Mercredi, Décembre 19, 2018

AddThis Social Bookmark Button

L’Histoire est pleine d’enseignements pour la postérité. Lorsqu’on observe et analyse les pas de Faure Gnassingbé, on ne peut s’empêcher de penser à un certain Néron qui a régné sur la Rome antique...

Répression aveugle des manifestations estudiantines, usage disproportionné de la force avec en toile de fond les balles en caoutchouc et les grenades lacrymogènes non conventionnelles, pressions de toutes sortes sur les médecins grévistes avec l’éternel épouvantail de la fibre ethnique,  guerre ouverte à tous les hommes d’affaires qui ne font pas allégeance au pouvoir, utilisation de la justice à des fins de règlements de compte… en six ans de règne, Faure Gnassingbé que certains naïfs faisaient passer pour un réformateur, commence par montrer son visage de dictateur dans l’âme qui travaille tous les jours à asseoir un long règne sans partage.

«Honte au fils qui n’a pu mieux faire que son père», disait l’emblématique Thomas Sankara en termes de réussite dans la vie. A contrario de la pensée de Sankara, Faure est en train de mieux faire que son père en matière de dérive dans tous les domaines.  Pour asseoir son pouvoir autoritaire, il a réussi en si peu de temps à se débarrasser de tous ses mentors, à éliminer ses concurrents et à rouler certains leaders de l’opposition dans la farine. Comment celui qui, apparemment, ressemblait au père dans son sale caractère, a-t-il pu se jouer de toute la classe politique y compris les barons de son propre camp? Décryptage et analyse d’un personnage qui rêve d’un bail à vie sur le Togo.

Faure de l’ombre à la lumière: les motivations secrètes des généraux et barons du RPT

Lorsqu’au soir du 5 février 2005, le Premier ministre pleurnichard Koffi Sama atterrit devant les écrans de la TVT pour annoncer la disparition subite de celui qui a régné d’une main de fer sur le Togo depuis 38 ans, les populations togolaises qui étaient partagées entre la peur et le soulagement ne pouvaient imaginer un seul instant que les heures à venir allaient être encore plus sombres que le règne lugubre du Timonier national. Les fameux généraux togolais n’ont pu saisir l’ultime occasion pour rentrer dans l’histoire par la grande porte, à l’instar d’autres officiers africains de valeur. Plongés dans leurs contradictions internes et motivés par des calculs personnels, ils n’ont trouvé pour autres solutions que de faire allégeance à celui qu’ils ont tous vu grandir dans la cour d’Eyadema, en se fondant sur un faux testament fabriqué de toutes pièces par d’autres barons dans l’avion qui ramenait la dépouille du «vieux» au pays.  Pour les uns et les autres, l’imposition de  Faure Gnassingbé pour perpétuer le règne du RPT et la mémoire de feu Eyadema est la solution qui préserve les intérêts de tous. Faut-il le rappeler, la plupart de ces barons civils comme militaires sont impliqués pendant le règne d’Eyadema dans les trafics de tous genres, notamment la drogue, les crimes économiques et de sang, les violations des droits de l’Homme.

Face à la mobilisation générale de la population qui dénonçait cette succession monarchique dans une République,  les barons du RPT appuyés par les généraux ont procédé à un massacre sans précédent pour permettre à Faure Gnassingbé de capter le pouvoir. C’est donc sur les crânes d’un millier de Togolais que l’homme qu’on présente comme le plus instruit de la fratrie Gnassingbé a marché pour s’asseoir dans le fauteuil présidentiel. Dans l’ambiance des massacres, celui qui se présentait comme un «Esprit nouveau» est allé jusqu’à déclarer que feu leur père a toujours dit de ne jamais laisser échapper le pouvoir, parce qu’ils ne le retrouveront jamais. Après ce massacre humain sans précédent sur la Terre de nos aïeux, les cerveaux du coup d’Etat et concepteurs de la succession monarchique ont commencé par tailler un costume d’homme propre à celui qu’ils pensent être leur marionnette. Celui qui a marché dans une marre de sang pour s’asseoir dans le fauteuil présidentiel est subitement présenté par son entourage comme un homme moderne, un jeune formé dans les prestigieuses universités françaises et américaines, à l’opposée du père qui était un soudard de la coloniale envoyé pour zigouiller un président nationaliste détesté par la métropole. Faure lui-même ne s’embarrassait pas de porter ce manteau en faisant semblant de tourner la page de son père lorsqu’il déclara: «Lui c’est lui, moi c’est moi». Jolie phrase, sauf que l’intéressé lui-même sait pertinemment et consciemment que lui et son père partageaient parfaitement les mêmes gènes de l’autoritarisme et de la répression, même si les siens étaient encore en ce moment latents. Quant aux généraux d’opérettes et autres barons grognards, ils pensaient tous utiliser la naïveté du «Jeune» pour diriger par procuration le pays et préserver leurs privilèges et autres intérêts issus des activités peu recommandables.  Faure Gnassingbé, un homme introverti, imprévisible,  et à la limite de la sournoiserie et du cynisme, pour reprendre les mots de Mimi et Abidé Gnassingbé,  faisait semblant de jouer le jeu,  mais avait sa propre idée pour se débarrasser de tout ce beau monde.

