Mardi, Octobre 23, 2018

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Pour protester contre la loi liberticide adoptée par les députés togolais, renforçant les pouvoirs de la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC), les journalistes togolais se sont levé comme un seul homme pour dénoncer ce qu’ils qualifient de forfaiture. C’est une loi inique et scélérate parce qu’elle viole l’article 26 alinéa 3 de la constitution togolaise qui stipule que:

«La presse ne peut être assujettie à l'autorisation préalable, au cautionnement, à la censure ou à d'autres entraves. L'interdiction ne peut être prononcée qu'en vertu d'une décision de justice.»

 

Non contents de cette décision inique, huit organisations de défense des droits des journalistes ont appelé les journalistes à des manifestations contre cette loi anticonstitutionnelle. Les manifestations ont donc débuté le mardi 12 mars dernier avec une journée presse morte largement suivie, le mercredi avec le port de la couleur rouge et ce  jeudi 14 mars 2013 avec un sit-in en face de la Présidence de la République pour exprimer leur mécontentement.

Tôt ce jeudi matin donc, les abords de la Présidence de la République ont été quadrillés par les forces dites de l’ordre et de sécurité. L’officier chargé du détachement ordonnent aux responsables Augustin AMEGAN et Ferdinand Messan AYITE de demander aux confrères à vider les lieux. Ces deux responsables ont informé ce dernier de ce que ladite manifestation a sa raison d’autant plus que le président de la délégation spéciale de Lomé, Fogan ADENYON, a été informé comme le recommande la loi. L’officier n’a pas voulu comprendre et a laissé entendre que le président de la délégation spéciale a souhaité qu’on se réfère au ministère de la sécurité. Niet, répondent les organisateurs qui ont indiqué que la loi ne dit pas de se référer au ministre de la sécurité mais plutôt au président de la délégation spéciale.

Ce dernier oblige son détachement à repousser les journalistes. Un bras de fer commence. Les journalistes se sont éparpillés et se sont retrouvés en face de la Présidence de la République. Les chants patriotiques ont commencé par retentir. Les slogans hostiles au président de la HAAC, Kokou Biossé TOZOUN, au Ministre de la communication Djimon ORE et au président de l’Assemblée nationale, Abass Bonfoh. Il a réitéré sa demande aux journalistes de vider rapidement les lieux. Les journalistes ont refusé d’obtempérer et ont exigé qu’ils soient reconnus dans leur droit. L’officier donne l’ordre de disperser les journalistes. A bout portant, les journalistes ont été visés par des tirs de gaz lacrymogènes et chargés. La méthode forte a été de nouveau utilisée. Dans la foulée, les argousins blessent au moins trois journalistes dont un gravement, Amavi Younglove Agbéboua, évacué d’urgence au CHU de Tokoin où il est opéré au menton. Les deux autres journalistes ont aussi été évacués mais se trouvent hors de danger.

Malgré la furie policière, les journalistes ont tenu le sit-in. Augustin AMEGAN a remercié les manifestants et expliqué le bien fondé de la manifestation. Il a une fois encore précisé que l’adoption de cette loi renforçant les pouvoirs de la HAAC est une violation de la constitution en son article 26 alinéa 3. Les journalistes ont reçu le soutien de Me Zeus Ata Messan AJAVON, l’un des constitutionalistes qui ont écrit la constitution du Togo. « Je viens ici au nom du Collectif Sauvons le Togo dont fait partie SOS journaliste en danger, dont fait partie JDHO et qui sont ici en train de manifester. Donc il est de mon devoir de venir soutenir cette lutte. Augustin (Amégan) vient de dire que j’ai été de ceux qui ont rédigé la constitution togolaise. C’est exact. J’ai été au HAC pour soutenir cette constitution. Et ce que je puis vous dire à l’article 26, c’est qu’on ne puisse jamais porter atteinte à la liberté d’expression par voie de surpression et par voie d’interdiction temporaire ou définitive ou provisoire que par voie de justice. C’est ce que dit la constitution et c’est clair. Toute modification ou toute autre disposition est contraire à la constitution », a déclaré le constitutionnaliste togolais. C’est suite à cela que les professionnels des médias sont retournés en face de la présidence de la République et ont achevé la manifestation sous l’œil goguenard de ces forces dites de l’ordre et de la sécurité. Un rendez-vous est prévu cet après-midi à 15 heures à la maison de la presse pour une concertation entre journalistes.

Nous y reviendrons.

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