Lundi, Décembre 17, 2018

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La Justice togolaise doit dire le droit et remettre l’Emirati Abass Youssef à sa place. L’article du magazine français Paris Match faisant état d’un mandat international lancé par le Togo contre l’ex-patron d’Elf Aquitaine, Loïk Le Floch-Prigent, apporte un peu de lumière dans l’affaire Bertin Agba, cet homme d’affaires togolais détenu depuis plusieurs mois à la prison civile de Tsévié.

Au centre de cette intrigue, un riche émirati et président de Pilatus Energy SA, Abass Ibrahim Youssef Al-Youssef, qui aurait été récemment débouté par les autorités du Congo Brazzaville. 

Selon l’article 17 de la Constitution togolaise, «toute personne arrêtée a le droit d’être immédiatement informée des charges retenues contre elle». Mais cette disposition n’a pas été appliquée au DG d’OPS Sécurité, Bertin Agba, lors de son interpellation dans son bureau le 7 mars 2011 par des éléments de l’Agence nationale de renseignement (ANR). Il convient de rappeler ici que le frère et la femme de l’homme d’affaire ont été aussi appréhendés et conduits au Guantanamo togolais avant d’être libérés. C’est donc à l’ANR qu’on a tenté de construire le délit en soumettant M. Agba à des traitements cruels, inhumains et dégradants. La stratégie pour lui extorquer des aveux. Ce n’est que quelques jours plus tard qu’il a été déféré à la prison civile de Tsévié après la tentative avortée de son transfèrement à Mango. En revanche, rien n’a été officiellement dit sur ce qu’on reproche au DG d’OPS Sécurité jusqu’à cet article plein d’enseignements publié par Paris Match N°3237 du 1er au 8 juin 2011.

 Retour sur l’article de Paris Match

 «Sous l’en-tête République du Togo, barré de la mention «Au nom du peuple togolais», le mandat d’arrêt international vise nommément Loïk Le Floch-Prigent. Son signataire, le juge d’instruction Matake Kelouwani, du tribunal de Lomé, veut entendre l’ancien patron d’Elf-Aquitaine pour une affaire d’escroquerie internationale», rapporte le magazine français. La victime a pour nom, poursuit l’article, Abass Youssef, un richissime homme d’affaires de Dubaï, à l’époque ami de Loïk Le Foch-Prigent, à qui il avait tendu la main, à sa sortie de prison, en lui confiant des missions pour sa société pétrolière suisse Pilatus Energy. Selon Paris Match, c’est en mars 2008 que le processus est enclenché quand un couple d’Africains dont la femme - Awa Mounira se présente comme la veuve du général Robert Guei – l’a abordé pour demander l’aide du riche Emirati afin de récupérer 275 millions de dollars que feu le général Guei aurait déposés à la Banque centrale du Togo. Ayant mordu à l’appât, M. Abass Youssef aurait donné une avance de 1,25 million de dollars pour soi-disant régler les formalités de transfert. Le même homme d’affaires sera plus tard sollicité pour faire sortir du Ghana de l’argent d’un certain Taha Abou, ancien général irakien proche de Saddam Hussein. Après avoir effectué de multiples versements, en tout 48 millions de dollars, il n’a rien vu venir et a décidé de porter plainte.

 Jusque-là, le nom de Bertin Agba n’est pas apparu. Mais il l’est quand celui de Loïk Le Floch-Prigent a été évoqué par la suite. «Loïk Le Floch-Prigent à qui Abass Youssef avait demandé de vérifier les dires de la prétendue veuve, est mis en cause. Car c’est lui qui lui aurait confirmé la véracité de son identité et l’existence des fonds. Surtout, lors d’un voyage en grande pompe à Lomé, en juillet 2008, l’ancien P-DG aurait organisé les présentations d’Abass Youssef avec l’homme d’affaires togolais, Sow Bertin Agba (aujourd’hui incarcéré) qui, pour faire croire que le dossier était solide, s’est fait passer pour le mandataire de l’ex-général Guei et le ministre de l’Intérieur du Togo!», révèle l’article de Paris Match. Des allégations que l’ancien patron d’Elf-Aquitaine rejette en bloc: «Abbas Youssef est un ami. Je travaillais pour sa société Pilatus. Nous avions un accord moral. Il m’avançait les frais et si ça marchait nous partagions les bénéfices. Je ne comprends pas ses accusations actuelles. Le problème est que je ne connaissais pas les escrocs dont il parle. C’est lui qui me les a présentés»