Faure comme Néron: comment les généraux et barons ont-ils pu se tromper sur ce personnage?

L’Histoire est pleine d’enseignements pour la postérité. Lorsqu’on observe et analyse les pas de Faure Gnassingbé, on ne peut s’empêcher de penser à un certain Néron qui a régné sur la Rome antique de l’an 54 à 68. En 54, Néron est imposé par la garde prétorienne à la suite de la disparition de Claude 1er. Il n’avait alors que 17 ans et venait d’inaugurer le règne du cinquième Empereur romain. Encadré par Burrus et le philosophe Sénèque, il débuta un règne marqué par la modération et la clémence. Mais très vite, il bascula dans la monstruosité et la méchanceté, révélant à la face de Rome son visage de dictateur et de despote sanguinaire.

On ne peut dire à ce stade de la vie politique togolaise que Faure Gnassingbé ressemble exclusivement à Néron, mais il existe certaines similitudes dans les pratiques et dérives de ces deux personnages. Faure Gnassingbé après l’accession sanglante au pouvoir, a débuté son règne aussi avec un semblant d’apaisement et une obéissance aux faiseurs de roi. Au début, on le voyait à la descente d’avion saluer, tête baissée, les barons et les généraux qui l’ont porté au pouvoir. Mais le temps a passé, beaucoup d’eau a coulé sous le pont et le «p’tit» qu’on croyait manipulé, a décidé de voler de ses propres ailes. Son Excellentissime Laurent Koudou Gbagbo, le Boulanger du bord de la lagune Ebrié qui voulait avoir seul raison contre le monde entier ne disait-il pas que le fauteuil présidentiel n’est pas un ban?

Faure Gnassingbé l’aurait compris. Pour être le seul maître du bateau, il lui faut se débarrasser de tous ceux qui l’ont porté au pouvoir. Pitang Tchalla supposé être celui qui a fabriqué le testament dans l’avion passe rapidement à la casserole. De son poste fictif de conseiller à la Présidence, aujourd’hui il a difficilement accès au Prince, et il ne peut que ruminer sa colère. Les généraux Zoumaro Gnofame, Seyi Mémène, Zakari Nandja perdent progressivement leur influence et se retrouvent actuellement au fond du trou. Le Général Essofa Ayeva qu’on soupçonnait d’être proche de Kpatcha Gnassingbé a été récupéré par Faure qui fait de lui son Directeur de cabinet avant de le larguer dans l’inconnu sans parachute. Son sort aura été réglé ainsi.

Faure Gnassingbé qu’on pensait naïf, sait aussi que ses nombreux frères sont une menace pour lui et son pouvoir. Il décide alors de frapper le grand coup en neutralisant celui qui l’étouffait aussi bien par sa forme que par ses velléités. La répression toucha la famille génétique dont cinq (05) membres se retrouvent en prison, dans une affaire obscure d’atteinte à la sûreté de l’Etat, parmi lesquels Kpatcha Gnassingbé. Quant à Rock qui est venu au secours du député de la Kozah, il est débarqué de la tête du sous-groupement blindé et  «parqué» dans un bureau du Port avec le titre de responsable à la sécurité.

En moins de 5 ans de règne, Faure Gnassingbé a réussi à asseoir son pouvoir en liquidant tous les barons et généraux, à l’exception de deux, Barqué et Débbasch avec qui il faisait depuis longtemps des affaires du temps de son père. Ses propres frères Gnassingbé qui jadis, faisaient la pluie et le beau temps, rasent aujourd’hui les murs comme des lézards. Mais le jeune président n’entend pas rester là. Il a compris que tous ces barons et généraux sont des trouillards. Alors il veut parachever le travail en créant son propre parti avec ses hommes à lui, pour perpétuer son règne.  Pour tous ces barons et généraux, l’heure est au regret et la plupart ne passent leur temps qu’à ruminer leur colère en silence. Comment ont-ils pu se tromper sur la personne de Faure Gnassingbé à ce point?

Les leaders de l’opposition tombés aussi  dans le piège

Tout comme les barons et généraux, certains leaders de l’opposition ont cru à la bonne foi de Faure Gnassingbé et se sont engagés à travailler avec lui pour relever le pays. Faure Gnassingbé ne lésina sur aucun moyen pour les amadouer. Edem Kodjo, Gnininvi, Agboyibo et aujourd’hui Gilchrist Olympio ont été attirés dans ce piège, croyant que Faure Gnassingbé est résolument déterminé à basculer le Togo sur la voie de la démocratie et des reformes politiques. Qu’ils ont été bien naïfs!

