Dimanche, Décembre 16, 2018

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Déclaration relative à la situation sociale, économique et politique au Togo

La Communauté Togolaise au Canada (CTC) constate avec grande amertume, une dégradation notable de la situation sociale, économique et politique au Togo depuis le début de l'année 2013.

En janvier 2013, il y a eu les incendies des grands marchés de Kara et de Lomé qui ont engendré un véritable cataclysme économique, puisque ces deux centres commerciaux constituent de véritables poumons de l'économie togolaise. Des dizaines, voire des centaines de milliers de personnes, surtout des femmes, ont tout perdu. À la suite de ces incendies qui ont été qualifiés de criminels, les autorités togolaises ont diligenté des enquêtes. Des experts français, sollicités par le gouvernement togolais, ont élaboré un rapport d'enquêtes sur les incendies. L'opposition et des associations de la société civile réclament la publication de ce rapport d’enquête, alors que le gouvernement ne juge pas nécessaire de le faire.

 

Entre temps, plusieurs opposants politiques ont été interpellés et accusés d'être les commanditaires de ces incendies. Des leaders de l'opposition ont alors été inculpés et certains ont été incarcérés. Les principaux partis politiques de l'opposition ont dénoncé vivement ces arrestations qu'ils ont qualifiées d'arbitraires, et des manifestations sont régulièrement organisées depuis lors pour protester contre les actes de torture dont seraient victimes les personnes interpellées et pour réclamer leurs libérations. Une des personnes incarcérées, M. Emmanuel Yakanou, est décédée récemment. Les membres de sa famille, des partis de l'opposition et des ONG comme Amnesty International, rendent les autorités carcérales responsables de sa mort qui serait survenue par suite de mauvais traitements et de refus de ces autorités de lui prodiguer les soins appropriés.

En plus de cette situation tragique des incendies et du traitement qui en a résulté, le climat social et économique au Togo connait divers autres soubresauts, en autres:

- Certains syndicats organisent depuis plusieurs semaines des manifestations et des grèves pour dénoncer les conditions des travailleurs togolais et pour soumettre des revendications. Un jeune élève a été tué par un policier au cours de l'une de ces manifestations. Un adolescent est aussi décédé après avoir pris part à une manifestation. Les syndicats et les partis de l'opposition ont attribué son décès aux traitements inhumains que lui auraient infligés des éléments des forces de l'ordre, alors que le gouvernement a indiqué qu'il est mort suite à une contusion de l'abdomen et une perforation de l'intestin grêle. Des discussions et des séances de négociation ont été initiées entre les syndicats et les autorités gouvernementales, mais les deux parties ne sont pas jusque-là parvenues à un accord concret, et les syndicats menacent de perturber des examens de fin d'année.

- Les étudiants des universités du Togo ont aussi entamé diverses manifestations au cours desquelles ils ont accusé le gouvernement de ne pas appliquer les accords signés depuis plusieurs mois pour améliorer leur sort. Des accrochages violents ont eu lieu entre les forces de l'ordre et les manifestants, et des étudiants ont été arrêtés. Certains ont été rapidement traduits en justice, puis libérés dans un souci d'apaisement, selon le gouvernement.

Aussi, la perspective des élections législatives rend également la situation politique très tendue au Togo. En effet, le nouveau code électoral élaboré par le gouvernement est dénoncé par des partis de l'opposition, qui critiquent aussi le nouveau découpage électoral. Ces partis politiques ainsi que des associations de la société civile réclament l'instauration préalable d'un dialogue entre les acteurs politiques du Togo pour pouvoir régler divers points de désaccord, alors que le gouvernement et les partis qui le composent optent pour une organisation prochaine des élections législatives. La Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) est boycottée par des partis de l'opposition qui n'approuvent pas sa composition, mais celle-ci a fixé récemment, avec seulement quelques jours de délai, le dépôt de candidatures entre le 3 et le 10 juin, alors que la date des élections n'était même pas encore connue. La date du 21 juillet a été finalement annoncée ce 7 juin par le gouvernement, et la clôture des dépôts de candidatures a été repoussée au 16 juin. Mais des partis de l'opposition refusent encore de prendre part à ce processus.

La Communauté Togolaise au Canada (CTC) est donc vivement préoccupée par la situation dramatique dans laquelle s'enlise le Togo, ainsi que par les réponses apportées jusque-là par les dirigeants à cette crise sociale, économique et politique. Elle condamne tout acte qui soit aux antipodes de la promotion de la démocratie et de l’État de droit. Elle dénonce la répression aveugle de manifestations, les interpellations et détentions de citoyens, qui semblent obéir à des intérêts politiques plutôt qu'à de réelles considérations judiciaires.

La situation actuelle du Togo est très inquiétante et augure des lendemains très sombres. Convaincue que le climat socio-politique de la période pré-électorale est la mère du climat post-électoral, la CTC lance un appel pressant à toute la classe politique togolaise pour l'organisation d'un dialogue franc et sincère qui permette d'organiser les prochaines élections (locales, législatives puis présidentielles) sur des bases saines et consensuelles. Elle rappelle que seule une démocratie participative, une alternance au pouvoir et l’écoute des aspirations profondes des populations sont garantes d’une gouvernance saine et source de prospérité pour la Terre de nos Aïeux.

De façon concrète, la Communauté Togolaise au Canada (CTC):

1- Exhorte le gouvernement à prendre rapidement les mesures appropriées pour que:

- Les libertés individuelles de manifestation et d’association soient garanties;

- L’intégrité des personnes physiques et des biens privés soit effective;

- Des preuves concrètes soient apportées pour justifier les interpellations liées aux incendies des marchés de Kara et de Lomé, ou alors que les personnes interpellées soient tout simplement relâchées et rétablies dans leurs droits;

- Le rapport des experts français sur les incendies soit publié;

- Des réponses idoines soient apportées aux doléances des travailleurs togolais;

- Les accords conclus avec les mouvements étudiants soient appliqués.

2- Appelle la communauté internationale principalement l’ONU, l’Union Africaine, l’Union Européenne, le Canada, les États-Unis, la Francophonie, les organisations de défense des droits humains et tous les partenaires au développement, à apporter leur soutien franc, sincère et concret au peuple togolais qui aspire, légitimement, à la démocratie, la paix et à son bien-être.

La Communauté Togolaise au Canada (CTC), pour sa part se dit disposée à contribuer, de façon pacifique et tangible, à la recherche de solutions durables pour le bien des populations togolaises.

Fait à Montréal, le 9 juin 2013

Pour la CTC,

Le Président du Conseil d'administration,

Celse Kafui Amédin, PhD

presidence@ctc-togo-canada.ca

AMPLIATIONS

- Présidence de la République du Togo

- Primature du Togo

- Ministère des Affaires Étrangères et de la Coopération du Togo

- Secrétaire Général de l’ONU

- Union Africaine

- Délégation de l'Union Européenne au Canada

- L'Honorable Stephen Harper, Premier Ministre du Canada

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- Ambassade d’Allemagne au Canada

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- Autres représentations diplomatiques au Canada

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