Lundi, Décembre 17, 2018

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Dans la quête d’une solution durable à la sempiternelle crise politique togolaise qui n’a que de cesse de durer, le groupe de réflexion dénommé «LES PROPOSANTS» est arrivé à la conclusion que seule une «PRESIDENTE TOURNANTE» à la tête de l’État à travers les cinq régions économiques du pays, sur la base d’un accord de toute la classe politique togolaise est la seule et unique solution pour sortir le Togo de l’ornière.

D’emblée cette vision des choses a le mérite de poser sous un certain angle le débat ethnique qui couvre en partie la crise politique togolaise. L’autre constat est qu’il l’y réduit totalement d’ailleurs et du coup ignore superbement les autres paramètres qui ne sont pas moins primordiaux et qui sont, aujourd’hui, les véritables enjeux parce qu’entre temps beaucoup d’eaux ont coulé sous le pont. La question est de savoir si la crise togolaise est purement ethnique ou politico-économico-sociale?

 

AU COMMENCEMENT ETAIT…

La crise politique actuelle n’est que la résultante de la cassure politique intervenue dans le règne sans partage du Gal. Gnassingbé Eyadèma depuis avril 1967 jusqu’au début des années 90 et celle intervenue avec sa mort en mai 2005 qui a vu son fils lui succéder sans autre forme de procès, nonobstant les principes républicaines.

Pour mémoire, le 05 octobre 1990 fut le début de la contestation du régime RPT, matérialisé par un homme, le Gal. Gnassingbé Eyadèma qui a constitué autour de sa personne un « système » tentaculaire mais dont lui seul détient les manettes. Et ce système était constitué dans le premier cercle des membres de son ethnie, ensuite ceux des autres composantes ethniques du Nord du pays et enfin toutes les autres pour donner un semblant de mélange ethnique au pouvoir. C’est cela qu’un certain étudiant Nayone avait peint à la Conférence nationale souveraine de 1991 en disant « …Pya, c’est le Vatican, la Kozah c’est Rome et tout le reste du pays c’est l’Italie ». Ne pas comprendre les choses de cette manière, c’est nier cette évidence que la réalité du pouvoir était dans ses mains et de celles de ses « frères ethniques » autour desquels gravitent un aréopage de courtisans de tous bords. Cette dérive auto-centriste était, au commencement, le ferment de la contestation de son régime que les Togolais croyaient, à tort bien sûr, n’avoir d’yeux que pour les « gens du Nord ». Une fausse perception et très réductrice du débat politique car le Nord du pays souffre autant des affres du pouvoir RPT que le Sud. C’est même plus accru aujourd’hui d’autant plus que le même régime qu’on croit faussement bénéfique aux Togolais du septentrion les réprime plus durement quand ils ont des appétences de contestation.

Son fils Gnassingbé Faure qui lui a succédé à sa mort en 2005 dans les conditions qu’on sait, malgré son vœu de «lui c’est lui, moi c’est moi», n’est jamais parvenu à faire disparaître les stigmates du règne sans partage de son père. Au contraire, on assiste en sus de son lourd legs, à un durcissement sans pareil dans sa gestion du pays. Il ne parle presque jamais mais est arrivé à écarter tous les amis de trente ans de son défunt père qu’on désignait de «Barons du RPT», cisaille au sens propre comme au figuré le RPT au profit de son nouveau parti, UNIR, embastille à tout vent ceux qui, hier, étaient considérés comme les pilonnes du régime et à la fin tous ceux qui lui ont tourné le dos pour l’opposition.

Voilà pour le bref aperçu nécessaire pour planter le décor et surtout pour arriver, à travers le constat qu’il ne fait pas de quartier quelle que soit l’origine ou l’appartenance ethnique de celui qu’il considère comme opposé à son règne.

LES NOUVELLES CONTINGENCES

A quelque chose, malheur est bon dit-on. Le plus bénéfique gain de la durée de la crise politique togolaise est qu’il a permis de comprendre, comme nous le disions tantôt, que le pouvoir des Gnassingbé de père en fils, permettons nous cette perception, broie tous ceux qui s’oppose à lui sans distinction d’appartenance ethnique. Des événements successifs ont fait que la contestation du régime connaît aujourd’hui l’arrivée de nouveaux opposants qu’on aurait pas imaginé il y a quelques années. Abass Kaboua, le président du Mouvement des Républicains Centristes (MRC), un ancien affidé du pouvoir RPT et son parti, un appendice du parti RPT milite aujourd’hui dans les rangs du Collectf «Sauvons le Togo». Idem pour l’ex Chef d’Escadron de Gendarmerie Olivier Poko Amah, Président de l’Association des Victimes de la Torture (ASVITO), ancien patron du service de Renseignement et d’Investigation (SRI). On peut ajouter à cette liste Me Abi Tchessa et son parti le Pacte Socialiste pour le Renouveau (PSR), le Prof Aimé Guogué et sa formation l’Alliance de Démocrates pour le Développement Intégral (ADDI) et de nombreux anonymes. On retrouve aussi au sein de la Coalition «Arc-en-ciel» de tels ralliements. La particularité de ces nouvelles adhésions à l’opposition, ce sont tous des «gens du Nord». Cela a son sens dans la problématique que nous voulons trancher.

