Mardi, Septembre 18, 2018

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On n’avait pensé qu’il avait disparu de la sphère politique togolaise depuis qu’il a été contraint un matin de l’an 2006 à l’exil. Pendant au moins 5 ans, on n’avait plus entendu ses diatribes sur les ondes des médias. Pour beaucoup cette fois il va se taire pour de bon. Mais c’est mal connaître le tribun de l’opposition «constructive».

En tout état de choses, il n’a rien perdu de sa verve lorsqu’un de nos collaborateurs l’a retrouvé depuis son exil gabonais où il gère ses activités économiques. Il reste convaincu que le Togo mérite mieux que le régime de Faure Gnassingbé qui gère le pays. Le bilan de ce dernier dit-il, est «chaotique». Il dit avoir son pays chevillé au corps et compte bien entendu rentré dans peu de temps au bercail. Rencontre avec un autre «Olympio» qui ne mâche pas ses mots. Lecture

M. Harry OLYMPIO, bonjour!

Bonjour Cher ami.

Depuis 2006, les Togolais n’ont plus de vos nouvelles. Où êtes-vous ? Que devenez-vous ?

En effet, en février 2006 j’ai dû quitter précipitamment  mon pays. Le 26 février 2006, j’ai été informé par un officier supérieur de ce qu’une colonne de véhicules blindés faisait mouvement vers mon domicile. Les militaires qui étaient à bord des véhicules blindés auraient reçu pour instructions de tirer à vue ; en d’autres termes de m’assassiner.

C’est dans ce contexte que j’ai pris le chemin de l’exil afin de sauver ma vie. Comme vous le savez, un martyr,  même s’il peut demeurer une référence dans la mémoire collective, ne peut plus servir la cause de la démocratie. Les exemples sont multiples;  on peut citer, entre autres, celui de Tavio AMORIN, sauvagement assassiné sous le régime Eyadèma.

Pour votre gouverne, je suis installé au Gabon, pays de ma mère et je m’occupe de mes activités professionnelles.

Vous venez d’accorder une interview  à une radio de la place. Est-ce le signe d’un retour sur la scène politique togolaise ou simplement le cri de cœur d’un citoyen ?

Retenez qu’en dépit de mon absence prolongée sur le territoire national, mes yeux sont tournés au quotidien vers la scène politique togolaise. Sachez également que, en tout temps et en tout lieu, mon cœur porte le Togo dans ses tréfonds. Comprenez alors qu’au-delà d’un simple cri de cœur du citoyen que je suis, mon inébranlable volonté d’instaurer une véritable démocratie, dans un Etat de droit respectueux des libertés individuelles et collectives, me conduira bientôt dans Mon pays, la terre de nos aïeux.

Avant votre exil, vous étiez à la tête d’une formation politique, le RSDD. Qu’est devenu ce parti?

Comme vous le savez, au lendemain de mon départ pour l’exil, certains  de mes proches collaborateurs et militants ont été arrêtés  et torturés par les services de Faure. L’un d’entre eux, notamment feu Komlan  est mort en prison suite aux  tortures dont il a été victime.

Aussi, face à une telle situation et dans le souci de préserver l’intégrité physique et même la vie de mes militants et sympathisants, j’ai du me résoudre à prendre la difficile décision de mettre en standby les activités quotidiennes du parti.

Toutefois, j’ai demandé à mes militants et sympathisants de soutenir avec abnégation les actions de l’opposition. C’est pour cette raison que les militants du RSDD participent activement aux marches de protestation tant du  "Collectif Sauvons le TOGO" que celles de la "Coalition Arc-en ciel" ; ceci en attendant mon prochain retour au Togo.

Des jeunes de votre parti avaient été impliqués et interpellés dans une tentative d’atteinte à la sécurité nationale. Qu’en est- il?

Ces jeunes ont été injustement arrêtés, torturés, jugés, condamnés puis libérés.  Ils gardent, à ce jour, sur leurs corps et dans leurs esprits les marques indélébiles des souffrances qui leur ont été injustement infligées par l’actuel Ministre de la sécurité, j’ai nommé le Ministre YARK. Faut-il le rappeler, le Ministre YARK demeure à ce jour le cœur de la machine de torture du système répressif  de Faure, tout comme il l’a été  au temps de feu EYADEMA ; il est l’un des prototypes de criminels du régime Gnassingbé dont les mains sont couvertes du sang d’innocents togolais dont le seul crime est d’avoir combattu pour la démocratie au Togo.

Il semblerait qu’il existe un mandat d’arrêt contre vous. Allez-vous, malgré tout rentrer au pays un jour ? Et quand?

