Lundi, Juin 25, 2018

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Un an après son élection démocratique avec 51,73% des voix, l’islamiste des «Frères musulmans», la puissante confrérie des Salafistes égyptiens, Mohamed Morsi a été déchu de ses fonctions de Président de la République d’Égypte par l’armée sous l’impulsion de la population rassemblée depuis quelques jours à la place Tahrir pour crier son ras-le-bol.

C’est dans une allocution télévisée que le Ministre de la défense et Chef d’État-major de l’armée, le Général Abdel Fattah Al Sissi, entourés de chefs religieux et du leader de l’opposition Mohamed El-Baradei, a annoncé autour de 21 heures (19 heures temps universel) sur la télévision égyptienne, la suspension de la Constitution et la destitution de Morsi. Il annonçait par la même occasion que le Chef de l’État déchu sera remplacé par le Président de la Cour Constitutionnelle  Supérieure qui prêtera serment le jeudi 04 juillet 2103.

Ultimatum, «feuille de route» et «coup d’État»

L’armée a mis sa menace à exécution, 48 heures après avoir lancé un ultimatum à Morsi de «satisfaire les revendications du peuple» quitte à imposer «une feuille de route».

La feuille de route de l’armée comprend un gouvernement de  transition qui aura pour rôle de former  «un comité chargé d'examiner les propositions d'amendements constitutionnels». Le général Al Sissi préconise également un gouvernement regroupant «toutes les forces nationales», «doté des pleins pouvoirs» et  sera chargé de «gérer la période actuelle». Le Chef d’État-major de l’armée a aussi promis l’organisation d’ «élections anticipées».

A l’annonce de cette destitution, la célèbre place Tahrir, haut lieu de la contestation égyptienne, exulte. Des feux d’artifices ont été tirés lorsque l’armée a donné ordre ne pas laisser sortir du pays le président Morsi, ses principaux collaborateurs, dont le Guide suprême de la puissante confrérie des  «Frères musulmans» Mohammed Badie et son numéro 2 Khairat al-Chaterdes.

«Tous les suspects impliqués dans l’affaire des évasions de la prison de Wadi Natroun en 2011, dont le président Mohamed Morsi et plusieurs dirigeants des Frères musulmans, sont sous le coup d’une interdiction de quitter le territoire conformément à une décision de hauts responsables de la sécurité» a confirmé une source proche des forces de sécurité. La même source a confirmé le déploiement de l’armée dans les rues du Caire et qui a bloqué l’accès des quartiers Sud de la capitale égyptienne, lieu de rassemblement des pro-Morsi.

Sur son compte Twitter, Mohamed Morsi dénonce un «coup d’État» et appelle ses partisans à «résister pacifiquement». «Les mesures annoncées par le commandement des forces armées représentent un coup d’État complet, rejeté catégoriquement par tous les hommes libres de notre pays» a-t-il écrit.

L'armée n'a constitutionnellement pas le pouvoir de destituer les autorités civiles du pays. Pour contrecarrer les accusations de coup d'Etat militaire, elle s'est associée à un éventail de forces politiques, civiles, religieuses et populaires pour fonder la légitimité de cette action. Elle s'appuie sur l'argumentaire de la volonté du peuple et des diverses forces qu'elle a réunies, ainsi que des risques de guerre civile, pour justifier sa décision.

Prix d’un entêtement et d’un «islam politique»

Dès son arrivée au pouvoir, Mohamed Morsi n’a pas arrêté de prendre des mesures impopulaires sous l’impulsion des «Frères musulmans». La Constitution placée sous le sceau du Coran est considérée par nombre d’Égyptiens comme une «islamisation» d’un pays resté laïc depuis Nasser. Les conditions de vie sont décriées par les populations qui dénoncent la cherté de la vie, la faiblesse du pouvoir d’achat et l’augmentation du chômage. Le désespoir a fait place à l’espoir né du renversement de Moubarak.

Ajoutée à cela une radicalisation de l’opposition rassemblée dans le Front du Salut National (FSN) et surtout de sa gauche qui n’entend plus prendre langue avec Morsi, les opposants ont haussé le ton et mobilisé leurs partisans.

