Dimanche, Juin 24, 2018

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Depuis quelques jours, le débat social au Togo se focalise sur les deux dernières augmentations du prix des produits pétroliers à la pompe, par le gouvernement. Conséquence, le consommateur togolais paiera par exemple désormais, à pratiquement 600 FCFA, le super sans plomb à la pompe.

Cette sauvage augmentation des prix du carburant pose un certain nombre de questions auxquelles ni le peuple, ni la société civile togolaise, ni les journalistes n’arrivent pas à répondre. Parmi toutes ces interrogations figurent notamment:

1. L’opacité qui entoure les sources d’approvisionnement du pétrole du Togo,

2. La procédure d’achat de ce pétrole par le gouvernement togolais,

3. L’omerta qui pèse sur la structure des prix ainsi que sur les justificatifs de chaque étage qui la compose.

Parmi ces trois interrogations, la dernière est de loin celle qui pose le plus la problématique de la transparence dans la gouvernance de notre pays. On peut comprendre  que pour des raisons diverses, notamment de sécurité nationale, même si notre pays n’est pas une puissance, que les sources d’approvisionnement d’une commodité telle que le pétrole soit secrètes. Cependant, l’opacité totale qui entoure la structure des prix du pétrole à la pompe dans notre pays suscite une certaine perplexité au sein de l’opinion nationale et pousse les populations à être convaincues que la fixation du prix des produits pétroliers dans notre pays obéit à la loi du silence et est organisée par un cartel fermé qui profite des marges dégagées sur le dos des pauvres populations.

Pour pouvoir répondre à la seconde et à la troisième interrogation, il faut obligatoirement aller chercher les informations auprès des fournisseurs du Togo, ce qui n’est pas évident. On peut également chercher ces informations auprès du ministère du Commerce du Togo; autant dire que c’est mission impossible. La seule alternative crédible qui reste, c’est de se référer aux anciens Premiers Ministres notamment Edem KODJO, Agbéyomé KODJO, Joseph Kokou KOFFIGOH, Yaovi AGBOYIBOR ou aux anciens ministres de l’économie et des Finances tels que messieurs  ALIPUI ou KPETIGOH. Il apparaît dans tout ceci que si les premiers cités ne disent rien, c’est parce qu’ils sont complices de ce qui se passe. Ils  pensent probablement exploiter ce même canal un jour quand ils seront au pouvoir pourquoi pas. En tout état de cause, leur silence dans cette affaire est plus que coupable.

Nous allons essayer d’expliquer dans cet article, comment le pétrole se négocie sur le marché international. Mais tout d’abord, nous allons présenter le produit, puis expliquer le processus de cotation sur les marchés financiers, expliquer les déterminants de la fluctuation du prix du pétrole et enfin donner des approches de solutions en matière de gestion qui puissent permettre à un gouvernement d’anticiper la hausse continuelle des prix du baril et d’éviter non seulement des souffrances supplémentaires à son peuple, mais aussi des coupes dans la croissance du PIB.

Le produit brut

Sans entrer dans des considérations techniques et fiscales détaillées, on peut distinguer la provenance des bruts entre:

Le brut de participation: ce brut revient au pays hôte qui peut le rétrocéder en tout ou pour éviter, en cas de guerre, que l’armée soit à court de carburant. C’est ainsi que le prix des bruts fluctue au gré de la montée ou de la baisse des réserves (réserve stratégique de pétrole) aux États-Unis.

Les cours pétroliers ont connu une très forte hausse de 2002 à l’été 2006, sous l’effet d’une spéculation générale sur les matières premières à la veille de la crise des subprimes. Cette hausse s’explique aussi par divers facteurs comme la forte demande venant de Chine, des inquiétudes géopolitiques (baisse de la production en Irak, tensions politiques au Moyen-Orient, au Nigéria, désorganisation passagère au Venezuela…), des dégâts industriels (golfe du Mexique suite au passage de Katrina…) et l’influence devenue prépondérante des opérateurs financiers.

La chute brutale observée à l’automne 2008 s’explique par la disparition de liquidités, elle-même consécutive à la crise des subprimes; ainsi que par une chute de la consommation et du PIB des pays riches; enfin par des excédents de production toujours disponibles.

