Dimanche, Mai 20, 2018

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1. EXPOSE DES MOTIFS

Confronté à une triple crise éthique, identitaire et managériale depuis son indépendance nominale le 27 avril 1960, le Togo qui ambitionne d’être l’ « Or de l’Humanité » est progressivement devenu l’ « Orphelinat de l’Humanité » avec la survenue le 13 janvier 1963 du premier coup d’Etat militaire en Afrique noire, meurtre fondateur de la dictature militaro-clanique au pouvoir depuis lors.

L’aspiration collective du Peuple togolais à une ouverture démocratique depuis 1990 s’est heurtée au refus de la dictature militaro-clanique incarnée par Eyadema GNASSINGBE, dont le maintien au pouvoir fut rendu possible grâce à des crimes de tout genre (crime de feu et de sang notamment le massacre exécuté par les milices du pouvoir et une partie non républicaine des forces de sécurité le 25 janvier 1993 à la Place Fréau Jardin). L’effraction sanglante et rocambolesque au sommet de l’Etat à sa mort de son fils, Faure GNASSINGBE, le 05 février 2005 va entraîner le massacre de plusieurs centaines de Togolais avec à la clé l’assassinat d’un diplomate allemand et la mise à feu du Goethe Institut de Lomé.

Après les massacres de 2005, la mission d’établissement des faits de l’ONU, chargée de faire la lumière sur les violences et les allégations de violations des droits de l’Homme survenues au Togo avant, pendant et après l’élection présidentielle du 24 avril 2005, a élaboré un rapport dans lequel, elle constatait déjà au point 7.2.1 portant observation préliminaire, ce qui suit: 

«Persistance d’une culture de violence et de violations des droits de l’Homme : La culture de la violence, fondement de la pérennité du pouvoir du Président Gnassingbé Eyadéma constitue une dimension importante des violations des droits de l’Homme sous son règne et un facteur explicatif de la montée de la violence après son décès. Les mécanismes opératoires de cette culture sont d’une part le silence sur la réalité des actes et les pratiques de terreur, de répression et d’autre part l’impunité totale pour leurs responsables, commanditaires et exécutants. »

La communauté internationale qui visiblement, s’est très vite accommodée des crimes imprescriptibles de Faure GNASSINGBE, a conduit les principaux acteurs de la classe politique togolaise à signer, le 20 août 2006, l’Accord Politique Global (APG) censé ramener la confiance et relancer le Togo, par la mise en œuvre de ses recommandations.

Depuis bientôt sept ans, Faure GNASSINGBE et ses affidés se sont soustraits à la mise en œuvre des réformes politiques, institutionnelles et constitutionnelles prescrites par l’APG. Ils se sont illustrés dans la mise en place d’un « néo-patrimonialisme démocratique».  En réalité il s’agit d’un ersatz de démocratie qui promeut la médiocrité, et fait violence à la culture de la confiance partagée, l’excellence et l’éthique, la justice sociale, la vérité des comptes publics et la prospérité partagée pour tous. Sa finalité reste la prédation des ressources et des libertés publiques par tous les moyens de même que la confiscation du pouvoir dans le mépris des légitimes aspirations des peuples. Dès lors tous les artifices pour se maintenir au pouvoir sont diversement utilisés pour pervertir les suffrages exprimés lors des consultations électorales. Violence est donc faite à la vérité des urnes ! Ainsi à la triple crise éthique, identitaire et managériale originelle que connaît le Togo s’est superposée une triple crise de valeurs, d’efficacité et de légitimité.

Aussi l’année 2012 a-t-elle été marquée par l’ampleur de la désespérance sociale, la récurrente violation des droits humains avec notamment le refus d’exécuter les sanctions requises contre les tortionnaires et falsificateurs du rapport de la CNDH relatif aux allégations de torture à l’Agence nationale de renseignement (ANR), la récurrente violation des lois et de la Constitution de la République,  de même que le refus d’un dialogue franc et sincère avec les forces de l’alternance et du progrès nonobstant la plateforme revendicative pour un Togo démocratique transmise depuis juin 2012 au Gouvernement par le Collectif Sauvons le Togo (CST). Le refus de mettre en œuvre les réformes constitutionnelles, institutionnelles et celles relatives au cadre électoral avant la tenue des prochaines consultations électorales en vue de garantir la vérité des urnes, de même que la grave crise de confiance et d’avenir de la Nation tout entière ont conduit à l’organisation des dernières manifestations du CST des 10, 11, 12 janvier 2013.

Avant même que ne démarrent lesdites  manifestations, le Togo est confronté depuis le 04 janvier 2013 à une série d’incendies aussi criminels que déroutants, et dont la gestion laisse transparaître un agenda caché machiavélique de Faure GNASSINGBE qui risque d’étendre la carte des conflits déjà problématique en Afrique de l’Ouest avec la crise malienne.

