Mardi, Septembre 18, 2018

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Elle était dans la ligne de mire des ennemis de la liberté de presse et leurs bras agissants dans les institutions de régulation des médias, c’est un secret de Polichinelle, et ils y sont finalement parvenus. Légende FM, cette station de radio prisée de la capitale est fermée pour… un (01) mois.

Une éternité sans doute pour les amoureux des éditions du journal, des émissions débats dont celles de Tata Angèle sur cette chaine de radio devenue une compagne de tous les jours pour nombre de Togolais épris de liberté et de démocratie sur la terre de nos aïeux. Mais, visiblement non satisfaites de bâillonner cette radio pour trente (30) bons jours, des mains noires s’activent dans l’ombre pour prolonger son silence et le faire durer à jamais.

 

Une radio résolument engagée pour l’encrage de la démocratie

La nouvelle de la fermeture a surpris plus d’un fidèle de cette station radio que d’aucuns qualifient de «RFI du Togo», non sans raison. Il s’agit bien de la chaine de pointe dans la fourniture de l’information et engagée résolument pour l’encrage de la démocratie au Togo, fruit de la passion pour le métier de journaliste et du dévouement de la jeune et dynamique équipe qui la pilote - n’en déplaise aux jaloux de leurs acquis. L’ultime preuve a été fournie le jeudi 25 juillet dernier, jour du scrutin législatif.

Une émission «Spécial Élections» était en effet créée et les journalistes déployés un peu partout dans les centres de vote à Lomé et appelaient en direct pour partager avec l’opinion les différents constats, souligner éventuellement les manquements, histoire d’aider les décideurs à les corriger pour un scrutin régulier. L’initiative a été justement louée vendredi par le Collectif «Sauvons le Togo» au cours d’une conférence organisée au lendemain du scrutin. Et à en croire Me Célestin Agbogan, membre d’une Commission électorale locale indépendante (Céli), elle leur a permis de corriger un manquement dans un centre de vote relevant de leur juridiction.

L’audience de la chaine ce jeudi 25 juillet est indéniable, et l’illustration était le déferlement des populations de Lomé à la radio, suite à l’alerte donnée par l’animatrice de l’émission qui passait en direct, Tata Angèle, sur le débarquement des corps habillés, sur ordre du ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités locales, Gilbert Bawara, pour la fermer et emporter l’émetteur, et leur détermination à s’y opposer à tout prix.

La nouvelle de la fermeture de la radio a surpris les Togolais, disions-nous, puisque la tentative de ce jeudi avait échoué, grâce à la mobilisation des populations. Il a fallu l’intervention une fois de plus de Mgr Nicodème Barrigah et du Coordonateur du Cst, Me Zeus Ajavon, pour rabaisser la tension et faire rebrousser chemin aux éléments envoyés sur les lieux. Et en plus dans la soirée, les Togolais ont entendu un communiqué d’apaisement de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac), en tout cas qui ne laissait rien présager des intentions cachées, concluant simplement à un appel «une fois encore au professionnalisme et au sens de responsabilité des journalistes et des médias en cette période délicate et décisive de la vie politique nationale»; mais aussi du Coordonateur du Cst, Me Zeus Ajavon qui a laissé entendre qu’après vérification, les informations données par la radio – des indiscrétions sur un vote au domicile du chef quartier de Nyékonakpoè, Ndlr – «se sont révélées sans fondement», et appelé au calme. Une sortie interprétée, à tort ou à raison, comme ayant tendu la perche aux ennemis de la radio pour la bâillonner.

Une litanie de motifs, preuve de l’acharnement

Visiblement, l’alerte au sujet du vote allégué au domicile du chef quartier de Nyékonakpoè n’aura été qu’un alibi pour fermer la radio. Car c’est une pile de raisons qui sont invoquées dans la décision N°007/HAAC/13P de la Haac datée du 25 juillet et portant «suspension pour un (01) mois de l’Autorisation d’Installation et d’Exploitation de Radio Légende FM».

Pêle-mêle, il lui est reproché d’avoir: «poursuivi les 24 et 25 juillet 2013 les émissions de propagande électorale sur ses antennes, en violation de l’article 68 du Code Électoral qui dispose: «La campagne électorale est déclarée ouverte quinze (15) jours francs avant la date du scrutin. Elle s’achève vingt-quatre (24) heures avant le jour du scrutin. Nul ne peut, par quelque moyen que ce soit, faire campagne en dehors de la période règlementaire»; diffusé «de fausses informations sur un prétendu bourrage des urnes dans certains bureaux de vote du pays alors que ceux-ci n’étaient pas encore ouverts» dans l’émission «Spécial Élections» où il y eut «une répétition d’allégations inexactes et susceptibles de perturber le bon déroulement du scrutin», en violation de l’article 4 du Code de Bonne Conduite qui invite le journaliste à donner aux faits leur véritable portée et à éviter l’exagération; «ouvert ses antennes au représentant d’un parti politique en compétition, ceci en violation des textes règlementaires régissant la période électorale».