Quelles sont les solutions pour le Togo?

La gestion de l’achat des produits pétroliers peut se faire en gros à deux niveaux essentiels:

La gestion de l’évolution du cours du baril: à ce niveau, le problème essentiel est de suivre au jour le jour les déterminants du cours du baril de pétrole. Les principaux déterminants que nous avons cités plus haut (production quotidienne en excédent ou en déficit, crise politique dans un pays quelconque, intempéries, terrorisme, guerre, variation des réserves stratégiques de pétrole dans les pays tels que les États-Unis, crise économique conjoncturelle telle que celle des supprimes etc.…) doivent faire l’objet d’un examen au jour le jour pour anticiper les fluctuations qui peuvent intervenir dans la variation du cours du baril.

Il va de soit que ces examens doivent être confiés à des spécialistes au sein du département du ministère du commerce ou des finances. Qu’en est t-il exactement dans notre pays lorsque nous savons qu’à la tête du ministère des finances on a un homme de droit et qu’à la tête du ministère du commerce on a un orateur. Point est besoin de préciser que les deux ministres que nous avons à ces postes ministériels hautement stratégiques dans un gouvernement, n’ont aucune notion de haute finance ou de macroéconomie de haut niveau pour comprendre quoi que ce soit dans ce qui touche à ce marché de pétrole extrêmement complexe. Croire aujourd’hui qu’il suffit d’avoir des techniciens dans un ministère pour faire le travail et que le ministre n’est là que pour signer des documents dans un monde aujourd’hui extrêmement compétitif et exigent est un leurre et une faute de gouvernance fatale.

Cette gestion des anticipations des évènements qui concourent à la détermination des prix du baril sur les marchés à terme suppose donc que les spécialistes du ministère du commerce maitrisent bien les marchés à terme. A moins que le Togo n’achète son pétrole auprès de la France ou d’autres pays africains qui l’ont déjà négocié sur les marchés à terme, nous sommes obligés de l’acheter sur les marchés à terme donc avec des livraisons à 1, 2 jusqu’à 6 mois.  Aussi est-il crucial d’avoir de vrais experts au sein des ministères pour procéder à des analyses afin d’anticiper les fluctuations.

La gestion du dollar: ce n’est plus un secret pour personne ; le pétrole se négocie ou s’achète en dollars américains. Cela suppose donc que nous devons avoir au sein des deux ministères des cellules dédiées exclusivement à la gestion de cette devise par rapport au FCFA ou par rapport à l’EURO. Cette gestion se fera évidemment en tenant compte des sources d’approvisionnement et de la monnaie dans laquelle le paiement des achats se fait. Nous espérons qu’au sein des deux ministères, ces deux gestions se font afin de réduire le plus possibles les risques liés à l’approvisionnement du pays de manière à pouvoir acheter le pétrole à un prix raisonnable soutenable pour le budget national.

Pour conclure, nous dirons qu’au delà de tout ceci, il devient impérieux que le gouvernement publie la structure réelle des prix du pétrole et donne les justificatifs et l’utilisation dont fait l’objet chaque composante de cette structure. En plus de ce devoir de transparence qui sera réglé, les chercheurs de notre université se pencheront sur la question afin de proposer des solutions idoines au gouvernement. Car, il ne faut absolument pas se tromper. Le prix du baril va continuer par progresser dans les années à venir, à cause de plusieurs facteurs dont les principaux sont:

la croissance de l’économie des pays émergents tels que la Chine, le Brésil, l’Indonésie, l’Inde.

L’épuisement progressif des gisements pétroliers actuellement découverts qui va créer un déséquilibre entre l’offre et la demande.

Cette progression du prix du baril sera probablement la cause dans les prochaines années des crises sociopolitiques dans de nombreux pays dits en développement puisque cette forte augmentation entraînera de facto la hausse du niveau d’inflation et la perte du pouvoir d’achat. L’impact qu’un pétrole cher a sur l’environnement macroéconomique est un autre débat. Il est clair que nos pays ont des lendemains difficiles devant eux. Surtout pour ceux d’entre eux dont les régimes sont corrompus avec une gouvernance à vue.

Demos Alter

 

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