

«Les zones minières sont abandonnées à leur triste sort comme si le fait de trouver des gisements dans leur sous-sol est une malédiction pour elles. Il en découle de tout ceci une injustice sociale, source de conflits entre les sociétés extractives, le gouvernement et les populations locales», conclut le rapport de Wanep.

Le Groupe Pluridisciplinaire conduit par l’Ong Sherpa peaufine depuis deux semaines une stratégie qui consiste à informer et à sensibiliser les différentes entreprises afin qu’elles prennent leurs responsabilités vis-à-vis des populations riveraines.  L’option judiciaire n’est pas privilégiée, mais elle n’est pas non plus exclue si leur indifférence persiste, soutient Marie-Laure de Sherpa.

Sherpa est une Organisation non gouvernementale française spécialisée dans la lutte contre les crimes économiques et  est à l’origine des plaintes contre  les biens mal acquis des Présidents congolais, équato-guinéens, gabonais etc.

Fabrice KA

 

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