La Haac est allée bien loin dans le temps pour exhumer d’autres griefs. Kokou Tozoun et les siens disent que Légende FM a «fait le choix délibéré depuis 2011 de passer outre les textes législatifs et règlementaires»; parlent d’inobservation des recommandations à elle faites suite aux «multiples dérapages relevés sur cette Radio en 2011», par «une démarche pédagogique». Ils évoquent par ailleurs le non respect d’une ordonnance du 17 juillet 2012 rendue par le Président du Tribunal de Lomé suspendant deux programmes de la radio.

On le voit bien, c’est presque toute l’existence de la radio qui est parcourue par la Haac dans cette décision, preuve ultime qu’elle était depuis fort longtemps dans la ligne de mire des ennemis de la liberté de presse. Et l’aubaine a été fournie dans le cadre de ces élections de la bâillonner.

Des manœuvres pour faire perdurer la fermeture

C’est constant qu’aucune œuvre humaine n’est parfaite, et il est fort évident que Radio Légende, tout comme le journal Liberté ou tout autre organe, faute parfois et appelle au châtiment de la Haac. Les fautes professionnelles, les dérapages, les violations de l’éthique et de la déontologie, c’est toute la presse qui les fait. Mais il est loisible de constater que c’est seulement envers une certaine catégorie d’organes ou de journalistes qu’elle est très prompte. Il s’agit de celle qui a choisi de dénoncer les travers de la gouvernance Faure Gnassingbé.

Non seulement elle est contrainte de s’autocensurer, mais en plus elle est constamment convoquée pour un oui ou un non par Kokou Tozoun et les siens et assignée en Justice, et parfois sur instigation des dignitaires de l’institution chargée de protéger la liberté de la presse. Les organes et journalistes qui louangent le Prince à longueur de journée, eux, sont adoubés. Dans des émissions sur d’autres radios et des colonnes de journaux, des leaders de l’opposition sont constamment passés à la moulinette et des fautes plus graves sont commises. Mais Kokou Tozoun et les siens restent aphones et laissent faire. Les exemples sont légion. Il faut simplement craindre que Légende FM ne soit le premier organe à ouvrir la liste des victimes de la Haac, après le renforcement de ses pouvoirs par la modification de sa loi organique votée récemment par l’Assemblée nationale, après une première tentative avortée grâce à la contestation des journalistes et associations de presse responsables.

La célérité avec laquelle les choses ont évolué ce jeudi 25 juillet prouve tout simplement que ce sont des mains noires qui sont derrière la fermeture de Légende FM. Car le bon sens peine à comprendre qu’une telle décision couperet soit encore prise après un communiqué de la Haac appelant simplement au professionnalisme et au sens de la responsabilité des journalistes. Sans doute qu’après cette sortie jugée molle, les mains noires ont tempêté et contraint à coups de pressions, Kokou Tozoun et les siens à assener le couperet, c’est-à-dire décider la fermeture de la radio. Puisque la décision susmentionnée est aussi datée de ce jeudi 25 juillet, tout comme le communiqué. Seules quelques heures ou même minutes les séparent.

Le silence imposé à la radio est censé durer juste seulement (sic) trente (30) jours et elle devrait en principe rouvrir ses portes et reprendre ses émissions à partir du 25 août. Mais le silence risque de devenir un black-out total, durer un peu plus que prévu ou même éternellement, car il nous revient que des manœuvres politico-judiciaires sont entreprises dans des couloirs obscurs dans ce sens. Et au centre des manœuvres, la fameuse égérie de la République qui fait la pluie et le beau temps à la tête d’une régie financière – suivez les regards. Textuellement le même scénario ayant prévalu au sort de la radio X-Solaire. Fermée pour un prétexte de défaut de récépissé, mais une fois le précieux sésame obtenu, ses détracteurs ont encore trouvé un alibi à lui opposer, ce qui maintient la radio toujours fermée. Et Dieu sait si elle rouvrira ses portes un jour.

Tino Kossi, Liberté

Commentaires  

 
0 #1 kokou tozoun 08-08-2013 07:37
pourquoi mon pays reste à la traine? on est encore à l'poque ou on ferme un média pour ses opinion, honte à mon pays, mais il faut qu'il sache ces autorités politiques les sadam husseim, les moubarak, les ben ali, et autres ont été jeté en pature sans s'attendre. un jour ou l'autre ils comprebdront. mieux vaut tard que jamais. liberté! liberté! liberté! unir parti de voleurs, que faure sache qu'un jour tous les gnassingbe seront jétés vivants dans une fosse commune infestée de lions. il ne perdre rien à attendre.
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