Les observations

La première observation concerne le délit auquel le pouvoir de Faure Gnassingbé accorde tant d’intérêt et pour lequel le DG d’OPS Sécurité est incarcéré : escroquerie internationale. Sûrement que les autorités françaises se sont marrées quand elles ont eu connaissance de ce mandat d’arrêt international contre Le Floch-Prigent. En se référant à la récupération des 275 millions de dollars appartenant au feu général Guei et l’argent d’un certain Taha Abou, ancien général irakien proche de Saddam Hussein, est-ce que la justice a posé à M. Abass Youssef, le plaignant qui serait à l’origine de l’incarcération de M. Agba, la question de savoir le lien qu’il entretient avec le général Guei ou l’Irakien au point de vouloir prendre leur argent ? Avant qu’un enfant ne se fasse avoir par des promesses de bonbon, il faudrait que cet enfant soit un accro de cette friandise. Sans porter des gants, disons que le richissime homme d’affaires de Dubaï s’est facilement fait avoir parce qu’il est lui-même un as du gain facile. A supposer que les fonds-là aient réellement existé, il les aurait encaissés et rien ne se serait su. Est-ce une procédure normale, le fait de récupérer l’héritage d’un défunt avec qui on n’entretient aucun lien de parenté? Que nenni! M. Abass Youssef est un escroc escroqué qui ne mérite pas la moindre attention.

En lisant l’article de Paris Match, on constate que l’ancien PDG d’Elf Le Floch-Prigent est présenté comme le cerveau de cette arnaque si on s’en tient aux déclarations de M. Abass Youssef. Mais pourquoi ce dernier ne va-t-il pas directement en France où réside le présumé cerveau pour porter plainte contre lui ? Mystère. Sachant qu’il est lui-même dans le faux, il a choisi la voie la plus facile en se rabattant sur une justice togolaise aux ordres et truffée de magistrats postiches.

La 3ème observation renvoie aux propos de Le Floch-Prigent qui affirme qu’il ne connaissait pas les prétendus escrocs et que c’est l’homme d’affaires émirati lui-même qui les lui aurait présentés. Ce qui signifie que M. Abass Youssef est victime de ses propres turpitudes. 

Toujours dans l’article de Paris Match, le DG d’OPS Sécurité a apparemment joué le second rôle dans cette affaire. Qu’est-ce qui justifie alors son incarcération ? Question pour plusieurs champions. 

La justice togolaise à l’épreuve du droit

Il sied de dire ici à nos lecteurs qu’à la suite de la publication de l’article de Paris Match, nous avons joint au téléphone le juge d’instruction Matake Kelouwani qui a émis le mandat d’arrêt international contre Loïk Le Floch-Prigent. A notre question de savoir si nous pouvons obtenir une copie de ce mandat afin de mieux informer le public, le juge a répondu qu’il ne publie pas ces genres d’actes dans les journaux. Quand nous avons insisté, il a affirmé qu’il n’est pas la personne indiquée et que nous ferions mieux de nous adresser au ministre de la Justice, Me Tchitchao Tchalim, éternel avocat de l’Etat et de l’UTB qui a bloqué les comptes bancaires du DG d’OPS Sécurité. Allez-y comprendre quelque chose. 

En outre, on sait ce que sont les mandats d’arrêts internationaux à la togolaise. Parfois, c’est juste pour amuser la galerie et éloigner loin des 56 600 km² certaines personnes. Tout le monde se souvient du mandat d’arrêt international lancé contre l’ex-DG de Progosa, Jacques Dupuydauby, qui avait pourtant quitté tranquillement le Togo. A l’époque, le Franco-basque avait envoyé paître le bouillant ex-procureur Robert Bakaï en dégotant sur RFI qu’il n’avait connaissance d’aucun mandat d’arrêt international et qu’il circulait librement sur la planète. C’est la même chose avec le cas Le Floch-Prigent. Peut-être que le mandat d’arrêt annoncé par Paris Match ne constitue qu’une manœuvre pour justifier le coup tordu enclenché au Togo depuis le 7 mars 2011. 

Selon les informations en notre possession, le même homme d’affaires de Dubaï aurait porté plainte contre Le Floch-Prigent au Congo Brazzaville. Mais  la Justice congolaise n’aurait prêté aucune attention à cette plainte, estimant que M. Abass Youssef n’est pas un type sérieux. 

De plus, si on se réfère aux allégations contenues dans le mandat d’arrêt international émis par le juge Matake Kelouwani, rien ne justifie l’incarcération de M. Bertin Agba. Il ne peut pas continuer à payer pour l’imprudence de M. Abass Youssef qui a joué à l’escroc en voulant récupérer les fonds d’autrui. A moins que son incarcération arrange certaines personnes du sérail. Ce qui est d’ailleurs indéniable quand on sait que ce supposé délit de droit commun est devenu une affaire d’Etat. Point n’est besoin d’aller dans les détails. 

Mais il est temps que les autorités togolaises jouent à la neutralité dans ce dossier et  laissent la justice faire son travail en toute indépendance. Il y a nécessité de bannir la justice du plus fort et d’instruire le dossier afin d’établir son innocence ou non. Et en attendant que la procédure se poursuive, il peut bénéficier d’une liberté provisoire pour qu’il vaque librement à ses occupations au même titre que les personnes citées dans l’affaire. Ce serait à l’honneur de la justice togolaise et de tout l’exécutif.

 

Coco Tchak

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