J’ai effectivement été informé de l’existence d’un mandat d’arrêt international qui aurait été lancé contre moi par les autorités togolaises.

Cependant, je constate simplement que je voyage à travers  plusieurs pays du monde.

Quant à mon prochain  retour au pays, je vous l’ai dit précédemment, je m’y prépare activement et je réserve la primeur  de la date de mon retour au Peuple togolais. Sachez et dites sur tout les toits qu’avec ou sans mandat d’arrêt je rentrerai dans Mon pays.  Je suis prêt pour affronter la justice de Faure. Je sais bien que la justice togolaise est inique et qu’elle a habitué l’opinion nationale et internationale à rendre une parodie de justice. Je ne me jette pas dans la gueule du loup mais aujourd’hui  plus que jamais je suis résolu et déterminé à me battre avec les armes du Droit et en toute légalité contre la dictature qui sévit au Togo depuis trop longtemps.               

La situation politique du pays est sensible. Depuis les évènements de 2005 suite au décès tragique de feu Eyadèma, la tension n’a cessé  d’être explosive. Les partisans de l’opposition battent le pavé en quête de plus de liberté, de démocratie et d’état de droit. Comment comprenez-vous que malgré l’espoir de l’arrivée  de  Faure GNASSINGBE qualifié de Président jeune, les togolais soient toujours si désespérés?

Avez-vous ressenti un quelconque espoir à l’arrivé de Faure au pouvoir? Que dis-je?  Après la confiscation du pouvoir par la force des armes orchestrée par Faure et ses acolytes? Croyez-vous vraiment que les conditions dans lesquelles Faure est arrivé au pouvoir pouvaient-elles induire  un quelconque espoir dans le cœur des togolais ? Avez-vous oublié les centaines d’hommes, de femmes et d’enfants qui sont tombés, au lendemain de la présidentielle de 2005, sous les balles meurtrières  de la dictature fraîchement amplifiée avec l’arrivée de Faure au pouvoir? Avez-vous également oublié que des femmes en grossesse ont été éventrées et des fœtus jetés à même le sol ? Avez-vous oublié que des bébés ont été jetés dans de l’huile bouillante? De même que d’autres enfants ont été enfermés vivants dans des congélateurs? Non! Sachez cher monsieur, que l’arrivée de Faure n’a jamais été porteuse d’espoir pour le peuple togolais.

Certes, Faure est jeune par l’âge mais son esprit de dictature est tout aussi vieux que l’âge qu’il porte. Il est né dans la dictature, il a été façonné dans la dictature de son père et il est totalement incapable d’opérer sa propre mutation pour devenir démocrate. Pour preuve, sous des prétextes fallacieux, il embastille les opposants, à l’instar de AGBEYOME Kodjo. Il use et abuse des moyens dilatoires pour ne pas appliquer des accords politiques susceptibles d’apporter des solutions aux multiples problèmes politiques du Togo et favoriser l’alternance du pouvoir.

En d’autres termes, Faure est un dictateur avéré qui, à ce jour, démontre à travers ses actes qu’il entend confisquer le pouvoir par tous les moyens, de même qu’il entend confisquer la Liberté du Peuple togolais. Il est donc aisé de comprendre le profond désespoir du Peuple togolais.

Le gouvernement à travers l’ambassade  des Etats-Unis au TOGO a initié un dialogue pour s’entendre sur un certain nombre de préalables avant la tenue des prochaines élections législatives. Le CST (Collectif Sauvons le TOGO) croit difficilement à une bonne volonté du pouvoir de faire aboutir une telle démarche.  Pensez-vous qu’il y ait une bonne raison de discuter avec le régime Faure GNASSINGBE aujourd’hui?

A la lumière des multiples accords politiques qui ont été signés entre le pouvoir politique et l’opposition depuis la conférence nationale jusqu’à ce jour, de multiples recommandations, à l’instar de celles formulées par les Nations Unies au lendemain de ce qu’il est convenu d’appeler les massacres de Faure, après les présidentielles de 2005, de même que les recommandations de la commission vérité justice et réconciliation présidée par l’Evêque BARRIGAH-BENISSAN et bien d’autres encore, on se rend bien compte que le pouvoir RPT ou RPT/UNIR s’est, de tout temps, servi des accords politiques pour diviser l’opposition et surtout pour renforcer le pouvoir dictatorial.  Dans ce contexte, je m’inscris volontiers dans les sillons du Collectif Sauvons le Togo et j’appelle l’opposition à une unicité d’action.

Cependant, il me semble tout aussi indispensable, et ce, dans le souci d’opérer une alternance du pouvoir sans effusion de sang et dans le respect des lois Constitutionnelles et Institutionnelles, de maintenir, sur le principe, le fil du dialogue.

