Samedi, Octobre 20, 2018

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Les journalistes n’ont pu tenir leur sit-in prévu pour mardi 19 février à l’Assemblée, la loi contestée est votée, malgré tout. Ce mardi 19 février, c’est à huit-clos que les députés ont tordu le cou à la liberté de presse au Togo, sous bonne garde. Ça donne le ton de ce qui va se passer dans les prochains jours dans le pays.

Un cordon de policiers et de gendarmes, qui boucle tous les accès à l’Assemblée nationale, des journalistes repoussés loin de l’entrée de la salle… ni sit-in, ni accès à la session «publique» de l’Assemblée nationale. C’est l’image que les dizaines de journalistes mobilisés au Palais des Congrès siège de l’Assemblée nationale  garderont de la journée du 19 février 2013.

Les journalistes n’ont pas eu le temps de dire, en face, aux députés ce qu’ils pensaient de la loi que le gouvernement s’apprêtait à leur faire voter. En lieu et place de leur sit-in prévu à cet effet, c’est une présence policière qui était visible autour dans les environs de l’Assemblée.

Le ministre de la Sécurité, Lt-Col Yark Damehane, qui aurait promis la veille à certains confères de laisser le sit-in se dérouler, a plutôt décidé d’opposer un dispositif musclé aux professionnels de la presse. Il appellera mardi matin le responsable de SOS Journaliste en Danger, Ferdinand Ayité, en pleine manifestation, pour lui signifier que la manifestation est illégale parce que n’ayant pas fait l’objet d’une autorisation.

A défaut d’un sit-in, les journalistes ont espéré pouvoir accéder aux débats qui sont supposés publics. Là aussi, que nenni. «Mais mon commandant, les débats sont publics non?» ai- je pu demander au Commandant Fiomagné, celui-là même qui commandait les éléments déployés pour repousser les journalistes. «Il y a la loi et les exceptions», a-t-il répondu sans gène. Sans surprise en réalité. Ici au Togo, tout est «exception».

Les députés du pouvoir et de son partenaire UFC se sont rendus complices du projet liberticide du gouvernement.

La «fête» a bel et bien eu lieu. La loi est passée comme une lettre à la poste. Les députés du pouvoir, mais aussi ceux de l’Union des Forces du Changement (UFC) autrefois dans l’opposition, ont approuvé le texte. Le député de la préfecture de l’Avé, Nicodème Habia, avait prévenu le matin. En répondant à la question d’un journaliste qui lui demandait pourquoi son parti qui occupe le ministère de la Communication  n’a-t-il pas jugé nécessaire d’associer les organisations de presse dès la conception du projet, il a été plus que clair. «Ce n’est pas à tous les animaux qu’on doit donner de l’eau avant de l’égorger, le serpent par exemple», a sèchement répondu celui qui était encore un exilé politique il y a quelques années.  «Quand je l’ai écouté, dans la salle j’ai poussé un humm», a témoigné un journaliste qui a pu assister aux débats.

«Ils parlent comme des gens qui ont la mainmise sur tout,  qui font tout ce qu’ils veulent, qui n’ont peur de rien qui avancent avec arrogance exagérée», a ajouté le confrère. De son côté, le Président de l’Assemblée, Abass Bonfoh, a parlé de presse «sans conscience». Les débats auraient été un véritable réquisitoire contre la presse. Sans droit de réponse cette fois-ci.

En tout cas, ce n’est qu’une bataille de perdu. La lutte continue. Déjà plusieurs organisations de presse togolaises, appuyées par l’ONG internationale «Reporters Sans Frontières» (RSF), des organisations de presse du Burkina, continuent de dénoncer l’entreprise liberticide.

Le Togo a perdu quatre places dans le rapport 2013 de RSF. Le Comité international de Protection des Journalistes, dans son rapport 2013 publié la semaine dernière, à placé le Togo parmi les pays africains où la liberté de presse est menacée.

Loi sur la presse au Togo: Les associations de presse burkinabè soutiennent leurs confrères

Les organisations signataires du présent communiqué expriment leur désapprobation concernant le projet de modification de la loi organique n°2009-029 actuellement en discussion au Parlement. En donnant des pouvoirs de sanction trop importants à la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication, ce projet de loi met en danger la liberté de l’information au Togo et contrevient aux dispositions constitutionnelles.

L’article 26, alinéa 3, de la Constitution dispose en effet que «La presse ne peut être assujettie à l’autorisation préalable, au cautionnement, à la censure ou à d’autres entraves. L’interdiction de diffusion de toute publication ne peut être prononcée qu’en vertu d’une décision de justice». La Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication n’étant pas un organe juridictionnel, elle ne peut être habilitée à adopter des... sanctions à l’encontre des médias.

En outre, la suspension d’un média ou le retrait de son autorisation d’exploitation sont des actes graves qui doivent demeurer exceptionnels. Il est nécessaire de vérifier, au cours d’une procédure contradictoire, par des juges indépendants, si d’autres sanctions moins contraignantes sont possibles.

Les pouvoirs de sanctions attribués par ce projet de loi à la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication sont d’une telle gravité qu’ils ne peuvent être justifiés par aucune considération «d’urgence ou de manquement aux obligations légales». La Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication, qui «a pour mission de garantir et d’assurer la liberté et la protection de la presse», ne doit pas devenir une instance de censure.

Les organisations signataires du présent communiqué soutiennent la lutte de leurs confrères togolais regroupés dans différentes organisations.

Elles invitent le gouvernement togolais a retirer le projet de loi et à initier une consultation avec les organisations de presse pour débattre des violations des règles déontologiques.

L’Association des journalistes du Burkina Faso (AJB): Jean Claude MEDA

La Société des Editeurs de la Presse privée (SEP): Cherif SY

Le Syndicat autonome des travailleurs de l’Information et de la Culture (SYNATIC): Justin COULIBALY

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