Dimanche, Octobre 21, 2018

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Bonjour  cher Monsieur Attissogbé,

Je vous fais parvenir ci-joint cette lettre de démission de l’ANC que je vous prie de publier en avant-première dans votre journal. Datée du 13 septembre, je la rends publique aujourd’hui après qu’elle soit parvenue aux destinataires. Je passe par le canal de «Golfe-Info» parce que je ne savais pas qu’il est «proche du pouvoir» comme «Le Forum de la semaine» du «kpatchamaniaque» devenu «faurophile» furieux Dimas Dzikodo qui, pour vendre un peu son canard, s’est abonné à reprendre sans autorisation mes écrits quand ils sont critiques ou défavorables à l’opposition.

«Golfe-Info»

est proche du pouvoir RPT-UNIR: c’est le procès que le Bureau national (BN) de l’ANC m’a fait le 3 septembre dernier à son siège à Lomé suite à mon interview dans votre journal. Je suis persuadé que pour le BN de l’ANC le fait de démissionner un 13 du mois, chiffre fétiche des Gnassingbé, ne pouvait être qu’une preuve supplémentaire le renforçant dans sa conviction de mon achat par le RPT-UNIR et de ma traitrise envers la cause démocratique et le Parti, que j’écris avec une majuscule, car  l’ANC est une divinité, ce que je ne savais pas!                                                                                                                                                                                                                                        

J’avais beaucoup hésité lorsque j’ai été contacté pour adhérer au Parti et surtout y prendre des responsabilités, alors même que je me méfiais des partis politiques au pays au regard de leur mode de fonctionnement anthropologique relevant souvent de l’amateurisme, de leur mépris pour tout débat idéologique et des ego surdimensionnés de leurs pères fondateurs-propriétaires à vocation messianique et de leurs collaborateurs, reproduisant en leur sein, à l’envi, le système erpétiste, parfois en pire, qu’ils veulent combattre. J’avais fait entorse à mon statut professionnel et à ma liberté de penser ou de pensée, et je dois reconnaître aujourd’hui m’être lourdement trompé. J’ai appris à mes dépens qu’à l’ANC «on n’a pas besoin de plumes [entendez intellectuels et universitaires] mais de militants pour dégager Faure» comme si elle n’en avait pas. On a moqué les intellectuels et «les universitaires qui aiment cultiver leur spécificité au détriment de la ligne du Parti». On a moqué l’imparfait de subjonctif utilisé, souligné mes contradictions, et on n’a pas apprécié le fait d’avoir parlé du niveau intellectuel bas des membres de la Fédération internationale en France. On m’a reproché de n’avoir pas dit que le régime des Gnassingbé est une dictature, et qu’à l’heure des TIC (Technologies de l’information et de la communication), je dise que je ne peux pas participer aux réunions mensuelles de la FI-ANC à Paris.

Comme si Internet sans le système de visioconférence ou un logiciel adéquat suffit à résoudre le problème de distance. Inutile d’évoquer au BN, la fine fleur du Parti, des frais de déplacement Bordeaux-Paris et retour ou même de lourds problèmes de santé que j’avais traversés et qui continuent encore d’ailleurs. On me fit savoir que dans «le contexte actuel», c’est très important, on ne doit pas critiquer la ligne du Parti, que personnellement j’ai du mal saisir. Je ne fais pas un mauvais raccourci en disant qu’à l’ANC on croit ferme que le Parti est dans le Vrai et qu’il a toujours pris de Bonnes Décisions après de Longues et Mures Réflexions!  

Dans les années 1990 existaient des «pyrocrates»: c’étaient des «djeunes» qui, au nom de la démocratie, aimaient s’attaquer aux symboles du pouvoir et aussi aux biens de simples citoyens supposés du camp adverse. Les pyrocrates ont grandi, ils ont atterri à l’ANC après escale technique à l’UFC. Ils ont conservé leur culture et leur socialisation héritées de la mère-parti, le RPT-UNIR, partageant la même conception autoritaire et soviétique de l’autorité, la même conception du pouvoir faite d’agressivité et de violence (verbale ou physique). Ils se contentent pour l’instant de faire le dos rond ou de bomber le torse en attendant d’avoir entre les mains les dispositifs répressifs et coercitifs : l’armée, la gendarmerie, la police et la milice.

Faure est actuellement fort malade, partageant avec son père le même destin. Ses voyages romains à répétition qui lui permettent d’aller restaurer son sang souillé ne font que retarder l’échéance fatale. Son état de santé gonfle le voile des ambitions au sein de la classe politique. Ainsi dans l’affaire Pascal Bodjona par exemple, il n’y a pas qu’une histoire d’escroquerie internationale, mise en exergue pour faire diversion ou obstruer la réalité. Si Faure finit par suivre le destin paternel, l’opposition, à commencer par l’ANC sa poutre maîtresse, qui aspire à l’exercice du pouvoir, mais toujours en retard d’années-lumière, risque de rester une fois encore à quai.