Toutefois, il y a lieu de définir le contenu de la forme et du fond dudit dialogue. Je reviendrai sous peu, au cours d’une allocution que j’adresserai à l’endroit du Peuple togolais, sur ces aspects, somme toute, importants pour réussir un vrai dialogue.

Ceci dit, j’encourage fermement l’initiative de l’Ambassade des Etats-Unis au Togo et lui apporte mon total soutien. De plus, compte tenu des relations séculaires qui lient le Togo à la France, je souhaiterais une grande implication de l’Ambassade de France au Togo dans le processus de dialogue.

Vous aviez été proche de Faure GNASSINGBE lorsque tous deux vous étiez ministres sous son père. Quelles perceptions faites-vous de sa gouvernance depuis 2005?

Certes, nous avions été dans le même gouvernement, mais nous ne partagions certainement pas les mêmes valeurs démocratiques pas plus que nous ne partagions ni les mêmes idéaux ni les mêmes ambitions pour le Togo. J’en profite pour souligner qu’en dépit de ma présence au sein des gouvernements de feu Eyadèma, je n’ai jamais adhéré à la vision politique du RPT. Au contraire, j’ai été un farouche opposant à l’intérieur du système Eyadèma ; j’y ai mené un combat d’idées qui m’a valu tous les déboires que vous connaissez. Vous vous souvenez sans doute que j’ai été jeté en prison sous le fallacieux motif de «fabrication et détention d’armes de guerre» et j’ai été victime de plusieurs tentatives d’assassinat. Incompris par le passé de par ma présence au sein des gouvernements de feu Eyadèma, je me réjouis qu’aujourd’hui le Peuple togolais ait pris la juste mesure de mon combat pour l’instauration d’une véritable démocratie au Togo et pour l’avènement d’une Réconciliation du Peuple avec Lui-Même.

Ceci étant, un seul mot peut qualifier la gouvernance de Faure depuis 2005. Chaotique.

Vous parliez de rébellion armée lors de votre passage dans une émission sur une radio nationale togolaise. Précisez  votre pensée. Vous situez-vous dans une logique antirépublicaine ?

Assurément non. Ce qu’il faut retenir de mes propos c’est que les rébellions  armées que nous observons dans certains pays du continent ne tombent pas du ciel.  Elles sont au contraire la résultante des effets induits par une dictature. Dans la plupart des cas, lesdits effets induits sont caractérisés par des éléments tels que:

La prise et la confiscation du pouvoir par la force des armes,

Le refus de la démocratie, la spoliation et l’avilissement du peuple, l’embastillement des opposants et le refus de dialogue sincère,

Le maintien du peuple dans un état de pauvreté et de misère absolues,

Les frustrations accumulées par toutes les catégories du peuple y compris les militaires,

L’absence d’alternance du pouvoir etc.…

A y regarder de près, la situation politique togolaise contient en son sein tous ces éléments, et bien d’autres, précédemment cités ; c’est dire que les ingrédients d’une rébellion ou d’une déflagration généralisée se mettent en place au Togo.

Cependant, je me refuse d’inscrire mon action dans les affres d’une quelconque rébellion armée. Je crois au contraire à l’avènement d’une alternance politique qui s’inscrit dans un esprit républicain. L’alternance du pouvoir par les urnes demeure à mon sens la voie royale d’accès au sommet de l’Etat.

C’est pour cette raison impérieuse que je lance un appel aux Chefs d’Etat de la CEDEAO afin qu’ils usent de leur position et de leur influence pour infléchir la rigidité du régime togolais aux fins de favoriser et d’accélérer le processus démocratique au Togo et d’éviter toute forme de déflagration armée.  Je souhaite que Faure s’inscrive dans la même logique, dans la même vision. Cela est d’autant plus impératif que la sous région Ouest-Africaine est le théâtre de plusieurs rébellions qui apportent souffrance et misère aux populations. Vous l’aurez compris, j’inscris mon action politique dans une logique totalement républicaine.

Par ailleurs, dans l’hypothèse selon laquelle Faure et son régime n’effectueraient pas une mutation vers la démocratie, on ne pourrait, à la lumière de ce qui se passe dans les autres pays, exclure qu’un groupe de militaires exaspérés par les effets induits par la dictature, prenne les armes pour déposer le régime ou pour déclencher une rébellion. Dans cette hypothèse, Faure et son régime en porteraient l’entière responsabilité face au Peuple et face à l’Histoire.

Selon les rapports de plusieurs organismes internationaux, l’apport de la diaspora africaine est plus important que l’aide au développement. Au TOGO bien quel contribue largement au développement, la diaspora n’est en rien consultée et ne peut voter. N’est ce pas une tare liée au processus démocratique?

