Mardi, Décembre 18, 2018

CAN 2013 et tragi-comédie des Eperviers en Afrique du Sud

Note des utilisateurs: / 6
MauvaisTrès bien 
AddThis Social Bookmark Button

Canal+, Infosport, RFI, réseaux sociaux, le Togo était largement à la Une des médias du monde, non pas pour les prouesses des joueurs,  qui ont pour la première fois de l’histoire hissé le Togo en quarts de finale d’une CAN, mais pour les «Togolaiseries» qui ont refait surface juste au lendemain de la défaite contre le Burkina Faso.

Alors que les joueurs qui nous ont habitués aux scandales des primes ont cette fois-ci joué parfaitement leur partition, c’est le tour des autorités elles-mêmes de nous offrir d’autres facettes de ce qu’on appelle sur RFI «Togo Story».

Le Togo n’était pas le seul pays à être éliminé à ce stade de la compétition, même le Cap Vert qui participe pour la première fois à la CAN est rentré sans aucun bruit. Mais c’est notre pays qui une fois encore, a fait la risée du monde entier pour la simple raison que certains individus à la gueule forte qui se sont passés pour les experts  en tout, ont fait le choix de l’improvisation et de l’amateurisme pour engranger des sous sur le dos du contribuable togolais. La délégation togolaise ne disposant pas d’un plan de retour, les vaillants citoyens ont été abandonnés en Afrique du Sud, à la merci du froid et de la faim, errant d’aéroports en aéroports, comme des chiens galeux. Plus de trois jours d’angoisse, de colère, de révolte, d’abandon pour des gens dont le seul tort est de vouloir défendre les couleurs de la Nation. Dans une Afrique du Sud où le taux de criminalité est le plus élevé au monde, joueurs dont des stars, supporters, chefs traditionnels, journalistes chassés de leurs hôtels ont été obligés de squatter le hall d’un aéroport pendant des jours, avec toutes les conséquences. Pendant que certains ne savaient à quel saint se vouer en Afrique du Sud, ceux qui se sont mis au-devant de l’organisation se sont évanouis dans la nature. Certains se sont retrouvés à Lomé pour soi-disant organiser le retour triomphal.  Et pourtant, on nous avait donné toutes les garanties que les choses se passeraient dans de bonnes conditions et que les Togolais ne vivraient plus les périodes sombres comme Lungi, Cabinda et autres. Mais à la fin, c’est plus que de la catastrophe.

A quoi ont servi les fameuses commissions mises en place?

Au regard des déboires du passé, le gouvernement a mis en place trois comités qui devraient s’occuper de la participation des Eperviers à cette CAN. Nombreux sont ceux qui à l’époque, ont dénoncé ces comités et leurs compositions. Le Comité d’organisation, le Comité de mobilisation et le Comité de supervision présidé par le Premier ministre lui-même. Tout ce dispositif n’a pas empêché que des gens recourent aux vieilles pratiques pour faire voyager en Afrique du Sud des copines, des maîtresses déguisées en supporters, des journalistes véreux sans organes de presse. Certains ont même réussi à faire venir de Paris leurs maîtresses, aux frais du comité. Une fois en Afrique du Sud, les hôtels et les facilités  ont été attribués selon que vous soyez dans les bonnes grâces ou non de certains responsables dont le Président de la FTF. Les uns ont été hébergés loin dans la brousse dans des Guest House, sans véhicule, et les autres dans des Palaces avec tout le confort. Les surfacturations sur les hôtels, les nourritures, les véhicules de déplacement ont été d’actualité. L’ambiance n’était pas forcement à la sérénité.

Pendant que les joueurs se démenaient sur le terrain pour faire plaisir à des millions de Togolais, les responsables des comités, calculettes en mains, faisaient les comptes de ce qui allait rentrer dans leurs poches. Et dans ce genre de calcul d’intérêts, les conflits surgissent inéluctablement. Ainsi on évoque des altercations entre deux membres du comité, entre un membre d’un comité et un responsable de la Fédération, des insultes par-ci, des chamailleries par-là. Quant aux maîtresses et copines, elles ont fait le tour des grands centres commerciaux des localités, achetant Galaxy, Ipad, Iphone et tout le reste en prenant soin d’indiquer que les factures soient établies au nom du comité. Nous laissons le soin à ceux qui ont vécu cet enfer parfait, illustration de la gouvernance du pays, de raconter à leur retour les détails de cette pagaille aux Togolais.