Le présent mémorandum relève les intrications entre la crise du feu, les arrestations arbitraires et la violation des lois de la République de même que l’aggravation de la crise sociopolitique avec le refus de reformes consensuelles, et indique quelques alternatives pour éviter que ne se développe au Togo le « terrorisme existentialiste ».

2. LA CRISE DU FEU

La série d’incendies qui touche actuellement le Togo occasionnant d’importants dégâts matériels sans perte de vies humaines pour le moment, a débuté le 04 janvier 2013 par le village de Vodougbé (au à l’est de Lomé) totalement ravagé par le feu. Dans la nuit du 09 au 10 janvier 2013, le Grand marché de Kara suivra, totalement ravagé par le feu. Dans les deux premiers cas, les services togolais du feu n’ont pu faire grand-chose, et aucune mesure préventive n’a été prise par le Gouvernement.

Dans les premières heures du 12 janvier 2013, le Grand marché de Lomé verra son bâtiment principal partir en fumée dans des circonstances troubles. Ce sinistre de par l’importance du site (bord de mer, vieille ville) et le poids économique de ce grand centre commercial du Togo, a suscité la colère des populations révoltées contre le Gouvernement  pour sa défaillance généralisée en matière de gestion de sinistres et de sécurité civile.

Le dimanche 13 janvier 2013, les incendies se poursuivent à Lomé (quincaillerie brûlée à Akodessewa, domicile privé en feu près du camp RIT). A la suite, ce sont des incendies à Atakpamé (locaux de la société CIB-INTA) et au Grand marché de Hedzranawoe à Lomé qui seront circonscrits.

A Kara dans la nuit du 14 au 15 janvier 2013, un incendie a touché une partie des locaux de la société M3Com, et deux véhicules stationnés sur le parking ont entièrement brûlé ; là aussi le feu a été maîtrisé grâce aux sapeurs pompiers.

Le 15 janvier 2013, à la station-service MRS de l’aéroport international de Lomé, une tentative d’incendie par un élément des forces de sécurité a été évitée de justesse grâce à la vigilance des pompistes et d’un conducteur de taxi moto. 

Le 18 janvier 2013, devant le marché de Lagbonou à Aného (environ 50 km à l’est de Lomé), un camion-citerne de la société BTP COGEB contenant 1500 litres de goudron a totalement brûlé alors qu’il se rendait sur le site des travaux de réhabilitation de la route internationale passant par Aného. Des lignes électriques ont été touchées mais fort heureusement l’incendie a été maîtrisé par les services du feu.

Le 19 janvier 2013, le marché d’Aklakou (environ 60 km à l’est de Lomé) est à son tour détruit par un incendie. Le 20 janvier 2013, un autre incendie a ravagé une bonne partie d’un domicile à Akodessewa, et l’intervention de voisins et des sapeurs pompiers a permis de circonscrire le feu. D’autres incendies ont été rapportés dans le pays notamment celui ayant détruit le marché de Gboto dans la préfecture de Yoto !

La cartographie de ces incendies semble donc nationale, et leur fréquence depuis le 04 janvier 2013 donne à penser que le Togo est confronté à une crise du feu à dimension systémique.

Cette crise du feu sans précédent requiert beaucoup de hauteur et de discernement pour saisir les causes profondes d’un tel sinistre national, après les inondations de juin et juillet 2008 qui ont provoqué l’écroulement de sept (7) ponts sur l’ensemble du territoire. Crise du feu survenant également cinquante ans après le meurtre fondateur de la dictature militaro-clanique lézardée par de graves tensions internes et confrontée à une grave crise sociopolitique marquée par une constante ébullition du front social.

3. LES ARRESTATIONS ARBITRAIRES ET LA VIOLATION DES LOIS DE LA REPUBLIQUE

En lieu et place d’un renforcement de la protection civile des citoyens face à la série d’incendies, le pouvoir en place excelle dans la répression de manifestations pacifiques. En effet, depuis le 10 janvier 2013, début des manifestations du CST pour réclamer l’arrêt du processus électoral, la résolution définitive de la crise sociopolitique et de la crise institutionnelle à l’Assemblée nationale, la police politique de Faure GNASSINGBE procède à des arrestations arbitraires au sein des membres et sympathisants des forces de l’alternance et du progrès, notamment Mme Suzanne NUKAFU.

Au rang des leaders arbitrairement arrêtés puis relâchés, se trouvent Alphonse KPOGO, Secrétaire Général de l’Alliance des Démocrates pour un Développement Intégral (ADDI), Maître Raphaël KPANDE-ADZARE, Rapporteur du CST et Président de la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme (LTDH), Maître Jil-Benoît AFANGBEDJI, Trésorier Général Adjoint du CST.