Une fois la reconnaissance internationale obtenue, Faure Gnassingbé s’est débarrassé des premiers comme des malpropres. Quant aux différents accords signés, il refuse délibérément de les appliquer. Les opposants participationnistes ne sont aujourd’hui que l’ombre d’eux-mêmes. Certains ont disparu de la circulation, et leur parti avec. Ils ne peuvent aujourd’hui se targuer d’avoir contribué à faire avancer le pays au moment où les grenades lacrymogènes et les balles en caoutchouc sont tirées sur les étudiants et les opposants comme des lapins. Il en est de même sur le plan social où la grogne ne cesse de monter. Ils ont juste servi, consciemment ou inconsciemment, de caution à un apprenti dictateur qui recherchait la reconnaissance internationale pour asseoir un règne despotique.

La fameuse communauté internationale aussi

«On a accusé ce tyran pris dans la tourmente des révoltes arabes de crimes contre l’humanité. Mais le véritable crime contre l’humanité est plutôt l’indifférence complice de la communauté internationale qui a toléré sa présence pendant un demi-siècle». Ainsi s’exprime l’écrivain Alexandre NAJJAR, dans son dernier livre Anatomie d’un tyran : Mouammar Kadhafi paru il y a de cela quelques semaines. Tout comme en Libye, la fameuse communauté internationale laisse le pouvoir de  Faure Gnassingbé continuer de violer les textes, torturer les citoyens, tirer des balles sur les étudiants, piller le pays. Certaines puissances continuent d’ailleurs de lui fournir le matériel de répression. Le monde civilisé aussi s’est laissé entraîner dans le mouvement, lui donnant des satisfécits par-ci, des encouragements par-là. La dernière illustration est celle de l’Ambassadeur d’Allemagne au Togo Alexander Beckmann qui, en fin de mission au Togo, s’est mué en griot du régime Faure, faisant l’apologie des reformes alors que la répression s’accentue sur les populations et que le pouvoir refuse d’appliquer les dispositions de l’Accord Politique Global (APG).

La répression au Togo aujourd’hui se passe à huis clos car tout porte à croire que les chaînes internationales ou leurs représentants dans notre pays ont reçu des consignes de ne pas en faire cas.

 C’est ainsi que la fameuse communauté internationale contribue à asseoir au Togo un régime autoritaire. En Syrie, il a fallu que Bachar El-Assad tire à balle réelle sur sa population pour que l’on se rende compte qu’on a en face un tyran de la pire espèce. Au Togo on n’en est pas encore là, mais on risque d’y arriver, tant la volonté de Faure Gnassingbé et ses nouveaux copains venus d’Europe de mettre la main sur le pays et ses richesses est plus que manifeste. Il ne faudrait pas attendre le pire pour nous dire sur les médias qu’il existe des crimes contre l’humanité.

Tout compte fait, lorsqu’on analyse les six années de règne de Faure Gnassingbé, qu’on décrypte le personnage dans toute sa complexité, on se rend compte qu’on est en face d’un homme qui est loin d’être naïf. Il sait pertinemment où il va et il se donne les moyens pour y arriver. Ses dérives nous confortent que son règne, s’il s’inscrit dans la durée, sera plus tyrannique que celui de son père. Car nous avons en face un homme qui ne supporte pas l’adversité ni la contradiction, même s’il ne l’exprime pas. La terreur qu’il répand aujourd’hui touche ses propres familles politique et biologique, son ethnie qui sociologiquement, sont les piliers du pouvoir en Afrique. Chacun l’aura compris, plus personne n’est à l’abri de l’arbitraire et les convulsions qui, secouent actuellement plusieurs secteurs de notre pays ne sont pas le fruit d’un hasard. C’est la résultante d’un ras-le-bol général face à une gestion calamiteuse et à un pillage systématique des ressources du pays par un groupuscule de profiteurs.

Plus personne ne se trompe aujourd’hui aussi bien au RPT,  dans l’opposition qu’au sein des populations sur la personnalité réelle de Faure Gnassingbé. Et c’est Joseph KI-Zerbo qui avait raison lorsqu’il déclarait dans son livre A quand l’Afrique: «On est à l’intérieur d’un magma qui peut ouvrir la voie à toutes les déstabilisations». On espère  que la fameuse communauté internationale est consciente de cette réalité, vu la position stratégique du Togo dans la sous-région. Car le pire est devant nous.

Ferdi-Nando, collaborateur à Lomé www.etiame.com

Commentaires

 
-2 #2 ali 13-07-2011 23:09
slt le president de ma patrie
Citer
 
 
-2 #1 ali 13-07-2011 23:08
slt mon president
Citer
 

This content has been locked. You can no longer post any comment.

Copyright ©2005 www.etiame.com tous droits réservés.
Toute reproduction partielle ou intégrale doit faire l'objet d'une demande préalable.