Lundi, Décembre 17, 2018

Note des utilisateurs: / 4
MauvaisTrès bien 
AddThis Social Bookmark Button

«L’influence d’un bon gouvernement est de donner du prix à la vie; celle d’un mauvais gouvernement, d’en diminuer le prix» (Henry David Thoreau, Résistance au gouvernement civil)

Au Togo, le débat sur la formation d’un gouvernement d’union nationale refait toujours surface au lendemain de chaque joute électorale. Le plus souvent, c’est celui qui prétend avoir remporté les élections, qui avance l’idée de la mise en place d’un gouvernement d’union nationale ou de large ouverture. Ce qui amène tout bon sens à se demander pourquoi on sollicite la participation de l’opposition au gouvernement quand on sait qu’on a gagné les élections.

La dynamique démocratique veut que le parti déclaré vainqueur à l’issue du scrutin gouverne et que le vaincu joue pleinement son rôle d’opposition. En revanche, le gouvernement d’union nationale n’est proposé aux autres que quand on sait qu’on a des choses à se reprocher, que la majorité est mal acquise ou qu’on est conscient qu’il y a une situation de crise. Ce qui est ahurissant, ce sont les diplomates occidentaux accrédités dans notre pays qui prennent plaisir à vendre ce projet qui est une aberration politique.

 

En effet, le gouvernement d’union nationale est souvent au Togo un véritable miroir aux alouettes. Il permet au pouvoir de polir son image sur le plan international et d’être fréquentable. Aussi le pouvoir se renforce-t-il alors que les partis de l’opposition qui vont au gouvernement, finissent par y laisser des plumes. Cette propension à aspirer les opposants dans les prétendus gouvernements d’union est une stratégie qui marche dans tous les pays où la longévité au pouvoir reste la règle. Une leçon que Faure Gnassingbé a bien assimilée chez son mentor Blaise Compaoré, grand Facilitateur devant l’Eternel. Le dévoiement des prérogatives du Premier ministre, la forte influence du shadow cabinet de la Présidence et la voracité de ceux qui sont au pouvoir n’ont jamais rendu efficace ce type de gouvernement. Le Premier ministre devient un garçon de course et n’a aucun pouvoir sur ses ministres qui préfèrent s’adresser directement au chef de l’État. En plus, Faure Gnassingbé lui-même vide certains ministères de leurs prérogatives et crée d’autres pour ses hommes. Quand il était question de former un gouvernement d’union nationale après l’Accord politique global, Faure Gnassingbé et ses amis se sont taillé la part du lion, et le ministère de l’Économie et des Finances par exemple a été scindé en deux, l’Économie, c’est-à-dire les papiers à un cadre du CAR et les Finances (l’argent) à Payadowa Boukpessi remplacé plus tard par l’éternel Ayassor. Le cas le plus récent, c’est celui du ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat qui s’est vu retirer ses prérogatives foncières au profit de la Directrice des impôts, après qu’il a été donné à un «ami» de Gilchrist Olympio. Même Ahoomey-Zunu qui est avec eux, n’a pas eu les coudées franches pour travailler et a dû supporter à plusieurs reprises les sautes d’humeur de son ministre des Finances. D’ailleurs, un ancien responsable d’une association des droits de l’homme devenu ministre, ne s’est-il pas moqué de lui en confiant à un ami en Europe que même un major de classe a plus de pouvoir que son Premier ministre?

Voilà dépeinte l’ambiance dans le gouvernement d’union nationale version Faure Gnassingbé. Avis à ceux qui se préparent à y aller. Pour vous dédommager financièrement, oui. Mais pour faire changer les choses de l’intérieur, n’y pensez pas du tout. Vous allez en ressortir très groggy.

Zeus AZIADOUVO, Liberté

Copyright ©2005 www.etiame.com tous droits réservés.
Toute reproduction partielle ou intégrale doit faire l'objet d'une demande préalable.