Devant cette grogne, Mohamed Morsi refuse d’écouter cette colère du peuple et se retranche dans son QG entouré de sa garde présidentielle. De là, il se déclare «prêt à verser son sang pour la nation». «La légitimité est ce qui nous protégera de la violence», a affirmé Morsi. «Légitimité, Constitution, élection. Légitimité, Constitution, élection», a-t-il scandé à plusieurs reprises, appelant les Égyptiens à s'unir «contre les ennemis extérieurs» plutôt que de sombrer dans la guerre civile. «Je ne laisserai personne attaquer la légitimité», a-t-il menacé.

Pendant ce temps six de ses principaux ministres quittent un navire pris en pleine tempête et qui allait bientôt chavirer. Les rares mesures d’apaisement qu’il a annoncé sont tombées dans les oreilles de sourds. La place Tahrir ne désemplit plus. La résultante en est son dépôt par l’armée.

Réaction mitigée de la communauté internationale

Washington a eu une réaction mitigée. A la Maison Blanche, on se dit attentif de la situation avant d’adopter une position claire. Un peu plus tard, les États-Unis annoncent par mesure de prudence, une suspension de son aide à l’Égypte. Une aide chiffrée à des milliards et dont le grand bénéficiaire reste l’armée.

Du côté de Paris, c’est Laurent Fabius qui a réagi au nom de la France en prenant «acte» de cette destitution de Morsi tout en écrivant un peu avant sur son compte Twitter que «Mohamed Morsi avait été élu démocratique».

Quelles conséquences pour la région et le reste de l’Afrique?

Il est indéniable que ces radicaux islamistes sont portés au pouvoir au cours d’un scrutin démocratique. Mais très vite les populations ont déchanté  par la radicalisation de leurs discours et de leurs comportements.

En Tunisie, ce sont les Salafistes qui tiennent aussi les rennes du pouvoir. Il y a quelques mois des milliers de Tunisiens avaient contesté la légitimité de ses dirigeants, manifestant des jours durant pour appeler à une deuxième révolution.

En Algérie, l’agonie de Bouteflika ne va pas contribuer à calmer des populations déjà très remontées et qui en douce, caressent le rêve d’emprunter le pas à leurs voisins de la région. D’ailleurs l’opposition entend rééditer l’exploit du Front islamique du Salut (FIS) arrivé au pouvoir à l’issue d’élection démocratique, avant d’être chassé par l’armée.

La Libye est un champ de ruine où islamistes, milices et ce qui reste de l’armée se battent pour le contrôle du pays après l’assassinat suite à une révolution populaire, de Mouammar Khadafi le satrape libyen qui, des décennies durant, dirigea son pays d’une main de fer. Et l’implication des Occidentaux dans la révolte des Libyens contre celui qui était leur Guide, n’a apporté que désolation et souffrance, contrairement à l’esprit de démocratie et de liberté qui avait sous-tendu une intervention militaire.

Quand on descend un peu plus vers le sud du continent, le doute d’un lendemain incertain est à prendre au sérieux. Surtout avec la prolifération des armes lourdes à travers tout le désert du Sahara allant des confins du Mali, jusqu’aux portes de Niamey, de Ouagadougou et de Ndjamena.

Sachant que dans ces pays jusqu’à leurs voisins du littoral, à quelques exceptions près, ce sont des régimes autocratiques et fermés à tout vent de liberté et de démocratie qui y sont légions, le pire est à craindre.

Déjà que des grognements se font sentir depuis des années au Burkina-Faso, au Togo, au Tchad, où l’opposition est appelée à la fermer quitte à voir ses leaders embastillés, si ce n’est qu’ils sont assassinés. Un sursaut révolutionnaire à l’égyptienne dans ces pays n’est pas à épargner, malgré le fait que les pouvoirs de Faure Gnassingbé, Blaise Compaoré, Idriss Déby Itno et consorts reposent sur la force brute des armes.

La deuxième révolution égyptienne que d’aucuns qualifient déjà de «Révolution d’été» ou «vent d’été» va-t-il souffler jusque dans les pays subsahariens pour dégager les dictatures qui se croient indéboulonnables? Les jours à suivre nous édifieront.

Innocent Sossou, etiame.com























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