Dimanche, Août 19, 2018

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Août 2010, je reçois par E-mail un appel à contribution d’un journal en ligne dans lequel il m’arrive de publier des articles. Le mail précise que mon adresse a été choisie avec d’autres adresses au hasard et qu’il ne s’agissait pas d’une demande ciblée. Le courrier était accompagné des références bancaires du site et demandait une contribution minimum de 20 Euros.

Une somme modique qui est largement à ma portée. Je me suis dit, je dois répondre favorablement à cet appel. J’ai même préparé un bon de virement bancaire en ligne d’un montant légèrement supérieur au minimum demandé. Il ne me restait plus qu’à cliquer sur la touche «envoyer» et j’aurai accompli ce que je percevais comme un devoir et non une aide à un journal en détresse. Jusqu’aujourd’hui je ne m’explique pas pourquoi je ne l’ai pas fait. En fait j’avais décidé au dernier moment de différer le virement parce que je voulais donner une somme encore plus élevée et pour cela il me fallait attendre encore quelques jours. Ce fut une mauvaise idée car cette sorte de remise à demain s’est muée en un oubli incompréhensible. Heureusement le journal lui a survécu à mon «oubli» et continue de paraître. Cela veut dire que soit d’autres personnes sollicitées ont répondu à l’appel et qu’elles ont ainsi permis au responsable du journal de régler les problèmes auxquels il faisait face. Ou tout simplement que le responsable du journal n’ayant reçu aucune contribution a dû creuser jusqu’au plus profond de sa poche personnelle pour poursuivre son travail aussi longtemps que cela sera possible. Dans un cas comme dans l’autre je voudrais ici lui dire mes regrets mais en même temps ma reconnaissance de continuer à mettre son site à la disposition de tous ceux qui veulent partager leurs idées et réflexions avec un large public.

Pourquoi est-ce que je raconte cette histoire somme toute banale aujourd’hui. C’est d’abord pour rendre hommage à tous ses compatriotes, individus ou associations, qui ont crée des sites d’information en ligne qu’ils mettent gracieusement à notre disposition pour la publication de nos articles. C’est aussi pour attirer l’attention sur deux de ces journaux en ligne qui ont fermé leur porte (disons leur site) durant l’année qui vient de s’écouler. Je veux parler de diastode.org et de Togoforum.com. Pour le premier l’aiguille du dateur a cessé de bouger depuis le 20 avril 2012. La date d’arrêt de Togoforum.com n’apparaît pas sur le site.

Si je ne m’abuse distaode.org était le pionnier des journaux en ligne. Piloté depuis l’Amérique du nord ce site nous a rendu bien des services. J’invite les uns et les autres à jeter un coup d’œil dans les archives du site qu’on peut encore consulter et qui remontent jusqu’aux années 2001. Est-ce l’ironie de l’histoire ou une simple coïncidence, le premier article dans les archives a été publié un 05 du mois d’avril, ce mois plus que symbolique au Togo a vu donc naître et mourir(?) l’un des plus anciens journaux en ligne de l’histoire de la diaspora. Si le titre de l’article «RETOUR AU MAQUIS» est tout sauf anodin, les mises en garde de l’auteur en conclusion de l’article sont elles d’une actualité troublante. L’auteur qui écrit depuis Binaparba (un village près de Bassar) prévenait en effet: «Tant que nous ne nous accepterons pas, ne serait-ce que par les idées, en voulant jouer à la vedette juste pour démontrer je ne sais quoi, le Togo restera une cathode aux connections néo dictatoriales à la Pibel. Nous avons droit aussi à la recréation, après trois décennies passées dans le maquis ou nous retournons. Toquet-le borne, salut.»

Diastode, tout comme Togoforum étaient des sites de combats, des combats d’idées. Ils nous permettaient d’essayer de  nous accepter pour ne pas retourner au maquis d’où nous avaient sortis nos parents un 27 avril 1958 après un long combat contre le colonisateur. Ces deux sites ont été contraints de mettre les clés sous la porte. Est-ce des replis provisoires ou une véritable mort? Avant de rendre le dernier souffle, Togoforum.com avait lancé un dernier appel sur une bande défilante. Cette bande que je cite de mémoire disait «togoforum est en difficulté et risque de fermer. Appel est fait á toute bonne volonté pour aider à résoudre le problème et maintenir le site». Apparemment personne n’a répondu à cet appel de détresse. Sans doute par oubli plus que par refus d’être utile… comme ce fut mon cas en août 2010 quand un journal en ligne m’avait fait l’honneur de faire appel à ma générosité. Pourtant on ne me demandait que 20 Euros tout au plus.

Diastode et Togoforum n’ont pas encore disparu de la toile. Peut-être y’a-t-il encore une chance de les remettre en activité en faisant chacun un don de 20 Euros ou plus. Ce serait le plus beau cadeau que nous nous serons offert en ce début d’année. La liberté d’expression est la base de la démocratie. Mais la liberté d’expression n’a de sens que si elle trouve des supports pour s’exprimer. On peut ne pas être d’accord avec la ligne éditoriale de tel ou tel média. Cela n’empêche pas de soutenir la pluralité des média car au final cela permet de savoir ce que pense celui avec qui on n’est pas d’accord. La pluralité des médias est donc utile à la démocratie.

Je ne sais pas concrètement comment faire parvenir les contributions à ces deux sites. Peut-être les responsables des sites Diastode.org et Togoforum.com pourront donner des informations sur leurs coordonnées bancaires ou indiquer tout autre moyen de leur faire parvenir les contributions. Avec l’espoir d’une générosité à la hauteur des défis, je souhaite à toutes et à tous une Bonne et Heureuse Année.

Dr Moudassirou Katakpaou-Touré

Francfort, le 05 janvier 2013

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