Pyrocratisée, vivant de et dans l’immédiat, l’ANC est incapable de présenter aujourd’hui, comme ses alliés de l’opposition d’ailleurs, un programme de gouvernement pour le Togo de demain, son souci cadet, laissant accroire que le « changement est une prophétie dont le temps est déjà fixé » comme elle l’affiche sur son site. Sauf à proclamer urbi et orbi que «l’ANC cherche le bien-être des Togolais», elle est totalement aphone sur ce qu’elle fera en matière d’éducation, de santé, d’agriculture, de sécurité, d’énergie, d’art et culture, de politique étrangère, de relation avec la France, de politique envers la diaspora, de fiscalité, d’infrastructure, d’industrialisation, de réforme de l’appareil administratif, de promotion de la femme, d’emplois des jeunes, de salaire, de retraite, etc., sans parler des sujets hautement sensibles tels la clientélisme, la corruption, le tribalisme et surtout le foncier pollué par des expropriations abusives et arbitraires. Le chantier est énorme, nécessitant un effort colossal que l’ANC seule ne peut fournir pour  remettre en bon état de marche le pays-cadavre en décomposition avancée.

Comme l’UFC, sa fille ANC n’est pas un parti de réflexion prospective et de vision d’avenir, un parti de gouvernement. Elle s’est spécialisée dans la production de communiqués de presse au demeurant bien ficelés, limitant son horizon militant uniquement à ça: une pandiculation intellectuelle qui lui vient de sa mère, l’UFC qui l’a héritée du RPT-UNIR où on a une détestation somatique pour tout ce qui peut rassembler à une activité intellectuelle ou abstraite.  

Vue de très loin, l’ANC paraît sympathique en regard de l’ambiance de contestation apparente qu’elle entretient dans un pays traumatisé et ankylosé par une dictature quasi-quinquagénaire. Mais de près, elle laisse d’aucuns sceptiques et interrogateurs. On ne sait réellement de quoi le bombage de torse hebdomadaire à la plage est-il l’expression. N’a-t-il pas remplacé l’animation RPT-UNIR des années 70 et 80 qui a causé tant de dégâts en profondeur dans les mœurs? À Lomé, ne se substitue-t-il pas aux espaces ludiques (cinémas et autres) qui ont disparu, dépolitisant la mobilisation collective réduite à sa dimension purement récréative ? Paradoxalement, c’est le pouvoir RPT-UNIR qui par la répression politise le bombage de torse. L’ANC ne se rend pas compte que celui-ci, qui dure depuis deux ans, ne contamine pas la grande majorité des Togolais, lesquels ne sont pourtant pas réfractaires aux aspirations démocratiques. Dans leur for intérieur, les promoteurs du bombage de torse eux-mêmes, avec des mots d’ordre lancés à la hussarde, ne sont absolument pas convaincus de son efficacité comme stratégie de conquête du pouvoir, mais ils persistent et signent dans une fuite en avant effrénée. Le «contexte actuel» est semblable à la chasse à courre dans la mesure où l’ANC est objectivement charger de rabattre dans les rues la foule-gibier que le RPT-UNIR vient traquer, matraquer et lacrymo-gazer joyeusement, pendant que la communauté internationale, en spectateur indifférent, se contente de pousser quelques cris d’orfraie, plus tartuffes que sincères, sans plus. Cette division rationnelle du travail est ce qui caractérise fondamentalement le « contexte actuel » au Togo.

Quand le journaliste de RFI Christophe Boisbouvier lui fait remarquer dans une interview datée du 8 octobre dernier que les marches du collectif « Sauvons le Togo » dont l’ANC est partie prenante, sont à ce jour improductives, Jean-Pierre Fabre, après un salvé de rires, répond dans un aveu d’impuissance et bottant la question en touche en ces termes:  «Je vous demande un peu de patience et vous verrez que le peuple togolais est déterminé à barrer la route à la fraude électorale…». Les muscles zygomatiques du RPT-UNIR ont dû éclater si on écoute la suite de ses autres propos de bravade: «Voilà pourquoi je veux lui [Premier ministre] dire que les prochaines élections, si elles ne sont pas programmées pour être organisées, après un accord politique issu d’un dialogue réel, elles n’auront pas lieu! Je veux le mettre en garde contre toute velléité de chercher à passer en force». À moins de prendre les veillées de glossolalies et autres bondieuseries auxquelles certains leaders de l’opposition s’adonnent pour des bataillons de légionnaires! N’est-il pas frappant que, sous l’influence de son gourou, le Responsable suprême de l’ANC, dans son grand boubou d’apparat, s’affuble ostensiblement le cou de chapelet et de croix comme lors de la célébration du deuxième anniversaire de son mouvement (ou de sa secte?). Il faut dire qu’il est absolument illusoire de penser que le bombage de torse contraindrait Faure, même malade et affaibli, à la démission et à céder le pouvoir au leader de l’ANC. Lequel n’a aucune division, aucune unité militaire à sa disposition pour obliger le RPT-UNIR à obtempérer et ne se prépare pas non plus à exercer le pouvoir. Faure peut à tout moment organiser des élections frauduleuses s’il le désire, et l’opposition n’a objectivement aucun moyen pour l’en empêcher.    