Pour revenir à la surfacturation, c’est justement l’envie qui a poussé les gens à chercher un avion moins cher voire un « Air Peut- être » pour aller chercher les Eperviers. Sinon comment comprendre que pour aller en Afrique du Sud, on ait  choisi pour certains Ethiopian, et pour d’autres South African Airways et tout s’est bien passé et qu’au retour, on n’ait plus fait le choix de ces deux compagnies? Pourquoi avoir uniquement fait le choix des billets aller simple au lieu des billets aller-retour, avec la possibilité de rentrer à tout moment si nous sommes éliminés de la compétition ? Voilà autant de questions sans réponses pour le moment.

Le Togo a-t-il vraiment un Président de la République?

Le leadership d’un chef d’Etat s’apprécie à l’aune des périodes difficiles que traverse un pays. Au Togo, Faure Gnassingbé a fait le choix d’être un président fantôme, loin des préoccupations de ses concitoyens. Il est de notoriété publique que c’est un président voyageur qui passe son temps à faire le tour du monde. Le Togo, contrairement à ce que les gens pensent, ne dispose pas d’avion présidentiel. Il existe un Fokker qu’on utilise souvent pour rallier Kara, mais il ne peut faire de longs voyages. Du coup, Faure voyage en jet privé que ses services se chargent régulièrement de louer soit en Afrique du Sud, soit en Europe. Et dès que le Prince a un voyage à faire, son avion est disponible dans les 24 h qui suivent. Point n’est besoin ici de revenir sur la facture qui est souvent très salée pour le contribuable togolais.

Comment se fait-il qu’on trouve souvent des avions pour les pérégrinations inutiles de Faure Gnassingbé et qu’en trois jours, des gens au sommet de l’Etat n’aient pu trouver un avion pour ramener au pays des vaillants citoyens qui sont allés défendre les couleurs nationales ? En faisant revenir Emmanuel Adébayor par tous les moyens, on a pensé tirer des dividendes politiques de la participation, et surtout des victoires des Eperviers. Mais dès que l’équipe a été éliminée, on n’y attendait plus rien, d’où l’abandon de la délégation. Il est quand même inimaginable que pendant qu’on cherchait un hypothétique avion pour ramener nos ambassadeurs au pays, on en a trouvé pour Faure Gnassingbé qui s’est retrouvé au Caire pour un sommet des pays islamiques. Finalement, on ne sait même plus de quel côté le Togo se trouve sur le plan international. Il y a de cela deux mois, on était serré collé avec les Israéliens à qui on a juré fidélité contre les arabes. Aujourd’hui, on se retrouve à flirter au Caire avec un certain Mamhoud Ahmadinedjad dans un sommet de pays islamiques. C’est ça la diplomatie du brouillard. Le Prince absent du pays, son Premier ministre, président du Comité de supervision lui aussi s’est muré dans un silence sépulcral. Voilà comment des gens, se soucient des Togolais dont ils se disent les gouvernants. Les Eperviers sont finalement rentrés hier, mais sans leurs bagages. Or, certains comme Emmanuel Adébayor devrait repartir hier soir pour regagner leurs clubs. Un compatriote dépassé par ces événements a résumé cette comédie en ces termes: «Air Peut-être n’assure pas la livraison des bagages». Ainsi va le Togo, une curiosité régionale et internationale.

Le système qui régente le Togo depuis bientôt 50 ans est en faillite. Les signes ostentatoires de cette déliquescence avancée sont là, et on n’a pas besoin de porter des verres médicaux pour les déceler. Qu’on le veuille ou non, la courbe a désormais atteint le point d’inflexion et elle doit changer de direction. Les déboires de ce pouvoir vont s’accumuler de jour en jour jusqu’ à la chute totale du système. Véritable signe des temps!

Ferdi-Nando, L’Alternative

Copyright ©2005 www.etiame.com tous droits réservés.
Toute reproduction partielle ou intégrale doit faire l'objet d'une demande préalable.