Gérard ADJA et Agbéyomé KODJO, respectivement premier Vice-Président de l’Organisation pour Bâtir dans l’Union un Togo Solidaire (OBUTS) et Président National de OBUTS, ont été arbitrairement arrêtés successivement les 13 et 16 janvier 2013 à Lomé au mépris de la procédure pénale et des lois de la République.

En effet la procédure de levée de l’immunité d’Agbéyomé KODJO, ancien Président de l’Assemblée nationale et ancien Premier ministre n’a pas respecté les règles de fond et de forme édictées par l’article 79  du règlement intérieur de l’Assemblée nationale. En plus, aucun délit n’est reproché et signifié à Agbéyomé KODJO avant son interpellation comme l’exige l’article 10 de la loi déterminant le statut des anciens  présidents de l’Assemblée nationale (loi 014-2007 du 19 juin 2007).

4. AGGRAVATION DE LA CRISE SOCIOPOLITIQUE PAR REFUS DE REFORMES CONSENSUELLES

A l’impasse sociopolitique existante, se superpose à présent la crise du feu qui révèle l’incapacité du Pouvoir de Lomé à garantir la sécurité humaine. La désespérance des milliers de naufragés des incendies ajoutée à l’immobilisme politique entretenu à des fins de conservation du pouvoir à tout prix nonobstant l’aspiration profonde du Peuple togolais à l’avènement d’une société de confiance, de démocratie et de prospérité partagée pour tous, constituent un facteur d’explosion de violence.

Un sentiment d’injustice, de frustration, de désolation émerge au sein de la population convaincue que la seule ambition de Faure GNASSINGBE est de se maintenir par tous les moyens au pouvoir au travers d’un processus électoral unilatéral et frauduleux.

Dans le contexte de sinistre national actuel marqué par une grave crise de confiance et d’avenir de la Nation tout entière, décliner le calendrier électoral de façon non consensuelle sur fond de harcèlement des membres de l’opposition, c’est faire le choix obstiné de la violence politique et de la violation des droits humains dans le mépris total de toutes les recommandations pertinentes des différentes missions d’observation électorale de l’Union européenne et des instruments internationaux dont le Togo est partie.

5. CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS

Il n’y a de progrès humain sans prise en compte des besoins fondamentaux de l’homme. En cela réside l’intérêt en philosophie politique de la théorie de la reconnaissance d’Axel Honneth.

La non reconnaissance des droits de l’homme génère toujours des frustrations, et leur violation constante constitue un terreau propice au cercle vicieux de la terreur. Comme il est établi en psychopathologie humaine que le terroriste est un terrorisé, le risque de voir émerger au Togo après cinquante ans de dictature militaro-clanique le « terrorisme existentialiste » qui n’est en réalité que le retour aux instincts grégaires en l’absence de contenant social adéquat permettant l’épanouissement de l’homme, est majeur.  Le contexte de crise permanente au Togo appelle à une responsabilité de prévenir, en éliminant les causes profondes et directes susceptibles de mettre en danger la population.

Dans une perspective proactive, les recommandations suivantes apparaissent nécessaires à mettre en œuvre en amont, afin d’éviter un foyer de tension de plus dans la sous-région déjà secouée par la guerre au Mali, et au moment où les velléités terroristes de la cellule Boko Haram au Nigéria sont plus que préoccupantes.

-              Procéder à la libération de Agbéyomé KODJO, Gérard ADJA, Suzanne NUKAFU et toutes les personnes arbitrairement et illégalement interpellées dans le cadre de l’enquête sur les incendies et lors des manifestations du Collectif Sauvons le Togo des 10, 11, 12 janvier 2013

-              Prendre en charge de façon efficiente les victimes, principalement les commerçantes et commerçants des marchés ravagés par les flammes comme le Pouvoir s’y est déjà engagé ; de même que restructurer et doter de moyens conséquents le service des sapeurs-pompiers

-              Mener une enquête indépendante afin de déterminer les causes réelles des incendies et identifier le cas échéant les auteurs et les traduire devant les tribunaux dans le strict respect des lois et règlements.

-              Organiser un véritable dialogue politique comme exigé par le CST et la Coalition Arc-En-Ciel afin de permettre à tous les acteurs sociopolitiques impliqués dans l’organisation des consultations électorales à venir, d’aplanir de façon franche et sincère les divergences de vues

-              Mettre en place consensuellement un Gouvernement de mission chargé d’apaiser le climat de tension sociopolitique permanente, de procéder aux reformes majeures, et d’organiser avant la fin 2013 de façon transparente des élections libres, justes, équitables garantissant la vérité des urnes.

CONSEIL SUPERIEUR DE RESISTANCE DE OBUTS (CSR-OBUTS)

Dr Edem Atsou Kwasi                                                                              

Psychiatre, Médecin Chef de clinique                                                                                                                                                     

Président

Sylvestre APEDO

Politologue, Juriste

Conseiller Stratégique et Diplomatique

 

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