«LA PRESIDENCE TOURNANTE»

Il y a donc aujourd’hui ces nouvelles contingences qui font que réduire le débat politique au Togo à un débat ethnique relève d’une courte vue de l’esprit qui annihile et les partis politiques qui ont le mérite, suivant leur Charte, d’avoir une imposition de la multi ethnicité dans la composition de leurs membres fondateurs, l’élan de solidarité qui s’observe à travers tout le pays à cause des liens de mariage et des interpénétrations sociales et enfin la grogne générale qui semble avoir pour point culminant le Nord Togo.

A supposer que les acteurs politiques optent pour une présidence tournante, que deviendront les partis politiques et comment se fera la désignation de « l’heureux élu de l’heureuse région » quand on sait que cette dernière ne regorge pas que d’une seule entité ethnique au sein de laquelle tous ont les mêmes envies et les mêmes visions au même moment? Ce serait un véritable casse-tête chinois plus pernicieux que ce qui se passe actuellement.

Plus grave, une telle initiative favoriserait le repli ethnique à outrance au moment où le choix tomberait sur telle ou telle autre région. «C’est notre tour!» se dirait-on et bonjour les dégâts. Parce que quand «c’était votre tour vous m’avez mordu les oreilles, maintenant que c’est nous…». Terrible n’est-ce pas ce simple exercice de fiction? On ne ferait plus la politique mais la guerre. D’ailleurs la présidence tournante a été expérimentée à côté de chez nous, au Dahomey avec une hydre à trois têtes : Ahonmadégbé, Apity, Maga. Elle a été une véritable anarchie qui n’a permis qu’à un certain Mathieu Kérékou, un adepte de Karl Marx et de Lénine, de prendre le pouvoir par un coup d’État et de transformer le Dahomey en «République Populaire du Bénin (RPB)» avant que les forces vives béninoises ne le ramenèrent sur terre et à la raison au début des années 90.

LES VERITABLES ENJEUX ACTUELS

Ce qui fait véritablement problème aujourd’hui, ce n’est ni un repli ethnique ni régional. On peut faire tourner la présidence togolaise à travers toutes les régions du Togo, si le « système » RPT/UNIR n’est pas anéanti, on fera du marcher sur place.

La première vérité est que le pouvoir RPT/UNIR n’a pas intégré dans son fonctionnement le paramètre «ALTERNANCE». Il fonctionne à ce propos en «MODE SANS ECHEC». C’est le vrai défi à relever. Faire comprendre aux affidés de ce regroupement politique que le Togo, ce n’est pas leur bazar personnel et que l’armée togolaise doit être républicaine et non seulement sous leur coupole.

L’autre grande vérité est l’emprise d’une seule famille et de ses alliées sur le Togo. C’est l’accaparement par celles-ci, à son seul profit, de toutes les richesses du pays.

C’est le durcissement de la répression politique, de l’intolérance, de l’accroissement de la gabegie.

C’est le manque flagrant d’orthodoxie budgétaire, de traçabilité des recettes de l’État.

C’est le manque flagrant de volonté dans la résolution des crises sociales à répétition, du chômage endémique qui sévit au Togo.

Bref, c’est que certains mangent à satiété alors que d’autres ne trouvent même pas des miettes.

Voilà les véritables enjeux du Togo.

Jean-Claude Abalo

Commentaires  

 
0 #3 kouelambou bernard 17-06-2013 12:10
Comblé par les arguments soutenus de l'auteur, je n'ai plus grand chose à dire à ces "proposants" qui font des propositions dignes de gens qui font le noviciat.
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0 #2 Sakponou georges 15-06-2013 16:00
M.Jean-Claude Abalo vous etes bon! j'ai besoin de votre adresse Email. Merci!
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0 #1 The Acktivist 13-06-2013 12:47
Article très intéressant. La présidence tournante n'est pas la solution. Nous n'arrivons pas à organiser des élections démocratiques avec le respect des résultats. Comment arriverons-nous à organiser une présidence tournante ?
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