Surtout que malgré les apparences, cette opposition est divisée: le CST a son pendant «modéré» en Arc-en-ciel. Il n’est pas certain que ces deux-là rouleront pour le leader de l’ANC quand il va falloir pour la présidentielle de 2015 présenter un front commun. Le FRAC n’a pas évolué depuis sa création, et les sourdes rivalités entre les partis et les diverses personnalités qui le composent attendent la veille des échéances électorales, surtout présidentielles, pour carillonner plus fort. Pour «le bien-être des Togolais», l’inénarrable Kofi Yamgnane s’est déjà installé dans le starting block; Kodjo Agbéyomé piétinera le candidat Jean-Pierre Fabre si l’ANC le présente de nouveau, lequel trouvera sur sa route son père spirituel le vieux Dromadaire-Maréchal de plus en plus fatigué et en voie de momification accélérée, sans parler des candidatures non-FRAC, anti-FRAC, hors-FRAC, les Béliers noirs, les Coqs déplumés, les Renards sauvages, les Dauphins moqueurs, les Vaches maigres et autres fracassants faire-valoir de dernière minute.

Alors que les Togolais exècrent le RPT-UNIR, l’ANC et ses alliés sont incapables d’aller à leur écoute, de leur demander la manière dont eux, les premiers concernés, entendent se débarrasser concrètement du pouvoir. Ce qui veut dire une inversion de stratégie qui impliquera les Togolais comme acteurs du changement et de leur propre destin: une approche stalagmite plutôt que stalactite et erpétiste de faire la politique instituée au Togo depuis des décennies. A voir l’ANC engoncée dans l’approche «pyrocratique», hostile à toute critique au nom du «contexte actuel», incapable de se transcender, de rassembler au-delà de son camp, de proposer autre chose que ses «préalables» qu’elle sait pertinemment inacceptables pour le RPT-UNIR réputé pour son art de s’asseoir sur tout ce qui l’embarrasse, et d’incarner un leadership responsable, respectable et crédible, les Togolais risquent de se réveiller demain avec une alternance, si elle se fait, sans la démocratie : une alternance à la sauce Abdoulaye Wade comme le Sénégal l’a connue.

L’ANC a pris le nom prestigieux et très chargé du parti de Nelson Mandela, mais elle ne lui ressemble en rien: elle ne bouscule pas vraiment le RPT-UNIR par des propositions réalistes, ne crée pas un rapport de force favorable. Elle refuse de dialoguer avec le Premier ministre, soit. Mais pourquoi n’appelle-t-elle à un dialogue direct avec Faure lui-même par exemple, avec la hiérarchie militaire, détentrice réelle et effective du pouvoir politique? Comme hier sa mère UFC, l’ANC est devenue avec le RPT-UNIR, son reflet symétrique, les termes de l’équation politique togolaise. Les Togolais sont placés entre l’enclume ANC et le marteau RPT-UNIR en attendant que l’enclume prenne la place du marteau. Pendant ce temps, Faure qui ne fera absolument rien pour contrarier fondamentalement les intérêts de la France et de l’Occident au Togo, a de beaux jours devant lui, et l’ANC la plage où elle peut continuer à bomber belliqueusement le torse tout en respirant de l’iode bienfaisant pour les poumons.

Je vous remercie infiniment Monsieur Attissogbé (un joli nom programmatique et prophétique pour notre pays!) que l’interview faite avec vous m’ait grandement ouvert les yeux quant à la nature réelle de l’ANC. J’assume entièrement tout ce que j’ai dit avec les contradictions et les maladresses du langage oral. Merci à vous et prenez avec hauteur et grandeur d’âme les accusations du BN de l’ANC à l’égard de votre journal. 

Bon courage et cordialement à vous et à toute votre équipe.   

Bordeaux, le 17 octobre 2012

Comi M. Toulabor

Commentaires  

 
0 #1 mawuémem 02-11-2012 19:32
juste je veux comprendre si réellement Faure est malade et mourant n'est pas préférable que l'opposition s'organise mieux avant que le rpt unir ne les surprenne; kaboua doute de la cause réal du décès d'eyadema Faure ne serait il pas aussi empoisonné par les vrai détenteurs du pouvoir pour lui remplacé. tout les ancien directeur de cabinet d'eyadema ne sont il pas impliqué dans la forfaiture.
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