Vous évoquez un point important. En effet depuis les indépendances de nos pays il y a eu des vagues successives de flux migratoires partant du sud du Sahara vers les pays occidentaux ; on citera notamment l’Europe, l’Amériques du nord et depuis quelques années les pays de l’Asie.

C’est ainsi que des organismes internationaux ont relevé un apport économique important de la diaspora, de manière générale, vers le continent Africain.

Ceci étant, en ce qui concerne le cas particulier qui nous intéresse, celui du Togo, il est important de souligner que, outre l’Europe, l’Amérique du nord, l’Asie, les togolais depuis les années 1970 ont massivement quitté  le Togo au moment où le régime Eyadèma enracinait la dictature dans le paysage politique togolais. C’est ainsi qu’on retrouve dans plusieurs pays africains tels que, la Côte-d’Ivoire, le Ghana, le Gabon, le Sénégal, etc.…. d’importantes communautés togolaises.

On retrouve ainsi, des centaines de milliers de togolais qui vivent à l’étranger et qui constituent une diaspora très active dont l’apport dans le revenu national du Togo est estimé à plusieurs centaines de milliards de francs cfa par an.

A la lumière  de ces faits indéniables, je ne puis comprendre comment et pourquoi les autorités togolaises ont volontairement mis en marge la diaspora togolaise de la vie sociopolitique du Togo.

J’observe que, outre, la conférence nationale, la diaspora n’a jamais été associée à un quelconque dialogue politique pas plus qu’elle n’est associée, à ce jour, à l’ensemble du processus de démocratisation du Togo.

Aussi il est pour ma part inacceptable que les togolais vivants à l’étranger ne puissent voter, alors que la constitution de la République Togolaise  leur en donne un droit absolu en leur qualité de citoyen.

Nous comprenons tous aisément que ce déni de droit orchestré par le régime en place n’est rien d’autre qu’une manœuvre dilatoire savamment  élaboré, depuis l’époque de Eyadéma pour priver l’opposition des suffrages lors des consultations électorales. Dans ce contexte la mise à l’écart de la diaspora constitue indéniablement une tare relative à une évolution positive du processus de démocratisation.

Pour cette raison fondamentale, dans les prochains mois, j’entends mobiliser la diaspora autour du processus de démocratisation dans notre pays afin qu’elle y retrouve tous ses droits et toutes sa place. Il faut rappeler à l’endroit du régime togolais que la diaspora togolaise est partie intégrante du corps social national ; en cela elle est également partie intégrante du corps électoral.

2015 approche et tous les regards sont tournés vers la présidentielle. Harry OLYMPIO sera-t-il candidat ? A quel titre?  

Il me semble qu’en dépit du rythme des élections présidentielles défini par la constitution, le combat immédiat, et de loin le plus important, demeure celui de la mise en place de toutes les conditions devant garantir la transparence, la sincérité et la crédibilité de tout scrutin au Togo ; qu’il soit local, législatif ou présidentiel. Quant à mon éventuel candidature à la présidentielle de 2015, je ne puis l’envisager sans l’onction du peuple.

Seriez-vous présent dans les prochaines semaines dans la perspective des élections  législatives?

Cette décision ne m’appartient pas seul. Notre parti le RSDD se prononcera en temps opportun à la lumière des conditions d’organisation et de transparence liées à ces élections. Vous l’aurez ainsi compris, il est exclu pour le RSDD de cautionner une mascarade électorale. 

Quel message  avez-vous pour les togolais?

En direction du peuple togolais mon message  est le suivant : Chers  compatriotes, je vous sais asservis et avilis par l’une des plus cruelles dictatures du continent. La marche vers la démocratie est longue, difficile et périlleuse. Notre marche pour la démocratie est dans sa phase ascendante. Nous sommes ainsi entrain de gravir le premier versant de la montagne. Au cours de cette marche vers la liberté beaucoup sont tombés en chemin, d’autres croupissent dans les geôles de la dictature, d’autres encore, comme moi, on prit le chemin de l’exil.

Tous les réfugiés et tous les exilés, moi y compris, fouleront à nouveau la terre de nos aïeux. Ainsi ensemble et avec toutes les forces vivent nous entamerons la marche descendante de l’autre versant de la montagne en direction de la terre promise, celle de la Liberté, de la Paix, de la Démocratie et du Développement.

Chers compatriotes, nous sommes à l’aube d’un nouveau temps porteur d’espérance.

Vive le Togo et que DIEU bénisse le Togo.

Interview réalisée ce 05 mars 2013 depuis le Maroc

Par Innocent Sossou

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