Lundi, Décembre 17, 2018

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Le Groupe de Réflexion et d’Action pour le Dialogue, la Démocratie et le Développement (GRAD) présente à toutes les Togolaises et à tous les Togolais ses sincères souhaits de bonne et heureuse année 2013.

Le GRAD, comme d’habitude et conformément à ses objectifs, voudrait inviter les uns et les autres à partager le fruit de ses réflexions par rapport à l’actualité togolaise.

Les incendies de Kara et du grand marché de Lomé n’offrent-ils pas une occasion aux pouvoirs publics et à la classe politique toutes tendances confondues d’évaluer objectivement la situation réelle de la crise en vue d’y trouver une solution durable?

La série d’interpellations de certaines personnes, conduite de manière peu orthodoxe soulève de sérieuses interrogations.

Pour les deux (02) incendies, en dehors des cas de flagrant délit, personne ne peut, a priori, être soupçonnée ou culpabilisée sans une enquête sérieuse. Ces incendies peuvent provenir de diverses causes qu’il importe de chercher à identifier.

D’abord, une cause accidentelle du fait de mauvaises installations électriques provoquant un court circuit, d’une lampe tempête ou lampion non éteint, d’un mégot de cigarette jeté au hasard.

Ensuite, la non sécurisation du marché pour prévenir ou limiter les risques d’incendie pour les grandes zones de concentration humaine, il y a des normes standards à observer pour ne pas exposer inutilement la vie et les biens des gens au risque de quelque nature que ce soit.

Enfin, une origine criminelle: il s’agit de cas de crime crapuleux dans l’intention de nuire ou de détruire les biens d’un individu ou groupe d’individus; crime politique dans l’intention d’embarrasser aussi bien les pouvoirs publics que la classe politique, notamment, l’opposition démocratique en lutte pour le changement de régime. Un acte criminel peut également provenir de forces obscures, dans l’intention d’une déstabilisation globale.

Toutes les pistes ci-dessus doivent être explorées avant de procéder aux arrestations de présumés coupables.

La gestion des incendies de janvier 2013

Les incendies des marchés de Kara et de Lomé ont semé la désolation dans les cœurs et au sein de la population. Ces malheureux événements ravivent les plaies douloureuses créées et entretenues par le faible pouvoir d’achat des consommateurs et les difficultés quotidiennes liées à la vie chère. Tout cela révèle les manifestations d’une situation de crise généralisée et contribue à démentir tous ceux qui, par la politique du verbe, s’évertuent à en nier l’existence.

Le GRAD considère ces incendies comme une catastrophe nationale. Ils constituent le coup de grâce assené à cette communauté de commerçantes et de commerçants qui ont été anémiés par la confiscation de leurs fonds, quand bien même, une partie vient de leur être restituée.

Les incendies survenus dans la première quinzaine du mois en cours, se sont produits dans une période de vives tensions politiques et sociales marquées par des manifestations de rues initiées par les organisations de la société civile et les partis politiques. Il sied de rappeler que ces manifestations publiques et pacifiques régulièrement réprimées avec violence par les forces de l’ordre et de sécurité, cherchent à accélérer le processus de démocratisation par la mise en œuvre effective des réformes constitutionnelles et institutionnelles, compatibles avec la gouvernance démocratique et l’Etat de droit d’une part, et à ouvrir un débat sérieux par rapport aux processus électoral d’autre part.

S’agissant de la gestion des incendies, il faut avouer qu’elle est un fiasco. A Kara, dans le parc auto de la caserne et d’après les informations, seul un camion serait actif.

A Lomé, les conditions d’intervention des sapeurs pompiers du Togo ont mis en évidence les lacunes liées au système de sécurisation de nos marchés. Des camions citernes défaillants et des bouches d’incendie hors d’usage justifient le peu d’empressement des équipes de sapeurs pompiers présentes sur les lieux.

La gestion du sinistre fut un désordre à la fois volontaire et involontaire. C’est ainsi que le travail réalisé pendant de nombreuses années est perdu en l’espace de quelques jours enterrant les investissements faits par l’Etat pour la construction desdits marchés et sonnant le glas des efforts consentis par les commerçantes et les commerçants.

Les entraves à la démocratie

Il est une évidence que:

La démocratie est une affaire des démocrates,

Or les démocrates ne sortent pas des urnes,

Donc les démocrates doivent se former.

La démocratie ne saurait s’accommoder de désordre, de violences physiques et verbales. Elle a, au contraire, beaucoup d’exigences notamment le respect:

• de soi et des autres,

• de la parole donnée et des engagements pris,

• des lois de la République

• de la chose publique.

Malheureusement, les valeurs citoyennes ont déserté le pays depuis très longtemps ; elles éprouvent des difficultés à avoir droit de cité face à l’incivisme grandissant au point que le chef de l’Etat qui normalement devrait en être le modèle vivant, soit obligé de le reconnaître et de le dénoncer dans son message à la nation à l’occasion de la célébration du 27 avril 2012. Ce constat fait par le Chef de l’Etat n’a pas, jusqu’à ce jour, bénéficié d’actions concrètes de la part du gouvernement pour y apporter les solutions idoines auxquelles les Togolais ont légitimement le droit de s’attendre.

Le processus de démocratisation se trouve grippé par la fuite en avant opérée par les autorités qui refusent de résoudre, avec le doigté que cela requiert, les problèmes qui alimentent et aggravent la crise socio politique. Elles se sont, au contraire, inscrites dans la logique de la violence délibérée et de la corruption comme méthode d’action.

Par rapport au processus électoral à l’ordre du jour, le GRAD s’interroge sur son opportunité, car il ne saurait être le remède indiqué à la crise socio politique dont les aspects dominants sont :

• l’accentuation des inégalités économiques et sociales,

• la vie chère,

• le déficit chronique de confiance entre les acteurs politiques,

• les difficultés d’un dialogue franc et sincère au sein de la classe politique,

• les revendications syndicales avec en perspective les remous sociaux.

Malgré cette situation, les autorités continuent de présenter les élections comme l’unique solution de la crise. En 2005, lorsque des signaux annonçaient la liturgie du sang, le GRAD s’était employé à tirer sur la sonnette d’alarme en envoyant aux autorités de l’époque un document sur les risques potentiels que les uns et les autres faisaient courir à la population si les élections devraient être maintenues à la date prévue. Tout le monde connait la suite.

Cette fois-ci encore, le GRAD, lors de sa dernière conférence de presse, a indiqué des pistes qui peuvent permettre de sortir le Togo de la crise sociopolitique.

Le GRAD estime que l’organisation des élections dans une période de vives tensions politiques ne peut se solder que par des violations massives des droits de l’homme.

Face à toutes ces incertitudes sociales et politiques, la vraie question que le GRAD se pose est la suivante : Que faut-il faire? Les propositions de solution à cette interrogation s’articulent autour de deux (02) points.

1. Par rapport aux incendies

a) pour le court terme

• Le GRAD propose qu’il faut situer les responsabilités. A cet effet, il invite le gouvernement à tout mettre en œuvre pour:

• relever les lacunes qui ont émaillé la gestion de ces incendies,

• publier le rapport des enquêtes une fois celles-ci terminées,

• prendre des sanctions à l’encontre des personnes reconnues coupables.

Indépendamment de ce qui précède, il serait bien indiqué que le gouvernement fasse le nécessaire pour que:

• le reste des fonds confisqués soit remis aux commerçantes et commerçants,

• le site de recasement des sinistrés soit rapidement identifié et qu’il ne soit pas très éloigné du lieu du sinistre,

• la direction générale des impôts et la direction générale des douanes, puissent, chacune en ce qui la concerne, et à partir des dossiers des commerçantes et des commerçants, déterminer, par des recoupements, les éléments à prendre en considération dans l’évaluation des dégâts.

La DGI peut en outre, selon l’importance des affaires des uns et des autres, proposer des exonérations fiscales, comme mesure d’accompagnement.

b) Pour les moyen et long termes

La reconstruction des deux marchés doit répondre aux normes de sécurité. Les nouveaux bâtiments doivent être équipés de détecteurs d’incendies. Les autorités doivent à partir de ce sinistre tirer les leçons, pour mettre en place un plan national anti incendie dans les principales villes du pays. Pour ce faire, des bouches d’incendies doivent être installées aux points névralgiques et être régulièrement inspectées pour éviter des surprises désagréables.

Le corps des sapeurs pompiers mérite d’être professionnalisé. Il s’agit de former les combattants du feu et de les équiper quitte à leur tour de former des jeunes volontaires qui vont les appuyer, en cas de besoin, sur le théâtre des opérations. Il est souhaitable, que chaque chef-lieu de préfecture, dispose par rapport à son importance, d’une structure de sapeurs pompiers. Dans le cas particulier de Lomé, un plan de la ville doit être fait. En plus de la caserne qui est située au sud-ouest de la capitale, il est indispensable que le sud-est, le nord-est ainsi que le nord-ouest soient, chacun, dotés d’une structure de sapeurs pompiers.

2. Par rapport à la crise sociopolitique

Le GRAD a toujours fait des propositions de sortie de crise à diverses occasions dont la plus récente est celle de la conférence de presse organisée le 16 octobre 2012 à Brother home. Au-delà des pistes dégagées pendant ladite conférence de presse et face à l’actualité de notre pays, le GRAD exhorte:

• toute la classe politique sans exception aucune à une grande tolérance et à un grand esprit d’ouverture,

• les leaders qui sont au pouvoir et ceux de l’opposition au patriotisme et à leurs responsabilités politiques, étant bien entendu qu’ils doivent comprendre que les intérêts du Togo passent avant leurs intérêts politiques personnels,

• la grande majorité de la population qui croupit dans la misère à s’organiser pour défendre ses droits.

Tous ceux qui prennent l’initiative de nature à conduire le peuple à l’abattoir, doivent se préparer à assumer les conséquences. Le peuple n’a pas encore oublié les événements tragiques de 2005.

Enfin, le GRAD ne saurait terminer cet article, sans présenter ses vives compassions aux victimes des incendies de Kara et de Lomé.

GRAD,

Lomé le 26 janvier 2013

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